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Chapitre 1 1 Les collections de canons

143.— AbbondeFleury, né près d'Orléans en 945, fut abbé du monastère de Fleury-sur-Loire et mourut en 1004. Il laissa une collection de canons, dans laquelle on trouve indiquée, au nombre des devoirs des rois, l'obligation de u défendre avec courage et justice le pays contre ses ennemis ».

En ce qui concerne les soldats, Abbon cite (Migne, GXXXIX, p. 477) divers passages de saint Augustin, en particulier celui qui est reproduit dans le Décret de Gratien (Causa XXIII, qu. I, c. 5 ; voir n<^ 196). « Faire la guerre n'est pas un péché, etc. ».

144. — Burchard de Worms, abbé de Lobbes et ensuite évêque de Worms ; mourut en 1025. 11 laissa sous le nom de Décret une collection de canons en 20 livres.

On y trouve la défense faite aux clercs de porter les armes (concile de Meaux ; voir n° 73) (1) ; et un passage de la lettre de Raban Maur à Héribald (voir n'' 69) ; mais de même que chez Abbon de Fleury, on n'y trouve rien sur la question du droit de guerre proprement dit (Migne, CXL).

145. — Anselme de Lucques, né à Milan en 1036, fut nommé par Alexandre 11 évêque de Lucques; cardinal en 1079, il mourut à Mantoue en 1086. 11 composa un ouvrage contre l'antipape Guibert, et aussi une collection de canons en 13 livres.

Tant dans le « Liber contra Wihertiim » (1) que dans le dernier livre de sa w Collectio canoniim », on trouve un certain nombre de citations qui sont pour la plupart empruntées à saint Augustin, et quelques développements personnels à

144. — (1) II l'indique comme canon 9 du II* concile de Mayence qui eut lieu en 852 sous la présidence de Raban Maur.

145. = (1) Le « Liber contra Wibertum » se trouve dans les Monumenta GermanicT hisiorica, Libelli de lite, t. I.

DE SAINT AUGUSTIN A SAINT THOMAS d'aQUIN

l'auteur : on peut donc en les étudiant connaître tout au moins les principes généraux de la doctrine qu'il professe.

Tout d'abord, pour lui, la guerre a le caractère d'un châtiment, juste et nécessaire, infligé à un coupable : celui qui la déclare est, comme le magistrat qui punit un malfaiteur, mlnisler Dei vindex in irameiqui maie agit {Contra Wibertum, p. 525). Le livre treizième de la Collection des canons, qui traite à la fois la question de la légitimité de la guerre et celle de la punition des malfaiteurs, porte comme titre : « De la vindicte et de la juste poursuite », De vindicta et persecutione jusia.

Il faut être pacifique même en combattant ; car le but de la guerre, c'est d'assurer la paix, tant à soi-même qu'à ceux que l'on combat (3).

C'est la nécessité et non la volonté qui doit nous faire faire la guerre (4) : il faut donc user de miséricorde envers le vaincu, surtout quand la paix est assurée. Même en faisant la guerre, on doit user de charité et de bienveillance, ne la faire qu'à regret, et demander à Dieu d'en faire cesser la nécessité (5). La plupart de ces principes sont confirmés par des textes empruntés à saint Augustin, et c'est lui encore que cite Anselme pour démontrer que l'Évangile pas plus que l'Ancien Testament n'a condamné la guerre, ni blâmé ceux qui y prenaient part (6). On trouve aussi parmi les canons cités les paroles adressées par saint Grégoire aux soldats de Naples pour les féliciter de leur obéissance au chef qu'il leur avait donné (voir Décret de Gratien, n^ 198).

146. — Yves de Chartres, né en 1040 dans les environs de Beauvoisin, étudia à Paris la littérature et la philosophie, et apprit la théologie au monastère du Bec sous la direction de

(2) Il n'existe pas d'édition complète de la Collection de canons d'Anselme de Lucques. Celle de Thaner (d'Innsbruck) est incomplète et ne comprend jusqu'à présent que les premiers livres. Mi^ne (CXLIX, p. 446) et le card. Mai {Soicilegium Romanum, t. VI, p. 316) donnent la nomenclature des titres de tous les chapitres des treize livres. La Bibliothèque nationale possède un manuscrit du xn® siècle intitulé Liber manuscriptus colleclionis Anselrni {n' 12519) : c'est celui que nous avons utilisé.

(3) Colleclio canonwn, lib. XII, c. 4.

(4) Le chap. IV a pour titre : Quod militantes etiam possunt esse justi et quod hostem deprimere nécessitas, non volunlas débet.

(8) Coll. can., lib. XIII, c. IV.

(0) Coll. can., lib. XIII, c. 111.

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