‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 126 sur 277 · LES CROISADES ET LA DOGTIUNE SCOLASTIQUE · texte numérisé non relu

LES CROISADES ET LA DOGTIUNE SCOLASTIQUE

de l'Espagne et faisaient de IVéqueiitcs incursions sni- les rives de la Méditerranée. En 1003, ils avaient saccagé Antihcs, en 1019 Narbonne, en 1017 Lérins ; et nous avons vu combien leurs progrès en Orient avaient été rapides. 0 Mabomet leur avait promis l'empire du monde. Le Coran leur prècliait la guerre sainte comme le suprême acte de vertu, et leur promettait, s'ils y trouvaient la mort, une éternelle félicité (1) :

« Que ceux qui sacrifient la vie d'ici-bas à la vie future combattent <. dans la voie de Dieu (a). Qu'ils succombent, ou qu'ils soient vain- « queurs, nous leur donnerons une récompense généreuse (Gouan, « IV, 76).

« Les croyants combattent dans le sentier de Dieu et les infidèles « dans le chemin de Thagout. Combattez donc les suppôts de Satan, « et certes les stratagèmes de Satan seront impuissants (Cou., IV, 76)

« Combats dans le sentier de Dieu et n'impose des charges difficiles « qu'à toi-même. Excite les croyants au combat. Dieu est là pour ar- « rêter la violence des infidèles. 11 est plus fort qu'eux et ses chàti- « ments sont plus terribles (Cor., IV, 8G).

« Dieu a destiné aux combattants une récompense plus grande qu'à « ceux qui restent dans leurs foyers (Cor., IV, 97). »

Gomme il est aisé de le comprendre, les Musulmans, pratiquant de semblables maximes, se posaient véritablement en ennemis de la cbrétienté (3) : c'était de leur part la guerre perpétuelle qui pouvait parfois être interrompue, mais jamais terminée. Ce n'était pas la guerre qui a pour but la paix, même une paix avantageuse pour le vainqueur : c'était la guerre sainte, la guerre d'extermination. Et ceci explique pourquoi de son côté le peuple chrétien considérait le Musulman comme l'ennemi irréconciliable, celui avec lequel aucune paix n'était possible, et qu'il fallait détruire si on ne voulait

154. = (1) Oq sait en quoi consiste cetti félicité. Introduits dans les jardins de l'Eden, où ils seront ornés de bracelets d'or, de perles, et revêtus de robes de soie (Coran, XXXV, 30), ils s'étendront sur des tapis brodés de soie et d'or ; les fruits des jardins, dans lesquels jailliront des fontaines, seront rapprochés et faciles à cueillir (Cor., LV, 54) ; il y aura des vierges jeunes et belles aux g;rands yeux noirs, etc.

(2) L'expression « combattre dans le sentier » ou « dans la voie de Dieu » est consacrée pour la guerre sainte.

(3) Aussi le Ill« Concile de Latran (1179) prononca-l-ilTexcommunication contre ceux qui fournissaient aux Sarrasins des armes, du fer, ou du bois pour construire leurs navires^ ainsi que ceux qui s'employaient sur ces navires. Le pape Clément 111, vers l'année 1190, excommunia tous ceux qui, en temps de guerre, faisaient le commerce avec les Sarrasins ou leur fournissaient des subsides ou une aide quelconque (voir Décrétaîes, lib. V, tit. Vf, cap. 6 et 12).

pas être détruit par lui : ceci explique que quatre siècles plus tard, un théologien comme Victoria, un canoniste catholique comme Guerrero, et un jurisconsulte protestant comme Gentilis se trouvaient d'accord pour affirmer que toute paix était impossible avec ces infidèles, et qu'ils ne méritaient aucune indulgence.

Les infidèles qui sont pacifiques ne peuvent être attaqués sans cause légitime, sauf pourtant ceux qui comme les Sarrasins doivent être combattus, môme quand ils veulent avoir la paix ; car il est à présumer que, dès qu'une occasion favorable se présentera, ils attaqueront les chrétiens. En effet, il semble que cela soit inhérent à leur nature ; ils combattent contre tout le monde, et tout le monde combat contre eux ; ils ne restent jamais en paix, et c'est pourquoi il ne faut pas user d'indulgence à leur égard (Guerrero, De bello justo;.

Victoria expose (n° 290) la même idée ; toute paix est impossible avec les Sarrasins :

La guerre est faite pour assurer la paix et la sécurité, mais parfois celle-ci ne peut être obtenue qu'en détruisant tous les ennemis : et c'est le cas quand il s'agit des infidèles, desquels on ne peut jamais et à aucunes conditions espérer une paix équitable. C'est pourquoi l'unique remède est de supprimer tous ceux qui peuvent porter les armes, à condition, bien entendu, qu'ils soient coupables.

Gomme nous l'avons vu (n° 93), Victoria n'admet pas que l'on puisse donner la mort à ceux qui ne sont pas coupables : on devra donc épargner les femmes et les enfants, parce qu'ils sont innocents ; on n'a pas non plus le droit de tuer les enfants sous prétexte que, lorsqu'ils seront plus grands, ils seront certainement des ennemis et constitueront un danger. La mort ne peut être infligée que dans le cas de légitime défense, au moment même où l'on est attaqué, ou à titre de peine infligée à celui qui s'est rendu coupable d'un crime.

Quant à Gentilis, voici en quels termes il s'exprime (De JURE BELLi, lib. I, cap. 12) :

« Avec les Sarrasins ou les Turcs, nous avons la guerre et aucune réconciliation n'est possible. Avec d'autres étrangers, nous faisons le commerce, et certes avec eux nous n'avons pas la guerre. Ce n'est pas à cause de la religion, ni de la nature que nous devons faire la guerre, pas même aux Turcs ; mais avec ceux-ci nous avons la guerre, parce qu'ils se conduisent à notre égard en ennemis ; ils nous tendent des pièges, ils nous menacent ; ils nous enlèvent tout ce qu'ils peuvent ; toutes les perfidies leur sont bonnes. C'est pour cela qu'avec les Turcs il y a toujours cause de guerre. Il ne faut pas être de mauvaise foi ; il ne faut pas faire la guerre aux nations tranquilles qui aiment la

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