Perfectorum est soUdus cibus. Hebrœ, v
DE SAINT THOMAS d'AQUIN. 377
duite de Dieu dans le gouvernement des âmes. Le Dieu bon dont les délices sont, d'être avec les enfants des hommes, dit le docteur séraphique, accorde volontiers les joies surnaturelles aux chrétiens qui essayent leurs premiers pas dans la perfection. Mais hélas ! Quelques-uns trop fiers de ces consolations divines sont exposés à mépriser ceux qui sont moins favorisés, ils recherchent les louanges des hommes et ils usurpent une gloire qui n'appartient qu'à Dieu. Aussi, Dieu qui sait combien l'épreuve est nécessaire, nous prépare des tentations et des luttes après nous avoir accordé les faveurs célestes dont le souvenir nous soutiendra au moment du danger. C'est ainsi que les fds d'Israël savourèrent d'abord, dans le désert, la manne descendue du ciel et qu'ils y puisèrent la force pour les combats.
La purification passive sensible a pour cause finale, c'està-dire pour but, la soumission parfaite des puissances inférieures à la partie supérieure de l'àme. Il faut que les facultés sensibles passent par le feu d'une purification ardente, pour ne pas troubler plus tard, parleurs mouvements impétueux, la douceur et le calme de l'union divine. Cette union s'opère principalement dans les puissances supérieures, cependant si les facultés sensibles n'étaient pas absolument soumises, elles pourraient entraver l'action de la grâce et compromettre le succès des opérations surnaturelles.
C'est surtout lorsqu^on se place à ce dernier point de vue que l'on comprend la nécessité de la purification passive sensible. Il est fort difficile en effet de démêler, dans les émotions de la piété sensible, la part qui revient à la grâce, à la nature ou môme à l'ange des ténèbres. Souvent on se croit comblé de faveurs surnaturelles parce que l'on savoure de grandes joies sensibles, et on est loin de se dou-
'MH LA DÙCTHLNE SPIRITUELLE
ter que toutes ces prétendues coruiiiunications divines sont l'elfet d'une impressionriiibilité maladive ou peut-être d'une ruse de démon.
Les délectations sensibles, dit saint Thomas (l), sont bonnes ou mauvaises, selon les causes qui les engendrent, les effets qu'elles produisent et les actes auxquels elles nous disposent, or, même quand il s'agit des émotions vraies, bonnes en elle-mêmeset venant de Dieu, la purifications passive est nécessaire. Voici les excellentes raisons que donnent les maîtres de la vie intérieure.
1° Nous ne devons pas les estimer plus qu'elles ne le méritent, car elles sont accordées aux imparfaits, parfois même à ceux dont il est écrit : Tous ceux qui disent Seigneur f Seigneur! n'entreront point dans le royaume des ci eux (2).
« La charité est cachée au fond de l'àme, dit Thau- « 1ère (3), et c'est à cause de la grande difficulté qui se « rencontre à la découvrir dans le prochain, que Dieu « nous défend de juger sévèrement les autres. Quant aux « œuvres ou aux effets de Taraour, ils paraissent quelque- « fois extraordinaires, comme dans une joie extrême, dans « une dévotion fervente ou dans quelques chose de sem- « blable; mais ce n'est pas là ce qu'il y a toujours de «■ meilleur et de plus désirable, puisque ces signes exté- « rieurs se peuvent rencontrer sans la véritable charité, « et que la nature a souvent coutume de verser en nous ((■ ces douleurs et ces plaisirs, ou que Dieu permet même « à l'esprit méchant de les exciter en l'homme, afin de « lui attirer une estime qu'il ne mérite pas. Ce n'est donc