LA MEDITATION
On ne doit jamais abandonner l'exercice de la prière vocale, même dans les états delà plus sublime contemplation (i). La raison en est facile à comprendre. La grâce, en effet, ne détruit pas la nature, et l'homme exprime naturellement, par des signes sensibles, les émotions et les pensées de son àme. Parmi tous les signes qui traduisent le plus fidèlement les phénomènes internes, la parole est le plus naturel, le plus expressif et le plusclair. Un chrétien rempli de l'amour de Dieu fera jaillir de ses lèvres, comme malgré lui, soit les formules consacrées par la tradition, soit ces paroles rapides et ardentes qui montent vers le ciel comme un trait enflammé et qu'on appelle « oraisons jaculatoires. »
Cependant les maîtres de la vie intérieure enseignent la supériorité de la prière mentale sur la prière vocale.
La forme ordinaire de la prière mentale est la méditation.
1. Nous disous dans les étals de contemplation, et non dans Tacto même de la contemplation.
LA DOCTRINE SPIRITUELLE DE SAINT THOMAS d'aOUTN. .365
La méditation est l'acte de l'esprit qui s'arrête devant un sujet déterminé et le considère attentivement pour s'en pénétrer. Dans son admirable livre « Le château de l'àme » où elle a décrit les états d'oraison avec tant de sagesse et de sûreté, sainte Thérèse nous apprend que la méditation est la porte qu'il faut franchir si Ton veut entrer dans les voies surnaturelles extraordinaires (1). Mais ne l'oublions pas, car c'est un point fort important, ces voies extraordinaires ne sont pas la sainteté, et une àme peut très bien s'élever à une perfection très haute en restant dans les limites de la méditation commune.
La méditation éclaire l'intelligence et elle alimente la flamme de la charité, elle est donc nécessaire à quiconque aspire à la perfection dont les conditions premières sont la connaissance et l'amour de Dieu.
Il y a plusieurs manières de connaître et d'étudier Dieu, mais le caractère spécifique de la connaissance de Dieu dans la méditation, c'est de faire converger tous les rayons de lumière vers un but unique : l'augmontationde l'amour. L'homme intérieur n'étudie pasDieu, comme le philosophe, ni mOme comme le théologien, non ; il n'a qu'une préoccupation : connaître toujours mieux pour aimer toujours davantage. L'amour est donc le but principal qu'on se propose dans la méditation, mais ce but ne peut être atteint que par la connaissance de Dieu, car c'est une loi qui ne souffre aucune exception : il est impossible d'aimer ce que Ton ne connaît pas. Les études théologiques, fortes et solides, loin d'être un obstacle à la piété et à la vie intérieure sont donc au contraire d'un puissant secours quand on leur donne une sage et prudente direction,