Voir no 48, note
L'historien latin do la Grèce ou plutôt des peuples étrangers, Justin, abréviateur de Troj^ue-Pompée, commence ainsi son histoire :
(( Dès l'origine, la puissance était entre les mains des rois qui u devaient leur élévation à cette dignité suprême, non aux brigues « populaires, mais à leur modération reconnue par les gens de bien. « Aucune loi ne liait les peuples, la volonté des princes leur tenait <( lieu de la loi : on était plus jaloux de conserver que d'étendre les « limites de son empire. Ces limites étaient pour chaque souverain « celles de sa propre patrie. ISinus, roi des Assyriens, fut le premier « qui, par une soif de commander jusqu'alors inconnue, ruina ces <( antiques traditions d'équité, ce régime de modération héréditaire. « Le premier, il porta la guerre chez ses voisins, et jusqu'aux frontières (■( de la Lybic, il étendit sa domination sur des peuples inhabiles à se <( défendre. » Et un pou plus loin : « Ninus, dit il, affermit par une « possession durable l'étendue de ses conquêtes. Vainqueur des voisins, c( recrutant chez les nouveaux vaincus de nouvelles forces pour passer « à d'autres exploits, chaque victoire devient comme l'instrument d'une (( victoire nouvelle, et tous les peuples de l'Orient sont soumis. »
Quoi que l'on pense de la fidélité de Justin et de Trogue car des récits plus véritables font connaître qu'ils en imposent sur plusieurs points, il est néanmoins constant, au témoignage unanime des historiens, que le roi Ninus donna un prodigieux accroissement au royaume d'Assyrie, royaume qui a subsisté si longtemps que Rome n'égale pas encore son âge. Car, au rapport des chronologistes, douze cent quarante ans se sont écoulés depuis la première année de cet empire jusqu'au temps où il passa aux Mèdes. Or, faire la guerre à ses voisins pour s'élancer à de nouveaux combats, écraser, réduire des peuples dont on n'a reçu aucune offense, seulement par appétit de domination, qu'est-ce autre chose qu'un immense brigandage (2) ?
L'extension de l'empire, dit aussi Victoria (n" 253), n'est pas une juste cause de guerre : cela est tellement clair qu'il n'est pas besoin de le prouver. S'il en était autrement, la guerre serait également juste des deux côtés, et tous les combattants seraient innocents. lien résulterait qu'il ne serait pas permis de les mettre à mort ; ce qui implique contradiction : savoir que la guerre serait juste, mais qu'il ne serait pas permis de tuer les adversaires.
37. — Mais si une guerre entreprise dans le but d'agrandir son territoire est injuste, quels que soient d'ailleurs les prétextes mis en avant pour en dissimuler le véritable objet, si même elle devient injuste par le seul fait qu'aux motifs légitimes de faire la guerre vient se mêler l'ambition d'agrandir son territoire, faut-il en conclure que toute augmentation de ce territoire sera toujours et dans tous les cas coupable ?
(2) Quid aliud quam grande latrocinium nominandum est. On lit aussi dans Saint Isidore de Séville {Etfjm., XVIII, 1, De beliis) : « Priraus bella intulit Ninus, Assyriorum rex. Ipse flnibus suis nequaquam contentus. humanx societatis fœdm irrumpens, exercitus ducere, aliéna vastare, liberos populos aut trucidare aut subjicere, universamque Asiam usque ad Lybisp fines nova servilute pordomuil. Hinc etiam studuit orbis in mutuo sanguine grassari alterna ca'de. »