Act. VII
DE SAINT THOMAS d'aQUIN ooO
à cet antique usage, saint Thomas commente les paroles de l'ange immédiatement après la prière enseignée par
Notre-Seigneur.
Nous nous reprocherions de passer sous silence une dévotion si douce au cœur du chrétien, si utile aux àmcs intérieures ; et nous saisissons avec empressement l'occasion que nous offre saint Thomas de recommander sa dévotion à Marie et de raconter quelques-unes des ineffables grandeurs de la bienheureuse Vierge.
L'ange s'adressant à Marie lui dit : Ave, je vous salue. Saint Thomas remarque que c'est pour la première fois
iepuis le commencement des siècles qu'une créature humaine fut saluée par un ange. Quand un ange faisait à un homme l'honneur de lui apparaître, l'homme s'inclinait profondément devant Tenvoyéde Dieu. C'était son devoir, car l'ange lui était supérieur au triple point de vue de la dignité personnelle, de la familiarité avec Dieu et de la plénitude de la grâce. L'ange, esprit pur, était infiniment supérieur à l'homme, esprit enchaîné dans des liens corporels : l'ange jouissait de l'amitié de Dieu; l'homme au contraire chassé de l'Eden était courbé sous le poids de la colère divine et il fuyait Dieu ; l'ange baigné dans les flots de la lumière surnaturelle y puisait la splendeur et l'éclat de la gloire, l'homme n'en avait que quelques pâles reflets mêlés de beaucoup d'obscurités ; il n'est donc pas étonnant qu'il s'inclinât devant un être si supérieur à tant de litres. Mais ces rapports séculaires de la nature humaine ei de la nature angélique furent changés quand, pour la première fois, l'ange rencontra une créature humaine qu'il dût saluer. Marie, en effet, est supérieure à l'angle au triple point de vue qui autrefois soumettait l'homme à l'ange.
Si elle n^est pas, comme l'ange un esprit pur, elle a ud. prérogative qui l'élève infiniment au dessus de la pureté et de la perfection angélique: la prérogative de la maternité divine. L'ange est une créature idéale que nous entrevoyons dans l'azur ; notre imagination nous le dépeint comme la plus haute expression de la grâce et de la beauté. Mais que sont les perfections angéliques auprès du privilège inénarrable de la maternité divine ? La pensée succombe sous le poids de tant de gloire. Une femme est la mère d'un Dieu ! Ah ! il n'est pas étonnant que Fange l'ait saluée.
Avant Marie, l'ange était supérieur à l'homme au point de vue de la sainte familiarité avec Dieu, mais quelle intimité peut être comparée à celle qui unit une mère à son enfant ? Cette ineffable union a été celle de Marie avec son Dieu ; l'ange l'a proclamée en saluant Marie : Ave.
La plénitude de la grâce accordée à Marie surpasse tous les dons que Dieu a daigné faire aux anges et aux hommes. La grâce de Marie, en effet, a rejailli sur le monde entier puisque c'est par elle que la grâce du Christ nous a été donnée ; elle est donc avec Notre -Seigneur, la seule créature dont la plénitude se soit répandue sur toutes les générations. Aussi, après l'avoir saluée, l'ange se hâte de dire : gratta plena, vous êtes pleine de grâce, et il ajoute : le Seigneur est avec vous. Cette parole, dit saint Thomas est la plus grande qui se puisse entendre, car, en la prononçant l'ange affirmait la manière inefTable dont Dieu était avec Marie, c'est-à-dire comme un fils avec sa mère.
« Vous êtes bénie entre toutes les femmes. » Dieu au commencement avait béni toute créature, mais la désobéissance d'Adam avait changé en anathèmes les béné-
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dictions des premiers jours. Dieu avait d'abord maudit séparément Eve et Adam, il avait ensuite lancé une malédiction commune sur le couple chassé de l'Eden.
Et voici qu'un ange annonce à Marie qu'elle est bénie entre toutes les femmes I La bénédiction annoncée par l'ange a détourné de la tête de Marie l'effet de la triple malédiction originelle.
Dieu avait dit à Eve à quel prix elle achèterait la gloire de la maternité, mais cette malédiction ne devait pas même efileurer Marie car, par un privilège inouï, elle n'a pas cessé d'être vierge.
Dieu avait condamné Adam à arroser de ses sueurs une terre qui ne produirait que des ronces et que des épines, Une terre plus maudite encore que celle que nous foulons aux pieds, c'est notre cœur où les germes de tous les vices ont poussé de si profondes racines. L'àme de la glorieuse Vierge a été une terre bénie dont les parfums montaient vers Dieu comme l'encens.
Dieu avait dit à Adam et à Eve qu^ils retourneraient en poussière ; le corps de Marie fut porté dans le ciel par les anges. L'horreur et l'humiliation du tombeau ne convenaient pas à celle dont l'ange avait dit qu'elle était bénie entre toutes les femmes.
« Et le fruit de vos entrailles est béni. » En mangeant du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, Eve crut se rendre semblable à Dieu, mais au contraire elle effaça les traits les plus fidèles de la ressemblance divine. Le fruit de Marie peut seul nous donner ce que la première femme chercha en vain sur l'arbre de la science*du bien et du mal. En nous unissant à Notre-Seigneur nous devenons semblables à Dieu dont la grâce nous élève à un rang divin et dont la gloire contemplée face à face nous
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rendra bienheureux pendant l'éternité. Eve se laissa ^ duire par les jouissances trompeuses que lui promettait hfruit défendu, car, dit la Sainte- Ecriture, il paraissait doux à manger (1) mais elle n'y trouva qu'amertume, doulem et déceptions. Il n'en est pas de même du fruit de la Vierge Marie, il est le pain des anges descendu du ciel, il a une plénitude de saveur qui comble nos désirs (2) et celui qui le mange a la vie éternelle. La beauté du fruit défendu avait charmé le regard de la première femme, mais une cruelle expérience lui avait appris que cet éclat était éphémère ; le fruit de la bienheureuse Vierge est la splendeur delà gloire de Dieu, le plus beau des enfants des hommes ; tous les trésors de la sagesse et delà science de Dieu sont cachés en lui (3). Allons cueillir ce fruit qui communique la vie éternelle, prenons-le dans les bras de Marie, il nous donnera tout ce qu'Eve avait inutilement demandé au fruit défendu, car il est à jamais béni et quiconque mange de ce fruit participe aux bénédictions dont Dieu l'a comblé.
Tel est le commentaire de saint Thomas sur la salutation angélique : il contient tous les principes d'une dévotion solide et éclairée envers Marie.
Récitons souvent ces deux prières, « l'oraison dominicale et la salutation angélique » les plus belles qui aient jamais été enseignées aux hommes ; élevons notre cœur vers le Père qui est au ciel et mettons-nous sous la protection de celle qu'il a établie la dispensatrice de ses grâces.
L'oraison dominicale est la prière de tous les ciirétiens