I CoT., X
DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 221
Jusqu'à présent, saint Thomas n'a considéré la gravité du péché qu'au point de vue de l'objet, mais, dit-il, il faut en outre envisager le sujet ou l'agent. L'agent est la volonté, car il est de l'essence du péché d'être volontaire. Plus la volonté est en possession d'elle-même et plus le péché est grave, et par une raison semblable toutes les causes qui diminuent l'intensité de la volonté atténuent la gravité du péché. Cette considération doit encore nous rendre fort prudents dans nos appréciations sur le compte du prochain, car Dieu seul peut juger de la perversité ou de la faiblesse de la volonté.
Les causes générales qui diminuent la gravité du péché sont l'ignorance et les passions.
Il faut distinguer, dit Saint Thomas (1), l'ignorance, de l'erreur et de la négation de la science. L'ignorance est : soit une privation de la science que l'on devrait posséder, soit une disposition mauvaise qui met obstacle à la possession de la vérité, et l'erreur consiste dans l'acquiescement donné à une chose fausse que l'on croit vraie. On n'est pas obligé de tout savoir, mais on ne peut pas, sans péclié, ignorer ce qui est nécessaire pour Taccomplissement de ses devoirs. Ainsi tous les fidèles sont tenus de connaître, au moins d'une manière générale, les principaux articles de notre foi et le décalogue, et chaque homme doit avoir la science indispensable pour remplir les fonctions qu'il a acceptées. Un magistrat doit être versé dans la science du droit, un prêtre doit connaître la théologie, en un mot, on ne peut pas, sans péché, occuper une charge quand on n'a pas les connaissances qu'elle suppose. Un général, par exemple, qui par incapa-