‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 230 sur 277 · De prom. Evang el.^Vih. III, c · texte numérisé non relu

De prom. Evang el.^Vih. III, c

bien organisée, il est bon que les uns obéissent tandis que les autres commandent.

Las Casas répondait fort justement : « Il ne faut pas oublier que le philosophe était païen ; ce qui prouve qu'il ne faut user de sa doctrine qu'autant qu'elle est d'accord avec notre sainte foi et avec les usages de la religion chrétienne » (2).

401. — Il est juste de le reconnaître ; nul ne soutint jamais que Ton avait le droit d'imposer par la force la religion chrétienne aux Indiens, ni de les obliger par des menaces à se faire baptiser ; mais deux thèses furent successivement soutenues, ayant pour objet de légitimer l'emploi de la force et de la contrainte, dans le but d'amener ou de faciliter leur conversion.

La première, violemment combattue par les Dominicains, lors de leur arrivée en Amérique en i5io, fut défendue, dans la junte réunie par l'ordre du roi l'année suivante à Burgos, par un moine franciscain, Alphonse d'Espinar. Elle se résume ainsi : « Il sera impossible de convertir les Indiens et d'en faire des sociétés organisées et libres, s'ils ne sont pas assujettis au pouvoir des Espagnols, soit comme esclaves, soit comme navorias (i), soit comme sujets de commanderies, et cela pendant deux ou trois générations successives. »

La junte se prononça contre cette opinion, mais ne changea rien en réalité au fond du système : on interdit l'esclavage en principe ; on le maintint en fait en autorisant les commanderies.

Quelques années plus tard, une autre thèse se fit jour et eut comme défenseur Sepulveda.

La prédication de l'Evangile, disait-il, et la conversion des Indiens ne peuvent se faire convenablement, c'est-à-dire sans grandes difficultés, si l'on n'a pas auparavant soumis ces peuples en les combattant.

Toute l'œuvre de Victoria, son « De Jure belli » comme son « De Indis )), proteste contre une telle proposition, qui est en contradiction évidente avec le principe : u Non sunt facienda mala ut eveniant hona. 0

Las Casas et Acosta s'employèrent aussi à la combattre : « Est-ce « que depuis i4 siècles, écrit ce dernier (2), l'Eglise a jamais agi de « la sorte ? En savons-nous plus long à ce sujet que nos ancêtres ? » Citant comme exemple les résultats obtenus dans certaines régions par de simples religieux, il affirmait qu'il eût été facile de convertir les Indiens si on leur avait donné l'exemple des bonnes mœurs.

(2) Llorente, I, 263.

401. = (1) Le mot« navorias » désigue une classe interméiliaire enlre l'esclave et le domestique libre.

(2) De prom. Evang., lib. II, cap, IV.

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