‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 188 sur 297 · CLXI, a. 5 ad · texte numérisé non relu

CLXI, a. 5 ad

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tion divine, l'orgueil, et Dieu touché du spectacle d'une âme humble répaud sur elle l'abondance de ses grâces selon cette parole : Il résiste aux superbes et II donne sa grâce aux humbles (Jac. iv. 6,). Or, nous ne pouvons rien sans le secours de Dieu ; l'humilité qui nous les fait obtenir est donc la première des vertus et le fondement de toutes les autres. Mais en prenant la question dans un autre sens,on doit reconnaître que la Foi est la première de toutes les vertus et que la charité est la plus parfaite. La Foi, en effet, est, pour ainsi dire, notre premier pas vers Dieu, elle est la première pierre de cet édifice dont l'humihtén'a fait que préparer le terrain ; elle est donc, dit saint Thomas, un fondement plus noble que ^humilité. D'autre part, la charité est la vertu qui nous unit directement à Dieu, elle est donc la plus parfaite, car la perfection d'une vertu se mesure d'après le degré d'intimité qu'elle nous donne avec Dieu.

Ces principes sont incontestables, mais il faut ajouter quel'humilité est indissolublement liée à la foi età la chanté au point qu'on ne peut les concevoir séparées. Gomment, en effet, accepterons-nous les saintes obscurités de la Foi, si notre esprit superbe se révolte à la seule idée de s'incliner devant une vérité qu'il ne comprend pas ? Gomment aimerons-nous Dieu de toute notre âme et de toutes nos forces si nous sommes pleins de nous-mêmes et si Tamourpropre occupe la première place? On voit donc le lien évident qui unit l'humilité à la Foi et à la Charité. C'est cette belle théologie que Bossuet résume admirablement comme toujours : « Enracinez-vous dans l'humilité, dit-il, « par la foi et par le chaste et pur amour : c'est la source « de la véritable humilité. Qui aime, s^oublie soi-même, et « n'a garde de se compter pour quelque chose, puisqu'il

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« s'est oublié et ne se retrouve qu'en Dieu par Jésus- « Christ» (1).

En continuant cette analyse, on constaterait des rapports semblables entre chaque vertu et l'humilité, voilà pourquoi les docteurs de la vie spirituelle l'ont en si haute estime.

C'est une vertu si foncièrement vraie qu'il suffit d'un peu de sincérité pour la désirer ardemment et pour la pratiquer sans arrière pensée, et le vice contraire est si odieux et disons le mot, si ridicule, qu'on doit le fuir comme un mensonge et une folie. De quoi peut-on tirer vanité? Sur quoi repose cette haute idée que nous avons de nous-mêmes ? Qu'avons-nous qui nous appartienne ? Pourquoi voudrions-nous être grands dans la pensée des autres, alors que nous nous savons si petits, pour peu que nous ne voulions pas nous mentir à nous-mêmes ? Soulevons les voiles de notre conscience, descendons dans les abîmes de notre cœur, souvenons-nous de nos misères, de nos faiblesses, de nos lâchetés, et demandons-nous de quoi nous avons le droit de nous enorgueillir ? Le contentement de soi est la marque infailHble d'un esprit étroit et d'un cœur où habite le mensonge. Les grandes âmes sont humbles parce que avant tout elles sont sincères et vraies ; elles ne sont jalouses que du bon témoignage de leur conscience et que de l'approbation de Dieu. La vaine gloire ne séduit que les âmes assez petites pour s'en contenter.

« Nous appelons vaine, dit saint François de Sales (2), a la gloire qu'on se donne ou pour ce qui n'est pas en « nous, ou pour ce qui est en nous, mais pas à nous, ou

d. Lettre de piété et de direction, 233^ lettre, édit. de Versailles. 2. Introduction, 4 la Vie dévote', troisième partie, ch. iv.

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« pour ce qui est en nous et à nous, mais qui ne mérite « pas qu'on s'en glorifie. La noblesse de la race, la faveur « des grands, l'honneur populaire, ce sont des choses qui « ne sont pas en nous, mais en nos prédécesseurs, ou en « l'instinct des autres. Il y en a qui se rendent fiers et (( morguants pour être sur un bon cheval, pour avoir un ' panache à leur chapeau, pour être habillé somplueuse- « ment: mais qui ne voit cette folie? car s'il y a de la « gloire pour cela, elle est pour le cheval, pour l'oiseau,

« pour le tailleur les autres se prisent et regardent

« pour des moustaches relevées, pour une barbe bien pei- « gnée, pour des cheveux crêpés, pour des mains douil- « lettes, pour savoir danser, jouer, chanter: mais ne « sont-ils pas lâches de courage, de vouloir enchérir leur « valeur et donner du surcroît à leur réputation par des « choses si frivoles et folâtres? Les autres pour un peu de « science veulent être honorés et respectés du monde, « comme si chacun devait aller à l'école chez eux et les « tenir pour maîtres ; c'est pourquoi on les appelle pé- « dants. Les autres bC pavanent sur la considération de « leur beauté et croient que tout le monde les muguette; « tout cela est extrêmement vain, sot et impertinent, et la « gloire qu'on prend de si faibles sujets s'appelle vaine, « sotte on frivole. »

Quant aux rangs, dignités, honneurs que notre position nous donne, nous devons les accepter mais sans en faire plus de cas, dit encore saint François de Sales, que des singes ou des perroquets qu'apportent les voyageurs revenant du Pérou.

Il est assez facile de reconnaître que nous tenons tout de Dieu, que par nous-mêmes nous ne sommes rien, mais il nous est infiniment pénible de supporter que les autres

pensent de même sur notre propre compte: <( Nous disons maintes fois, continue le saint Iwêque de Genève, que nous ne sommes rien, que nous sommes la misère même et l'ordure du monde ; mais nous serions bien marris qu'on nous prit au mot». Si nous n'avons pas le coura^^e de nous élever à ce degré d'humilité, efforçons-nous du moins de combattre la vaine jïloire, ne recherchons pas les louanges des hommes et nous obtiendrons celles des Anges et de Dieu.

On rencontre quelquefois des personnes qui se livrent à des macérations corporelles terribles, qui pratiquent même des actes extérieurs d'humilité mais elles sont opiniâtres dans leurs jugements, un mot un peu vif les bouleverse, une humiliation vraie les met hors d'elles-mêmes : c'est une preuve irréfutable du peu de solidité de leur vertu ; elles n'ont pas encore compris l'importance de l'humiRté.

GHAPITRC XI

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