Devirt. in comm. quœsu'ni,a
258 LA DOCTRINK SP1RITUEF>LE
pénibles ; on marche lentoment et eharpio pas nons coûte des efforts inouïs, nnalji^ré tout ayons confiance. L'hahitnrle n'a pas donné encore ;ï notre âme les inclinations vertueuses, mais quand elle aura creusé le sillon, cette vert'i qui nous parait aujourd'hui si difficile produira en nous presque sans efforts, des fruits de salut. Les commencements sont pénibles en tout, l'habitude et la facilité dans l'exécution viennent à la longue, et après de persévérants efforts.
Toujours fidèle aux principes de sa philosophie, saint Thomas enseigne que les vertus résident dans les puissances de l'àme, mais leur présence se fait-(:He également sentir dans toutes les facultés ou bien y a-t-il une puissance privilégiée au sein de laquelle elles se retirent comme dans un asile choisi ? La solution de ce problème va nous fournir l'occasion d'admirer la profonde psychologie du saint Docteur.
Les seuls actes de l'homme en tant qu'homme sont ceux dont il reste le maître ; or, le principe de ces actes est triple. Le premier commande et met en mouvement les autres puissances, c^est la raison ou la volonté; le second reçoit des ordres et il en donne, c'est l'appétit sensible qui obéit à la raison et transmet aux membres l'impulsion venue de plus haut, le troisième n'a qu'à obéir, c'est le corps. Le corps et les puissances inférieures sont donc soumis à la raison mais leur sujétion n'a pas la même intensité. Le corps obéit aveuglement et toujours (1) ; ma main s'ouvre ou se ferme à volonté. La domination de la raison sur le corps est despotique, dit saint Thomas, tandis que son pouvoir sur les facultés sensibles est limité,
1. On comprend bien qu'il ne s'agit pas ici des fonctions de rorirapisme.
DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 259
semhlable an ^onvernement d'un roi sur des siijrts libres qui peuvent résister. Les puissances sensibles n'acceptent l'impulsion de la raison que lorsqu'elles y sont préparées par une disposition spéciale. Quand un homme sent bouillonner en lui le flot de la colère et qu'il le calme en lui imposant le frein de la raison, il émet un acte vertueux auquel participent les puissances inférieures. La vertu étend donc son empire jusqu'aux facultés sensibles, mais elles n'en sont pas le siège principal, il faut le chercher plus haut. Est-il dans la volonté ? La doctrine de saint Thomas est ici assez subtile pour qu'il faille la préciser.
La vertu, dit-il (1), est un perfectionnement des puissances qui les diriîTe vers le bien, mais si la puissance possède naturellement cette tendance, la vertu ne lui est pas nécessaire. Si en effet une puissance porte en ellemême cette pente naturelle vers le bien, elle n'aura pas besoin du secours de la vertu, or, telle est la volonté ; elle se dirij^fe d'elle-même vers le bien qui lui est proportionné. La venu ne viendra donc à son aide que s'il s'agit d'un bien, d'un ordre plus élevé ou qui ne lui est pas personnel ; par exemple le bien divin ou le bien des autres. Dans ces deux cas seulement, l'impulsion de la vertu soulève la volonté afin de lui faire atteindre le bien divin par la charité et le bien des autres par la justice. Ces deux vertus seules ont donc leur siège dans la volonté.
Les autres résident dans la raison, soit pratique, soit spéculative. Nous ne pouvons pas entrer dans des explications qui seraient de la philosophie pure; qu'il nous suffise de cette considération générale de saint Thomas,