DISCUSSIONS SUR L'ÉTABLISSEMENT DES ESPAGNOLS EN AMERIQUE
droit de prendre la tutelle de peuples enfants P La tutelle, dit Solorzaïio, a été imaginée pour permettre que des hommes libres, incapables par suite de leur âge ou de leur manque de raison de se défendre ou de se gouverner eux-mêmes, soient défendus ou gouvernés par d'autres, plus âgés ou plus raisonnables (i).
Ce droit — ou ce devoir — de tutelle n'existe-t-il pas entre les nations P Ne peuvent-elles, ou ne doivent-elles pas l'exercer vis-à vis de peuples barbares et ignorants, incapables de se conduire eux-mêmes, et assimilables à des enfants ?
Acosta semble de cet avis : d'après lui, le droit naturel et les lois de la charité permettraient, même en employant la force, s'il était nécessaire, d'obliger un tel peuple à se donner des chefs convenables, ou si cela n'était pas possible, de se charger de l'administration d'un tel pays (2).
Tout au moins, dit fort bien Las Casas (3), n'avait-on pas le droit de confier l'exercice d'une telle tutelle à des commandeurs dont l'intérêt personnel se trouvait en opposition avec celui des pupilles qu'on leur confiait.
Victoria trouve la question si délicate qu'il préfère ne pas se prononcer à ce sujet. 11 est possible, dit-il, que ce soit un devoir de charité que d'aider de tels peuples à se gouverner ; mais il faut le faire uniquement dans leur intérêt et non dans le sien propre : or il est fort douteux que ce soit dans un tel esprit que les Espagnols se sont ingérés dans l'administration des Indes (4).
407. — Ainsi qu'on l'a vu plus haut, les discussions relatives aux droits des Espagnols ne furent soulevées que dix-huit ans après la découverte du Nouveau-Monde : il était déjà bien tard pour modifier des habitudes prises et combattre, au nom de la morale, des abus dont profitaient ceux qui disposaient de la force.
Durant quarante années, ceux qui, comme Victoria, représentaient en Espagne l'enseignement de l'Eglise et la doctrine chrétienne, aidés par des hommes de cœur et d'énergie comme Las Casas, luttèrent contre une coalition d'intérêts qui devait, en présence de l'attitude faible et hésitante du pouvoir royal, infailliblement triompher.
L'assemblée de i55o paraît marquer l'époque à partir de laquelle ce triomphe fut assuré.
D'ailleurs, au fur et à mesure que les années s'écoulaient, les situations, plus ou moins légitimement acquises, se consolidaient ; le