Infantes et justum non occides {Exode
les fautes des coupables ; de même, il n'est pas permis de punir chez les ennemis les innocents pour l'injustice des coupables.
4° Autrement, et en dehors du cas d'ignorance, la guerre serait juste des deux côtés, ce qui est impossible, comme on l'a vu plus haut.
Et comme conséquence, il est certain que les innocents peuvent se défendre contre quiconque veut les faire mourir. Tout cela est confirmé par le Deutéronome (3), où il est ordonné aux enfants d'Israël, après la prise d'une ville, de mettre à mort certaines personnes, mais d'épargner les femmes et les enfants.
De ce qui précède, il résulte que même dans la guerre contre les Turcs, il n'est pas permis de tuer les enfants, et cela est évident, puisqu'ils sont innocents : ni les femmes des infidèles ; car, en ce qui concerne la guerre, leur innocence est présumée, tant qu'une faute n'est pas évidemment constatée. Et il faut appliquer chez les chrétiens le même principe aux cultivateurs inoffensifs et à toute la population civile et paisible : car tous doivent être tenus pour innooents, tant que le contraire n'est pas démontré. Pour la même raison , il n'est pas permis de mettre à mort les étrangers, soit qu'ils voyagent dans le pays ennemi, soit qu'ils l'habitent ; car ils sont présumés innocents, et en vérité ne peuvent être considérés comme ennemis. De même les clercs ou les religieux doivent être traités comme des innocents en cas de guerre, sauf preuve contraire, comme lorsqu'on les trouve les armes à la main.
279. — Seconde proposition. Accidentellement, il est parfois permis, même en connaissance de cause, de tuer des innocents. Exemple : quand on assiège dans une guerre juste une citadelle ou une ville, dans laquelle on sait cependant qu'il y a un grand nombre d'innocents, mais lorsqu'on ne peut employer des machines et lancer des projectiles, ou mettre le feu aux édifices, sans faire périr des innocents en même temps que des coupables. La raison en est qu'autrement il ne serait pas possible de faire la guerre, même aux coupables, ni de faire triompher la juste cause. De même, si une ville forte assiégée se défend justement, il lui est permis de se servir de machines de guerre et de lancer des traits contre les assaillants et dans le camp des ennemis, même si parmi eux se trouvent des enfants ou des gens paisibles. Il faut toutefois remarquer, ainsi qu'on vient de le dire, qu'il faut bien prendre garde que la guerre n'entraîne de plus grands maux que ceux qu'elle a pour but d'éviter ; s'il est peu important, pour obtenir dans une guerre une complète victoire, de forcer une citadelle ou une ville fortifiée, où il y a une garnison ennemie, et qui contient un grand nombre d'innocents, il ne semble
(2) Deutéronome, 20.
pas permis, pour réduire quelques ennemis, de tuer une quantité d'êtres inoffensifs en employant le feu, les machines, ou tout autre procédé qui, indifféremment, frappe les innocents et les coupables.
Enfin, il semble qu'il ne soit jamais permis de tuer des innocents, même accidentellement et non intentionnellement, sauf quand une guerre juste ne peut être faite et terminée autrement, conformément à la parole de l'Evangile : « Laissez croître l'ivraie, de peur qu'en arrachant l'ivraie, vous n'arrachiez aussi le froment (i). »
280. — Question incidente. — Est-il permis, du moins, de mettre à mort des innocents qui sont un danger pour l'avenir ? Ainsi les enfants des Sarrasins sont des innocents ; mais on peut craindre avec raison que, devenus adultes, ils combattent les chrétiens et leur apportent la guerre avec tous ses dangers. Et de même, les adultes qui font partie de la population civile et ne sont pas soldats sont présumés innocents ; mais dans la suite on en fera des soldats, et ils deviendront dangereux : peut-on les mettre à mort ?
On pourrait soutenir que oui, pour la même raison qui permet accidentellement de rriettre à mort les autres innocents. D'autre part, le Deutéronome (i) ordonne aux enfants d'Israël, lorsqu'ils se sont emparés d'une ville, de mettre à mort tous les adultes ; or, il n'est pas à supposer que tous fussent coupables.
Sans nier qu'il soit possible de défendre la thèse contraire, je crois pour ma part que cela est absolument défendu, car on n'a pas le droit de faire le mal pour éviter même un plus grand mal, et il est inadmissible que l'on mette quelqu'un à mort pour une faute qu'il n'a pas encore commise. D'ailleurs, il y a d'autres moyens de se protéger contre eux pour l'avenir, comme la captivité, l'exil, etc., ainsi que nous l'exposerons un peu plus loin. En conséquence, soit pendant la guerre, soit après la victoire, si les soldats sont certains de l'innocence de quelqu'un, ils peuvent le laisser libre et ils le doivent.
A l'argument contraire, on répond que les enfants d'Israël ont agi en vertu d'un ordre spécial de Dieu qui, irrité et indigné contre certains peuples, avait résolu de les perdre, de même qu'il lança sur Sodome et Gomorrhe le feu du ciel qui dévora aussi bien les innocents que les coupables ; mais Lui est le maître absolu de l'univers, et 11 n'a pas accordé une semblable autorisation par une loi générale. Et au sujet du passage du Deutéronome précité, on peut répondre de même ; mais comme dans ce livre il a été établi une loi de guerre générale et faite aussi pour l'avenir, il semble plutôt que Dieu a agi
279. = (1) *Sinite crescere zi/auia, ne forle colligentes zi/ania, eradicelis simul et Iriticum {Math., 13).