Rom. XII
2. Traité de la paix intérieure, quatrième partie, ch. iv, a. 1.
actes des vertus modestes qui se présentent tous les jours. Ils attendent une occision éclatante de témoigner à Dieu leur amour et leur dévouement, et le plus cruel martyre n'est pas au dessus de leur force. C'est une illusion, c'est le coup de vent dont parle le P. de Lombez. Au lieu de nous pousser vers le port il nous fait tournoyer sur nousmêmes et nous n'avançons pas : « C'est un abus de dé- « sirer le martyre, dit saint François de Sales (1), et n'avoir « pas le courage de supporter une injure. L'ennemi nous « procure souvent de grands désirs pour des objets ab- « sents et qui ne se présentent jamais, afin de divertir « notre esprit des objets présents, desquels, pour petits ft qu'ils soient, nous pourrions faire grand profit. »
Ces désirs immodérés nous font perdre un temps précieux : nous attendons le martyre et nous ne supportons pas une parole un peu vive.
Les commençants sont généralement assez satisfaits d'eux-mêmes et ils sont pris d'un beau zèle pour la gloire de Dieu et la sanctification des autres. Ils entrent dans une pieuse colère quand ils voient les droits de Dieu méconnus, et ils acceptent difficilement que tous les hommes ne marchent pas dans la voie royale de la vertu. Ils réprimandent avec amertume et impatience ceux qu'ils espèrent ramener ; ils s'indignent de rencontrer une résistance assez vive parfois et ils prennent leur humeur chagrine pour le zèle dévorant de la maison de Dieu.
La vraie piété est plus modeste et plus douce. Elle n'a pas ce ton impérieux, cette attitude hautaine d'une àme qui oublie ses propres imperfections et ses péchés pour ne voir q ic ceux des autres. Elle sait qu'on scandalise souve'^.t
1. Introduction à la Vie dévote, troisième partie, ch. xxxvi.
au lieu d'édifier quand les reproches montrent plus d'ostentation que de charité (1), et elle évite l'orgueil caché sous une réprimande sévère. Nous sommes pleins d'impatience pour les défauts des autres, tandis que Dieu nous a donné mille fois les preuves d'une patience infinie pour nos péchés. Modérons notre zèle et soyons plus attentifs à réprimer nos imperfections qu'à nous emporter contre celles du prochain.
Une autre imperfection, commune aussi parmi les commençants, est l'abandon des pratiques et des œuvres de la vie intérieure aussitôt qu'on n'y trouve plus le goût et la ferveur sensible des premiers jours. On est d'abord plein d'ardeur et d'une régularité exemplaire; on quitterait tout plutôt que de manquer à l'oraison, à la visite du Très- Saint-Sacrement ou à tout autre exercice. Mais un jour l'oraison a été aride et sans consolation; on a eu beaucoup de peine à attendre que le temps fixé se fut écoulé, et, le lendemain, on y revient avec moins d'empressement. Cette paresse spirituelle est une imperfection grave, car elle suppose que nous cherchons, dans le service de Dieu, les consolations sensibles que nous pouvons y goûter, bien plus que le désir sincère de nous sanctifier et de plaire à Notre-Seigneur.
Les imperfections, que nous venons de signaler, sont générales et se rencontrent à peu près dans toutes les âmes aux débuts de la vie intérieure ; mais, oulre ces imperfections communes, il en est d'autres plus nombreuses encore qui varient selon la tendance, la nature, l'éducation, l'esprit de chacun.
L'un a naturellement une volonté de fer, et il éprouvera