‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 154 sur 297 · Ibid. chapitre xxxiv · texte numérisé non relu

Ibid. chapitre xxxiv

DE SAINT THOMAS d'aQUIN. ^5ii

« les hommes par leurs arts et par leur industrie, n'ont- « ils point encore ajouté aux séductions des yeux.... « Seigneur, mon Dieu, je trouve encore là l'occasion d'un « hymne à votre honneur, et j'offre un sacrifice de « louanges à Celui qui doit me sanctifier ; car ces « beautés qui des âmes des hommes passent jusqu'à leurs « mains viennent d'une autre beauté bien supérieure « à nos âmes, beauté vers laquelle je soupire nuit et « jour. »

Nous n'entrerons pas dans le détail des mortifications que l'on peut imposer à chaque sens en particulier, disons seulement que les occasions s'offrent à tout moment et qu'une àme vraiment intérieure ne les néj^jlige pas. On n'est pas évidemment obligé de les saisir toutes et surtout d^en faire l'objet d'une préoccupation constante; il faut se morlitier quand la pensée s'en présente^ mais une âme qui veut avancer y pense souvent.

Les mortifications qui n'attirent les regards de personne sont préférables aux pénitences extraordinaires.

La Croix de Notre-Seigneur se lèverait devant nous si

nous avions la témérité de blâmer celles-ci, nous disons

seulement que les premières sont préférables parce qu'elles

n'exposent pas notre humilité. On est tenté de se croire

un saint quand on se livre à des macérations corporelles

peu communes ; on ne doit du reste les pratiquer que sur

l'avis d'un directeur discret. Une visite importune reçue

, patiemment, un défaut supporté avec douceur, une parole

i aigre acceptée sans murmure, un mets dont on se prive

sans que personne s'en aperçoive, un contre-temps qui

I n'altère pas notre humeur parce qu'on y voit la permis-

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sion de Dieu, ces mortifications et autres semblables valerjt la haire et les d.isci[)lines (1).

Nous avons dit tout à l'heure que la mortification active se divise en mortification des sens et en mortification de l'esprit : nous venons de traiter la première il nous reste à parler de la seconde.

Gomme les sens, l'intelligence et la volonté doivent être purifiées.

Ce n*est pis assez que notre intelligence soit pure par sa soumission aux vérités révélées, il faut faire pénétrer plus avant le glaive de la mortification. Il est dans la vie pratique une foule de questions qui divisent les hommes. Il ne nous est pas défendu d'avoir une opinion, mais il faut y tenir avec modestie, la défendre avec douceur et nous rendre de bonne grâce quand on nous en montre l'erreur ou le danger. Les personnes obstinées dans leur jugement propre le soutiennent avec àpreté, elles ont une confiance illimitée dans leur manière de voir et quiconque ne pense pas comme elles n'est pas à leur hauteur. Cette disposition est fort nuisible, elle est même contraire aux règles de la prudence humaine et c'est avec beaucoup de raison que saint Thomas fait de la docilité une partie de la prudence (2). N'ayons pas une si grande confiance en nos jugements ; sommes-nous infaillibles ? Ceux qui ne partagent pas notre manière de voir ne sont-ils pas aussi sages. que nous? Soyons modestes et nous serons dociles, consultons souvent et respectueusement les hommes graves et ne nous entêtons pas dans une opinion qu'ils auront condamnée.

1. « C'est moins par les austérités du corps qui sont secondaires « que par une humilité profonde qu'on avance dans le chemin spi- » rituel ». Sainte Thérèse, le château intérieur III, demeures, ch. ii.

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