DE LA VERTU
Les conditions requises pour mettre en pratique les principes exposés dans les chapitres précédents sont nombreuses et elles se résument toutes dans un seul mot : la Vertu. Sans cette disposition en effet il n'est pas possible d'éviter le péché, de résister aux tentations, de pratiquer la mortification. Si jusqu'à présent nous n'avons pas parlé de la yertu c'est uniquement pour ne pas mêler les questions et afin de procéder avec ordre.
Saint Thomas définit la vertu : une habitude ou qualité qui perfectionne le sujet et d'où découlent des actes bons (1).
La vertu est d'abord une habitude ; c'est-à-dire qu'il ne suffit pas pour être vertueux d'émettre, dans une occasion donnée, un acte vertueux en lui-même ; il faut, par la répétition des actes, avoir acquis la facilité et la promptitude qui constituent l'habitude vertueuse. Un homme peut, par exemple, faire un acte héroïque dans un moment d'exaltation ; il ne sera pas vertueux pour cela
1. Esthabitusqui bonum facit habentum et opus ejiis bonum reit. 1^ 2« q. 55, a. 3.
LA DOCTRINE SPIRITUELLE DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 257
s" il n'ëmet qu'une fois ou que très rarement les actes de cette vertu élevée à son paroxysme.
Les caractères de l'habitude sont, d'après saint Thomas, au nombre de trois : l'uniformité, la prouiptitude et la facilité dans les actes (1).
L'uniformité d'abord : les inclinations humaines sont extrêmement mobiles, elles nous poussent tantôt dans un sens tantôt dans un autre. Un jour nous sommes bien disposés, nous ouvrons notre àme à toutes les inspirations généreuses ; et le lendemain nous ne sommes plus les mêmes ; ces bons mouvements ont disparu. Ces variations perpétuelles sont incompatibles avec la vertu qui suppose plus de fermeté et de suite ; il faut, par la répétition des faits, donner à nos inclinations une pente habituelle vers les actes vertueux.
Souvent nous hésitons, nous nous consultons longtemps avant de prendre une décision ; l'habitude coupe court à ces tergiversations en nous faisant agir promptement. Les actes auxquels on est habitué se font sans retard, c'est le second caractère de l'habitude. Le troisième est la facilité. L'habitude est une seconde nature, dit-on, et saint Thomas donne à ce proverbe populaire tout le poids de son autorité. Quand on a pris une habitude, les actes en découlent sans efforts comme s'ils étaient naturels; ils sont non-seulement sans contrainte mais encore on éprouve une certaine joie dans leur accomplissement.
Cette dernière considération de saint Thomas doit relever le courage de ceux qui éprouvent au commencement de grandes difficultés dans l'exercice de la vertu. Les premiers jours, quelquefois même les premières années sont