‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 147 sur 277 · Voir no · texte numérisé non relu

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(2) Pour que l'ignorance puisse être dite invincible, il faut, dit-il {De Indis, II, 9), que l'on ait apporté dans la recherche de la vérité toute la diligence dont un homme est capable (voir n»» 23 et 421).

D'ailleurs, s'il y avait juste cause de guerre des deux côtes, tous les combattants seraient innocents ; il en résulterait qu'il ne serait pas permis de les tuer, ce qui implique contradiction, attendu que la guerre serait juste, mais qu'il ne serait pas permis de tuer les adversaires.

Admettre, hors le cas d'ignorance, qu'une guerre puisse être juste des deux côtés à la fois, c'est, dit Suarez, tout ce qu'il y a de plus absurde (n°^ 20 et 33^, 4°).

On peut toutefois imaginer, en admettant l'hypothèse d'une ignorance invincible qui porterait sur un fait ou sur un point de droit, des cas très exceptionnels où Tun des adversaires aurait le bon droit pour lui, et oia l'autre ne le saurait pas et ne pourrait le savoir.

L'exemple classique que citent les théologiens est celui des guerres que les Israélites faisaient, sur Tordre de Dieu, aux peuples qui habitaient la Terre promise. Du côté d'Israël, ces guerres étaient justes, à cause de l'ordre de Dieu, qui se servait des Israélites comme d'un instrument pour punir les crimes des Amorrhéens et des autres habitants du pays de Chanaan (3). Mais, ceux-ci, qui ignoraient invinciblement l'ordre de Dieu, défendaient légitimement leur territoire.

Ce cas très particulier se rapporte d'ailleurs à des guerres justes d'un genre tout à fait spécial et très différent des guerres ordinaires. Aussi, saint Augustin dit-il à leur sujet {Lib. QaœsL.Wh, VI, 10):

« Est aussi juste sans aucun doute ce genre de guerre qui est entre- « prise sur l'ordre de Dieu, en qui il ne peut y avoir d'injustice, et qui « sait ce que chacun mérite. Dans ce genre de guerre, le général qui u conduit l'armée et le peuple lui-nu*me qui la compose doivent être « considérés, non comme les auteurs de la guerre, mais comme l'ins- (c trument de Dieu. »

Vasquez (voir n° 174) s'est fortement élevé contre la tendance de certains théologiens de son temps, à assimiler à l'ignorance invincible — tout à fait exceptionnelle, — soit l'ignorance vincible, soit Tabsence de certitude, soit même la divergence d'opinions, ce qui amènerait à considérer la guerre comme un moyen légitime de résoudre les conflits et de terminer les discussions.

(3) Voir no* 24, 101 à 105, et 174, note 3.

T,\ r.UERUi: JUSTE DES I)EL'\' COTKS •J.C)']

I 2. — Victoria.

179. — Mais, ainsi que nous l'avons vu (n" 174), Vasqucz ne paraît pas absolument convaincu que Victoria soit tout à fait de son avis ; et de son temps plusieurs théologiens soutenaient le contraire. Prétendant que Victoria admettait la possibilité d'une guerre juste des deux côtés à la fois, ils se faisaient de cette affirmation un argument pour abandonner la doctrine de saint Thomas, c'est-à-dire celle de Victoria lui-même.

Voici ce qui leur permettait d'attribuer h l'auteur du De jure belli une opinion si différente de celle qu'il expose en réalité dans cet ouvrage. Nous avons vu qu'à la question : « La guerre peut-elle être juste des deux côtés à la fois », Victoria répond : « Si on admet l'ignorance invincible de l'une des parties, il peut arriver que la guerre soit juste des deux côtés, en fait, non en droit » (n°' 23 et 274).

Mais qu'est-ce que l'ignorance invincible ? a Pour que (( l'ignorance soit invincible, il suffit, dit Victoria, qu'on ait « mis à savoir toute la diligence dont un homme est capable : u Ad ignoranliam invincibilem salis est quod fecevil hiimanam « diligenliam ad sciendnm » (voir n°^ 23 et 453).

Dans le De jure belli, Victoria ne donne aucun exemple : il se contente de poser les principes, d'une façon très nette et très formelle, indiquant seulement que pour les soldats, il peut facilement arriver qu'ils se battent justement de part et d'autre (voir n** 274).

Mais, dansle/)e//2c?is(n''470), il donne les deux exemples suivants d'une guerre juste des deux côtés à la fois.

Si les Indiens veulent empêcher les Espagnols d'user des droits qui sont communs à tous les hommes, comme le droit de faire le commerce, de voyager dans leur pays, de s'y établir, etc., il faut leur faire comprendre et leur faire voir qu'on ne leur veut aucun mal. Si malgré cela, les Indiens veulent employer la force contre les Espagnols, ceux-ci peuvent se défendre et même élever des ouvrages fortifiés pour assurer leur sécurité ; enfin si leurs droits sont violés par les Indiens, si acceperint injuriam, ils peuvent avec l'autorisation de leur prince leur faire la guerre et user des droits qui en résultent.

Mais il faut prendre en considération que les Indiens sont naturellement craintifs, pas très intelligents, plutôt simples

d'esprit, et que malgré les efforts que peuvent faire les Espagnols pour les convaincre de leurs intentions pacifiques, ils peuvent agir sous l'empire de craintes bien excusables, quand ils voient devant eux des hommes d'une autre civilisation, armés et plus forts qu'eux. De sorte que, si, sous l'empire de cette crainte, ils chassent ou tuent les Espagnols, ceux-ci auraient certainement le droit de se défendre, mais ils n'auraient pas, une fois la victoire acquise, le droit d'exercer contre eux tous les droits de la guerre. Ils ne pourraient pas, par exemple, les condamner à mort, les dépouiller de leurs biens, s'emparer de leurs villes ; car on ne peut pas dire qu'ils soient coupables et que leurs craintes soient sans excuses : en réalité ils croient se défendre.

Il n'est pas impossible, en effet, ajoute Victoria, que d'un côté il y ait un droit réel et de l'autre une ignorance invincible qui rende la guerre juste des deux côtés à la fois.

Jusqu'ici rien qui ne soit d'accord avec les principes exposés dans le De jure belli. Les Indiens sont craintifs, pas très intelligents : ils ont peur de ces hommes armés qui viennent de contrées lointaines, et sous l'influence de cette peur qui contribue encore à fausser leurs idées, ils attaquent les Espagnols, croyant simplement se défendre contre eux. Nous sommes bien là en présence d'une erreur excusable, d'une ignorance invincible ; car les Indiens ont apporté en réalité dans leur appréciation des situations toute la diligence dont ils sont capables. Les Espagnols ont le droit de se défendre, mais non de les traiter comme des coupables. On peut donc admettre que c'est là un second exemple de guerre juste des deux côtés, une guerre qui d'ailleurs, ainsi que le fait remarquer Victoria, est par la suite de circonstances très spéciales défensive des deux côtés.

Mais comment expliquer ce que Victoria ajoute: v( Si, par (( exemple, les Français occupent la Bourgogne, croyant, par « suite d'une ignorance excusable, qu'elle leur appartient, et u si notre empereur a sur cette province un droit certain, il (( peut la reprendre, et les Français peuvent la défendre par (( les armes. La même chose peut arriver pour les barbares, et u il faut en tenir compte. Autres en effet sont les droits de la « guerre quand il s'agit d'ennemis coup.'iblcs et injustes,

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