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DISCUSSIONS SUR L'ÉTABLISSEMENT DES ESPAGNOLS EN AMÉRIQUE /|3I

tique de leur pays, les Mexicains avaient rhabiUide des sacrifices humains. On pouvait faire remarquer (2) que les sacrifices humains avaient été pratiqués autrefois par des nations considérées comme civilisées et que, même en admettant qu'ils fussent contraires au droit naturel, ils n'autorisaient pas les Espagnols à punir les Indiens sur lesquels ils n'avaient pas juridiction ; mais n'avaient-ils pas le droit d'intervenir pour défendre et protéger les innocents que l'on sacrifiait aux idoles, môme si ces victimes acceptaient volontairement la mort ou demandaient à être immolées, attendu qu'elles n'avaient pas le droit de disposer elles-mêmes de leur existence ? A ceux qui, comme Victoria (voir n° 420), étaient de cet avis, Acosta objectait qu'en réalité le nombre des victimes, même des victimes innocentes, serait beaucoup plus élevé dans une guerre que celui des victimes immolées dans les sacrifices (3). Pour réfuter son objection, il suffisait d'exagérer notablement le nombre de ces dernières : ce que l'on ne manqua pas de faire (4).

400. — On donnait encore cet argument : « Les Indiens sont une nation grossière, servile par sa nature, et par conséquent l'esclave obligée des autres nations plus distinguées, telles que la nation espagnole. «

C'est en ces termes que Soto résumait devant l'assemblée de i55o (voir n° 889) la thèse par laquelle Sepulveda soutenait que les Indiens étaient naturellement esclaves et, comme tels, incapables de posséder ou d'exercer aucune autorité.

Cette thèse avait été, bien avant lui, soutenue par d'illustres personnages. Elle avait été exposée et défendue par Friaz de Albornoz, évêque et professeur de droit à Mexico, dans un livre qui avait été condamné par l'inquisition comme « contenant des propositions « contraires à l'Evangile ».

Elle avait fait l'objet principal de la discussion qui, en 1619, à Barcelone, avait mis aux prises Las Casas et Juan de Quevedo, évêque du Darien, discussion qui avait tourné à la confusion de ce dernier. Les défenseurs de cette thèse invoquaient en sa faveur l'autorité d'Aristote. « Il y a, avait dit ce dernier (/. Polit,), des hommes esclaves par nature pour lesquels il est préférable d'obéir que de commander. »

Victoria (voir n" 439) et Acosta (i) s'efforçaient de disculper le philosophe : ses paroles, disaient-ils, ne signifient pas qu'il y ait certains hommes nés pour l'esclavage ; mais que, dans une société

(2) Voir Llorente, I, 387.

(3) De prom. Evang., lib. II, c, 6.

(4) Llorente, I, 386.

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