‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 11 sur 297 · XX I[ INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX I[ INTRODUCTION

guider les autres. Combien n'y en a-t-il pas qui, par ignorance de la grande doctrine de l'Église, s'évanouissent dans leurs pensées, et de la nieilleure foi du monde, se croient arrivés à une haute contemplation, tandis qu'ils ne se nourrissent que des vains songes d'une imagination trompeuse.

Mais c'est surtout dans la direction des consciences que la théologie est nécessaire. Sainte Thérèse disait à ses filles: « Louez extrêmement Dieu, mes filles, de la liberté que vous avez maintenant d'avoir quelques confesseurs qui éclairent vos doutes. Je demande, au nom de Notre-Seigneur, à celle qui sera Supérieure de tacher toujours d'obtenir de l'Évêque ou du Provincial, pour elle et pour ses religieuses, cette sainte liberté de communiquer de son intérieur avec des personnes doctes, principalement si leurs confesseurs ne le sont pas, quelque vertueux qu'ils puissent être. Car Dieu les garde de se laisser conduire en tout par un confesseur ignorant, quoiqu'il leur paraisse spirituel et qu'il le soit en effet. La science sert extrêmement pour donner lumière et toute chose... »

« H m'est arrivé de traiter des choses de conscience avec un confesseur qui avait fait tout son cours de théologie, lequel me fit beaucoup de tort en mé disant que certaines choses n'étaient point considérables. Il n'avait point toutefois intention de me tromper, ni sujet de le vouloir, et il n'y aurait rien gagné ; mais il n'en savait pas davantage... »

« Cette véritable connaissance de ce qu'il faut faire

pour observer avec perfection la loi de Dieu, nous importe de tout. C'est le fondement solide de l'oraison; et, quand il manque, on peut dire que tout l'édifice porte à faux (1) » .

On ne récusera pas la grande autorité de sainte Thérèse; et, si elle attache une si grande importance à la science théologique, c'est qu'elle savait par expérience tout le mal que peut faire à une âme un Directeur peu instruit.

C'est donc aux docteurs que doivent s'adresser les âmes qui veulent trouver le bien-aimé; mais saint Thomas fait remarquer que l'épouse ne le rencontra que lorsqu'elle les eut passés : Ciim pertransissem eos inveni.

Ce qui signifie qu'il ne faut pas s'arrêter sous le portique de la doctrine ; qu'il ne faut pas se contenter de l'écorce de la théologie, qui est la spéculation pure : il faut aller plus loin, entrer dans Tàme même de la science, méditer profondément les dogmes qu'elle nous révèle par l'esprit de Dieu, qui scrute tout, même les profondeurs divines (2) ; qui nous fait connaître la sublime charité de la science du Christ, afin de nous remplir de la plénitude de Dieu (3).

Voilà comment il faut envisager le rôle de la science théologique dans la vie spirituelle : elle ne nous fait pas seulement connaître Dieu, elle nous fait pénétrer dans ses profondeurs, elle inonde notre intelligence de clartés qui la ravissent à elle-même, et elle allume dans notre

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