Livre X. c. xxxui
252 LA nOCTRINK SPIRITUELLE
« laquelle il a mérité d'être supporté, il s'ellorcc au con- « traire do la précéder et de la conduire. »
Voilà la règle : lorsque le plaisir des sens ne subjugue pas la raison, il est, dans le cas dont il s'agit ici, un moyen d'aller à Dieu, mais, s'il veut la précéder et la conduire, il n'est pas dans l'ordre et doit être réprimé.
Saint Augustin applique le même principe à tous les sens : qu'on nous permette de citer encore sa belle page sur le sens de la vue : (1)
« Les yeux .aiment les formes belles et variées, les couce leurs éclatantes et riantes. Que ces choses n'attachent « pas mon àme, mais qu'elle soit attachée à Dieu qui les « a faites; elles sont bonnes à la vérité; mais c'est lui « qui est mon bien et non pas elles. Ces choses m'enve- « loppent de toutes parts sans interruption pendant la « veille, et elles ne me laissent pas un moment de repos, « tandis que les chants ont des intervalles, et même je « ne puis entendre aucune voix, par exemple, dans le c( silence. Mais cette reine des couleurs, la lumière qui « inonde tous les objets que nous voyons, ne cesse pas, « aussitôt que le jour a paru, et en quelque lieu que ce « soit^ de caresser ma vue de mille manières, même « lorsque je ne pense pas à la contempler. Elle s'insinue « même avec tant de force, que si tout à coup elle m'est « enlevée, je l'appelle avec regret, et si j'en suis longue temps séparé, m.on àme s'en attriste Ceux qui savent
« vous louer à cause de cette lumière, Dieu créateur de « toutes choses, s^en servent dans vos hymnes pour s'éle- « ver à vous, au lieu d'être entraînés par elle dans le « sommeil de leur âme : tel je désire être Combien