LA FOI ET L'ESPRIT DE FOL
L'intelligence humaine, enchaînée par les liens sensibles, ne peut s'élever directement vers la lumière incréée. Nous sommes obligés d'avancer pas à pas dans la connaissance de Dieu et de conclure des conséquences au principe, des créatures à l'existence du créateur. Il faut donc avouer que, dans cette vie, nous ne saurons jamais ce qu'est Dieu en lui-même, car nos connaissances ont pour point d'appui les créatures impuissantes à reproduire fidèlement l'image de l'essence divine.
Cependant^ dit saint Denys, la création est une triple affirmation de la divinité. Nous constatons en effet que les créatures sont changeantes et imparfaites, et un être qui revêt ce double caractère ne peut avoir en lui-même la
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raison de son existence; il faut donc recourir à un principe parfait et immuable, et c'est ainsi que nous concluons à l'existence de Dieu. En second lieu, la série de tous les êtres ne peut être ramenée à la première unité de la série comme à une cause suffisante, mais il faut remonter à une cause générale qui dépasse infiniment non-seulement tel ou tel individu en particulier, mais encore la première unité et la série tout entière. Enfin, il est facile de remarquer que les perfections participées, dont les créatures sont douées, ne peuvent être attribuées, au même degré, à la cause générale qui les a produites. On est obligé de procéder par voie de négation et de dire : telle perfection qui est dans l'effet doit se retrouver dans la cause, moins la limite fatalement imposée à la créature. Aussi, dit saint Paul, le monde ancien a connu les choses invisibles de Dieu, et saint Thomas, se demandant pourquoi l'apôtre a choisi le mot invisibles au pluriel, fait ces belles remarques. L'essence divine est, en soi, une Unité absolue; mais icibas, nous ne la comprenons pas sous l'aspect de cette simplicité parfaite. Elle nous est manifestée par les créatures qui nous présentent, sous des formes multiples, ce qui, en Dieu, est absolument Un. Nous divisons, pour ainsi dire, l'unité divine en divers concepts de bonté, de sagesse, de puissance; mais ces perfections ne sont en Dieu qu'une seule et même chose : l'Essence divine. Or, l'essence divine, telle qu'elle est en elle-même, cette Unité qui renferme dans ses profondeurs tous les attributs que l'intelligence humaine conçoit comme multiples, cette Unité, dis-je, est incompréhensible^ et c'est pour cela que l'apôtre parle des invisibles de Dieu (1).