‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 48 sur 277 · Chapitre 11 Les Canonistes · texte numérisé non relu

Chapitre 11 Les Canonistes

32. — Saint Isidore de Séville, ainsi qu'on l'a vu plus haut (n°25), indique comme causes de juste guerre, en dehors de la guerre défensive, propulsandorum hoslium causa, la répétition de biens enlevés, de repetendis rébus.

Saint Raymond de Penafort et Hostiensis ont reproduit à peu près textuellement la phrase de saint Isidore. Il en est de même de Guerrero, Bellini, etc. Quelques canonistes ont cru bon de faire desénumérations plus ou moins longues, et plus ou moins exactes, de ce qu'ils considéraient comme des causes de juste guerre. Ces énumérations sont loin de présenter l'intérêt et la valeur d'une définition générale : elles se ressentent des idées personnelles de l'auteur, et souvent contiennent des erreurs manifestes. Nous nous contenterons d'en donner un exemple pris dans Guerrero (De bello justo et injuslo).

Après avoir rappelé les trois conditions de la guerre juste, telles qu'elles sont indiquées dans saint Thomas, il cite parmi les causes de juste guerre :

i» Si une province blasphème Dieu par le culte dos idoles ;

2<* Si elle s'est éloignée du culte de Dieu ;

3° Si elle cesse d'être fidèle à son seigneur temporel ;

4° Si elle se rebelle contre son souverain ;

5" Si elle défend les malfaiteurs ;

6'* Si elle se rend coupable d'une injure à l'égard d'un prince ou de son légat ;

7" Un prince peut faire la guerre pour se libérer d'un injuste tribut ;

8° Pour délivrer de ses ennemis une nation amie ou alliée :

9° Pour faire recouvrer la liberté à ses sujets ;

10° Pour recouvrer l'intégrité de son royaume ;

11° 11 peut aussi déclarer la guerre à celui qui aide un ennemi à devenir plus fort.

Et il invoque généralement à l'appui de chacun de ces cas l'autorité de la Bible (l).

32. = (t) Parfois avec raison, mais parfois aussi forl mal à propos. De ce que

Plus pittoresque, sinon plus scientifique, est la classification donnée par Christine de Pisan {Le liv. des faits d'armes et de chevalerie^ ch. IV).

Cinq mouvements y a principaux sur quoi les guerres sont fondées, dont trois sont de droit et les autres de voulunté.

Le premier de droit pourquoy doivent être guerres emprises et maintenues est pour soutenir droit et justice.

1" Porter ou soutenir l'Église et son patrimoine ;

2° Son vassal, s'il a bonne et juste querelle ;

3" Aider un autre s'il en est requis, en cas que la querelle soit juste.

Le second est pour contreste aux mauvais qui veulent fouler, grever et oppresser la contrée, la paix et le peuple.

Le tiers est pour recouvrer terres, seigneuries, et aultres choses par autruy ravies et usurpées à injuste cause, qui au prince ou utilité du pays ou de subjets deussent appartenir.

Item des deux de voulunté.

L'un est pour cause de vengeance pour aucun grief receu d'autruy. L'autre est pour conquérir terres et seigneuries estranges, sans avoir autre titre que de conquéreurs.

Et elle ajoute que pour ces deux derniers cas, elle ne les trouve pas dans la loi divine, ne en autre escripture.

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