Chapitre II Des Indiens (i
Première Section
Préambule.
408. — Exposé général. — « Allez, enseignez toutes les nations, les bapHsant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. »
Ce passage du dernier chapitre de l'Evangile de saint Mathieu soulève la question suivante :
Est-il permis de baptiser les enfants des infidèles, malgré la volonté de leurs parents ?
Cette question a été traitée par le maître des Sentences (a) et par saint Thomas (3) ; mais elle a été reprise et remise en discussion à l'occasion de ces barbares du >'ouveau-Monde que l'on appelle communément « Indiens », et qui, inconnus jusqu'alors de notre monde, tombèrent, il y a quarante ans, au pouvoir des Espagnols.
La discussion que nous entreprenons à leur sujet, comprendra trois parties (4) :
Dans la première, nous examinerons en vertu de quels droits les Espagnols ont imposé leur domination aux barbares ;
408. = (1) Les notes marquées d'un astérisque sont de Victoria lui-même.
(2) nv, Distinction 4.
(3) '2. 2, qu. 10, art. 12, et 3, qu. 68, art. 10.
(4) Comme on le verra, Victoria n'a pas suivi ce plan dans son traité.
Dans la seconde, quel est le pouvoir des princes espagnols à leur égard, au point de vue temporel et civil ;
Dans la troisième, quel est le pouvoir de ces mêmes princes et quel est celui de l'Eglise à leur égard, en ce qui concerne les choses spirituelles et religieuses. Nous répondrons de la sorte à la question soulevée.
409. — Objection préliminaire (i). — Au sujet de la première partie, on commence par objecter que toute cette discussion est inutile et oiseuse, non seulement parmi nous, théologiens, à qui l'on dénie le droit, s'il n'y a rien à reprendre dans la manière dont les Indiens sont gouvernés, de discuter ou d'élever des doutes à ce sujet, et s'il y a quelque chose de mauvais dans leur gouvernement, de le corriger ; mais même chez ceux qui ont la charge d'administrer ces pays et de s'occuper de ces questions.
1° D'abord, dit-on, ni les princes espagnols, ni leurs conseillers attitrés ne sont tenus de remettre en question, ni d'abandonner des droits et des titres au sujet desquels il y a eu déjà autrefois des délibérations et des décisions prises, surtout quand il s'agit de biens que les princes occupent de bonne foi et alors qu'ils en sont les paisibles possesseurs. Car, comme le dit Aristote (2), si l'on remet toujours les choses en discussion, on n'en finira jamais ; jamais les princes et leurs conseillers ne pourront être tranquilles et sans inquiétudes de conscience ; s'il fallait rechercher depuis l'origine les titres qu'ils ont au gouvernement, ils ne pourraient jamais rien considérer comme définitivement acquis,
2° Ensuite, ajoute-t-on, les princes espagnols, qui les premiers se sont emparés de ces pays, c'est-à-dire Ferdinand et Isabelle, étaient des princes très chrétiens, et l'empereur Charles Quint est un prince à la fois très juste et très religieux ; il n'est pas admissible qu'ils n'aient pas étudié et examiné avec le plus grand soin tout ce qui intéressait la sécurité de leur situation et de leur conscience, surtout dans une question de cette importance ; il semble donc non seulement superflu, mais même téméraire de discuter sur de tels sujets : c'est chercher un nœud dans un jonc (3) et l'iniquité dans la maison du juste.
410. — Réfutation de l'objection, — Pour répondre à cette objection, il faut considérer ce que dit Aristote (i) : de même que les choses impossibles ou nécessaires ne sont pas un objet de discussion