‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 187 sur 277 · SECONDE QUESTION · texte numérisé non relu

SECONDE QUESTION

Est-il dans une guerre juste permis de dépouiller les innocents (i)?

281. — PremiI^re PROPOSITION. Il est certain que l'on peut prendre aux innocents les biens et les choses dont les ennemis doivent se servir contre nous, comme les armes, les navires, les machines de guerre. Il est évident qu'autrement on ne pourrait atteindre la victoire qui est le but de la guerre. De plus, on peut prendre aux innocents leur argent, brûler ou détruire le blé, tuer les chevaux, si cela est nécessaire pour affaiblir les forces ennemies. D'où ce corollaire que si la guerre est perpétuelle, on peut indistinctement dépouiller chez les ennemis tant les innocents que les coupables, car leurs ressources servent à alimenter une guerre injuste et, au contraire, on diminue leurs forces en dépouillant les habitants de leur pays.

282. — Seconde proposition. Si la guerre peut se faire convenablement sans dépouiller les cultivateurs et autres innocents, il semble qu'il n'est pas permis de les dépouiller. C'est l'opinion de Sylvestre (i) : car la guerre a pour raison d'être une injustice ; il n'est donc pas permis d'user du droit de la guerre vis-à-vis d'innocents, si l'on peut autrement réparer l'injustice. Bien plus, ajoute Sylvestre, même lorsqu'il y a eu une juste cause pour dépouiller les innocents, quand la guerre est terminée, le vainqueur est obligé de leur restituer tout ce qui subsiste encore. Pour ma part, je ne crois pas cela obligatoire ; car, ainsi qu'on le verra plus loin, par suite du droit de la guerre, l'intérêt et le droit de ceux qui font la juste guerre priment tout le reste : je ne crois pas dès lors que ce que l'on a eu le droit de prendre soit sujet à restitution. Mais l'opinion de Sylvestre est honorable et peut être défendue. Quant à dépouiller les voyageurs et les étrangers que l'on trouve sur le territoire ennemi, à moins qu'ils n'aient commis une faute évidente, cela n'est permis en aucun cas ; car on ne peut pas les compter au nombre des ennemis.

283. — Troisième proposition. Si les ennemis refusent de restituer des choses qu'ils ont injustement enlevées, et si celui qui a été lésé ne peut facilement les récupérer autrement, il peut, en quelque lieu que ce soit, compenser le dommage qui lui a été causé, en prenant

(2) Voir n° 107, m fine.

281. =z (1) Voir sur cette question : I" partie, n» 90, et III" partie, n"' 372 à

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