‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 134 sur 297 · q. xni. a · texte numérisé non relu

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peines, à l'incarnation du Verbe, ou à la pr('îdeslinaLion des saints, au lieu de courber humblement la tête et d'adorer avec amour des vérités qui dépassent les forces de l'intelligence humaine, ils jugent avec une hauteur coupable les conseils de la providence divine, et ils vont jusqu'à émettre sur ce Dieu qu'on ne devrait nommer qu'en tremblant des jugements qui dénotent un insupportable orgueil et une grande ignorance du respect qui lui est dû. Pourquoi, disent-ils, rendre responsable d'une faute qu'ils n'ont pas commise, de pauvres enfants qui n'ont commis d'autre crime que celui d^ouvrir les yeux à la lumière ; pourquoi Dieu se montre-t-il si sévère envers ses créatures, pourquoi sa colère implacable ne sera-telle jamais épuisée à l'égard des damnés, pourquoi prédestine-t-il celui-ci plutôt que celui-là, est-il digne d'un Dieu d'avoir revêtu une forme humaine ? Au lieu d'avouer que les mystères de Dieu sont insondables, on se laisse aller à la criminelle audace de les juger et on formule des propositions qui seraient de vrais blasphèmes si elles étaient parfaitement réfléchies. Qu'un théologien cherche à étudier les secrets de Dieu pour l'aimer davan tage et l'adorer plus profondément, c'est son devoir et le rôle que Dieu lui assigne, mais qu'un simple chrétien se permette, sans études préalables et sans un sentiment vrai de la grandeur de Dieu, de discourir sur les décrets de la providence, et de les citer au tribunal de sa raison, c'est ce qui est inadmissible et c'est une liberté que doit s'interdire une àme qui désire avancer dans le service de Dieu.

Un autre péché qui offense Dieu directement est la révolte contre son autorité. Cette autorité est, pour nous, celle de l'Église catliohque : nous devons être ses fils sou-

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mis et Taimer comme une mère. C'est elle qui nous a engendrés à la vie surnaturelle, qui nous nourrit de sa doctrine et qui nous fortifie par la grâce de ses sacrements ; elle s'associe à nos joies et partage nos douleurs, elle a béni notre berceau et un jour, sur ijotre tombe, elle implorera les miséricordes de Dieu et fera entendre les promesses de l'immortalité.

L'obéissance à l'Église doit se traduire chez les fidèles par une soumission rigoureuse aux décisions dogmatiques du Souverain Pontife, aux conseils des évêques et aux avis du confesseur.

La soumission au Souverain Ponlife est de précepte surtout quand il parle ex cathedra; celle que nous devons aux évêques unis au Pape est une conséquence de la première. Elle n'est pas cependant aussi absolue car le Pape jouit de prérogatives qui n'ont pas été accordées aux pasteurs des églises particulières. La soumission au confesseur est de conseil, mais les personnes qui font profession de piété et qui veulent avancer dans la voie de la perfection doivent l'accepter sans réserve. Le confesseur est en effet le représentant et le dépositaire de l'autorité de Dieu ; Dieu lui donne des grâces et des lumières spéciales pour la direction de notre âme, il faut, dans tous nos doutes, dans toutes nos inquiétudes s'en rapporter à lui et accepter ses décisions comme venant de Dieu lui-même. Cette soumission est rare et difficile. Elle est rare, car on voit tous les jours des âmes qui veulent ou qui croient être intérieures, qui discutent avec leur directeur, n'acceptent ses avis qu'avec répugnance et ne s'y conforment qu'à demi. On a mille excuses pour les éluder : « Il ne me comprend pas, dit-on, il n'a pas voulu m'entend re jusqu'au bout, il est trop indulgent ou trop sévère, il m'in-

terdii telle pratique parce qu'elle ne lui plaît pas, il ne sait pas faire la part de mon caractère et de mon tempérament, il subit des influences, il ne me semble pas s'intéresser à mon âme, etc. etc. » Et on ne voit pas que toutes ces discussions stériles diminuent peu à peu le respect d'une autorité qui, pour nous, doit être l'autorité de Dieu. Si l'on était animé d'un véritable esprit de foi, on ne se laisserait pas ainsi entraîner à des sentiments qui au fond, sont une révolte fort préjudiciable aux progrès dans la vertu.

Cependant il faut le reconnaître, cette soumission est difficile, car elle nous demande de renoncer à nos jugements et elle suppose la pratique de la vertu qui nous coûte le plus : l'humilité.

Après les péchés qui s'attaquent directement à Dieu, saint Thomas énumère ceux qui ont pour objet le prochain, et, en vertu du principe qu'il a exposé plus haut, il mesure leur gravité selon la grandeur du bien auquel ils sont opposés. Or, le bien le plus précieux de l'homme, celui auquel il tient le plus c'est évidemment la vie, d'où il suit que le péché le plus grave que l'on puisse commettre contre le prochain est l'homicide. Les péchés contre le prochain varient à l'infmi, depuis l'homicide et le vol jusqu'à la médisance et au jugement téméraire.

La médisance est l'aliment ordinaire de toutes les conversations; il est si doux de dire du mal de son prochain, de relever ses défauts et ses ridicules et de faire briller son esprit aux dépens des autres. Les causes de la médisance sont multiples. La première est une tendance malheureuse à voir toujours les choses par leurs côtés défectueux. Tout homme a des qualités et des défauts, des vertus et des vices. Or, il y a des esprits chagrins qui.

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instinctivement pour ainsi dire, ne considèrent jamais que les défauts. Mais qui donc est parfait? Qui vous dit que celui que vous critiquez si amèrement ne fait pas des efforts héroïques pour se corriger, et que Dieu voyant sa bonne volonté, ne préfère pas à votre injuste sévérité les défaillances dont il gémit ?

La seconde cause de la médisance est la vanité : sans se l'avouer peut-être on se compare à celui dont on dit du mal, et naturellement on se trouve bien meilleur que lui ; on déplore les fautes dont on parle pour mieux se féliciter de ne pas les avoir commises et, sous le dehors d'une vertueuse indignation se cache le scandale pliarisaïque d'un cœur plein d'indulgence pour ses propres faiblesses et de saintes colères contre les péchés d'autrui. C'est un travers dont ne sont pas exemptes les personnes vouées à la piété, et la tentation est si subtile que leur piété même, si elle n'est pas éclairée, est pour elles une cause de fautes légères, sans doute, mais contre lesquelles elles doivent se prémunir. La vanité s'infiltre partout: on fait son apologie en croyant prendre en mam Jes intérêts de Dieu et de la vertu.

Enfin la troisième cause de la médisance est la causticité de l'esprit. Il est des hommes qui saisissent un ridicule à l'improviste et qui lancent un trait rapide comme une flèche. La flèche peut éblouir ceux qui la voient passer, mais elle blesse celui qu'elle atteint. Ne disons pas que la blessure est légère, car souvenons-nous que nous ne devons pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qui nous fût fait à nous-mêmes.

Le jugement téméraire est une appréciation qui ne repose que sur des motifs insuffisants. On peut juger témérairement en bien, mais on entend ordinairement par

jugements téméraires une appréciation injuste et malveillante. Pour l'éviter, il faut se pénétrer de Tindulgence que nous devons avoir les uns pour les autres, il faut faire une large part à la faiblesse humaine, et laisser à Dieu, qui seul voit le fond du cœur, le soin de juger les hommes. Quand nous nous sentons portés à juger sévèrement le prochain défions-nous beaucoup de cette tendance parce qu'elle est réprouvée de Dieu : « Ne jugez pas, dit Notre-Seigneur, et vous ne serez pas jugés, ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés. » « Soyez miséricordieux comme votre Père Céleste est miséricordieux (1). » — D'ailleurs de quel droit jugerions-nous le prochain ? Dieu nous a-t-il chargés de distribuer les blâmes où les récompenses ? Sommes-nous infaillibles dans nos appréciations ? Tel acte nous paraît condamnable ; mais si nous connaissions les motifs qui l'ont dicté, et les circonstances dans lesquelles il a été accompli, nous penserions tout autrement peut-être. Acceptons sans réserve cette vérité si simple que, dans les limites de la foi el de la vertu, tout homme a le droit de penser et d'agir comme il l'entend et que nous ne pouvons pas avoir la prétention de faire accepter nos idées, notre ligne de conduite. Enfin, si parfois nous sommes témoins d'un fait qu'il n'est pas possible de nier ou d'excuser, au lieu de nous acharner contre le coupable, soyons indulgents en songeant à l'inexprimable faiblesse de la nature humaine, à la possibilité 011 nous sommes tous de tomber dans la même faute (2), et en nous souvenant que, si nous sommes sévères pour nos frères. Dieu à son tour sera sévère pour nous.

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