LA PURIFICATION PASSIVR SENSIBLE
Avant d'élever les âmes à la contemplation et de leur dévoiler ses plus intimes secrets, Dieu les fait passer par des épreuves terribles où elles achèvent de se purifier pour se rendre moins indignes des communications divines. C'est une crise infiniment pénible car l'àme jetée dans le creuset et privée de toute consolation sensible, se croit abandonnée de Dieu. Qu'elle se rassure cependant, Dieu ne l'abandonne pas. Il lui prépare au contraire des joies qui lui feront vite oublier les tristesse et les angoisses de l'épreuve.
Nous allons décrire les diverses phases de ces combats intérieurs auxquels les maîtres de la vie spirituelle ont donné le nom de purification passive,
La purification passive est sensible ou intellectuelle : nous ne nous occupons, dans ce chapitre, que de la purification passive sensible. Elle a une quadruple cause : cause matérielle, cause formelle, cause efficiente, cause finale.
La cause matérielle n'est autre que la partie sensible de l'àme. Les aiiections, les désirs, les craintes, la vie infé-
rieure, en un. mot, tel est le sujet sui* lequ ;! s'exerce la purification passive sensible.
La cause formelle consiste dans la privation des douceurs spirituelles. L'àme, en apparence délaissée, est en proie à des désolations et à des sécheresses continuelles et elle languit dans les ténèbres d'une nuit profonde. Dieu autrefois la portait dans ses bras et lui faisait surmonter sans effort les difficultés de la vie intérieure, aujourd'hui seule et délaissée, elle est abreuvée d'amertume, lesépines, ont succédé aux. ileurs, les délices passées ont fait phce aux soulfrances, les tentations surgissent et les consolations ont disparu. Tandis qu'elle est intérieurement fortifiée par la grâce qui lui donne le courage de supporter vaillamment ses épreuves, elle se croit appauvrie parce qu'elle a perdu les faveurs sensibles des premiers jours.
La cause efficiente de la purification passive, sensible, c'est Dieu ; Dieu toujours infiniment bon et miséricordieux quoiqu'il semble parfois sévère et même irrité. Il veut en effet consommer l'œuvre de la perfection de son élu et le disposer à une union ineffable ; il lui retire donc des consolations nécessaires autrefois, nuisibles aujourd'hui, e{ il lui apprend ainsi à ne pas confondre la vraie piété et h vertu solide avec la ferveur sensible des commençanis. « Je vous ai donné du lait comme à des enfants, disait « l'apôtre à des Corinthiens, car vous ne pouviez pas sup- « porter une autre nourriture (1). » Dieu donne le lait des consolations spirituelles à ceux qu'il veut attirer dans les voies intérieures, mais, quand ils ont grandi, il leur offre un aliment plus fort (2). '
Saint Bonaventure a merveilleusement décrit cette coii-