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Dans ce curieux procès qui s’instruit depuis cinq siècles, les rangs des défenseurs s’éclaircissent chaque jour davantage.. La cause des Templiers est à cette heure presque généralement abandonnée, même par les écrivains ecclésiastiques. Ces écrivains ont fini par comprendre qu'il fallait choisir entre la culpabilité des accusés et celle de l'Église qui les a condamnés : les premiers ne peuvent être déclarés innocents sans que leurs juges soient reconnus coupables. Pour ceux qui douteraient encore, on ne peut que les renvoyer aux preuves, aux faits, aux aveux si nombreux, si variés de détails, et néanmoins si concordants, qui sont aujourd'hui connus et qu’on trouvera résumés ou indiqués en note dans la première partie de cette étude. Il y faut joindre les témoignages librement donnés dans l'enquête inédite de Florence dont nous publions le texte : par leur gravité et leur précision, ils sont propres à dessiller les yeux les plus prévenus.
La lumière, répétons-le, frappe de plus en plus les esprits élevés, libres de tout parti pris, qu’une pitié émue rangeait instinctivement du côté des victimes, ou qui flottaient indécis entre l'attaque et la défense. De ce nombre est l'écrivain illustre auquel on doit la publication des deux grands interrogatoires français, et qui est revenu avec tant de bonne foi sur l'opinion qu'il avait d'abord émise touchant la culpabilité des chevaliers du Temple. Quelqu'un lui parlant de la présente étude, au cours de la lecture qui en fut faite à l’Institut, et lui demandant sa pensée définitive sur ces moines
guerriers : € Les Templiers, s’écria-t-1l, c’étaient les
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turcos de l'Asie! » Mot des plus expressifs, sans doute, mais plus pittoresque que juste. Les turcos obéissent à leurs penchants naturels et non à un système : ils ont l'indomptable valeur, les ardeurs de tempérament, la vie libre et facile, mais non la corruption raisonnée et dogmatique des Templiers. La jeunesse, l’opulence, le ciel brûlant de l’Asie ne suffisent point pour expliquer de pareilles mœurs dans un ordre chrétien si pur à son origine. On ne neut s’en rendre compte que par les doctrines.
Bien des gens, dans ce siècle pressé, jugent un livre sur sa préface. L'auteur croit donc utile d'indiquer 1ci ce qu’il expose plus au long dans son texte : c’est qu’il n’enveloppe pas tous les chevaliers du Temple ‘dans la même condamnation. Mais, selon lui, le nombre des coupables fut trop considérable, leurs aveux font preuve d’un système trop umiforme et trop général pour que leurs aberrations puissent s'expliquer par des entraînements individuels. La similitude des fautes, l'unité d'inspiration dont elles témoignent, révèlent un accord préliminaire, une doctrine arrêtée originairement entre un certain nombre d’affiliés.
L'objet principal de cette étude est de rechercher et de mettre à nu les bases de cet accord et de cette doctrine.
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