XX INTRODUCTION
flatte, quelque compagnie qui nous amuse, quelque ennui qui nous prenne, quelque fatigue qui nous accable, aussitôt que nous commençons à nous reposer, une voix divine s'élève d'en haut qui nous dit sans cesse et sans relâche : Egredere, sors /...
<f Considérons tous les pas, et remarquons les divers progrès que fait l'àme durant ce voyage. Ou nous nous arrêtons au-dessous de nous, ou nous nous arrêtons en nous-mêmes, ou nous nous arrêtons au-dessus de nous. Lorsque nous nous attachons au plaisir des sens, nous nous arrêtons au-dessous de nous : c'est le premier attrait de l'âme encore ignorante, lorsqu'elle commence son voyage. Elle trouve premièrement en son chemin cette basse région ; elle y voit des fleuves qui coulent, des fleurs qui se flétrissent du matin au soir ; tout y passe dans une grande inconstance. Mais^ dans ces fleuves qui s'écoulent, elle trouve de quoi rafraîchir sa soif, elle promène ses désirs errants dans cette variété d'objets, et, quoique elle perde toujours ce qu'elle possède, son espérance flatteuse ne cesse de l'enchanter... Egredere sorsl songe que tu es faite à l'image de Dieu; rappelle ce qu'il y a en toi de divin et d'immortel... Un Dieu infini t'appelle : Dieu lui-même te tend les bras. »
Si l'âme entend cette voix, elle répond : Surgam, je me lèverai ; c'est le commencement de ce long et infini voyage.
Les gardes qui veillent sur la ville m'ont rencontrée, continue l'Épouse, je leur ai demandé: Avez-vous vu
mon bien-aimé? et quand je les ai eu passés, j'ai trouvé celui que je chéris.
La ville, dit saint Thomas, c'est l'Église catholique; les gardes qui veillent sur elle sont les Docteurs.
La ville c'est l'Église. On ne peut pas, en effet, espérer de trouver Dieu en dehors de l'Église ; ou du moins, on ne trouve pas ailleurs le Dieu de la vie intérieure, c'est-à-dire, le Dieu qui remplit l'âme et qui se communique à elle dans des effusions intimes et pénétrantes. C'est dans l'Église seule que coule à pleins bords ce torrent de vie surnaturelle qui a jailli du Calvaire et où vont, d'âge en âge, se désaltérer les âmes qui ont soif de Dieu.
Ce sont les docteurs, gardes de la ville située sur la haute montagne (1), qui nous feront trouver le Dieu que nous cherchons; ils veillent sur la Jérusalem nouvelle, armés du glaive de V esprit qui est la parole de Dieu (2),
Nous devons donc nous adresser aux Docteurs qui seuls peuvent nous conduire auprès du bien-aimé.
Par cette interprétation du texte sacré, saint Thomas nous avertit que notre premier soin, dans la vie surnaturelle, est de nous instruire solidement de la doctrine chrétienne, si nous ne voulons pas construire l'édifice de notre perfection sur le sable mouvant d'un sentimentalisme déréglé et sur les rêves d'une imagination peu éclairée. La science théologique est indispensable, soit pour marcher soi-même dans la voie, soit pour y
i. Matlh. V. 14.