Ihid. q. xni, a
420 LA DOCTRINE SPIRITUELLE DE SAINT THOMAS d'aQCIN.
comme dans la folie, ou bien la puissance de Dieu la délivre, pour un moment, des lois auxquelles elle est natu-~ Tellement assujettie. Dans ce dernier cas, Tàme est ravie au-dessus d'elle-même, son mode d'opération est infiniment élevé au-dessus des conditions naturelles, elle peut par conséquent émettre l'acte intellectuel sans le secours des espèces intelligibles. Voilà pourquoi saint Paul ne savait pas, si dans son ravissement, son àme avait été dégagée des liens terrestres ou, si elle était restée enchaînée encore, tant cette contemplation est élevée au-dessus des lois naturelles qui accompagnent l'acte intellectuel. La contemplation devient le ravissement, c'est seulement alors que disparaissent les espèces intelligibles. Encore faut-il distinguer, avec saint Thomas, deux sortes de ravissements. (1) L'un met l'intelligence en face de la vérité par le moyen d'espèces intelligibles venant directement de Dieu, c'est le mode intellectuel des Anges ; l'autre arrache tous les voiles, supprime tous les intermédiaires, c'est le ravissement de saint Paul jusqu'au troisième ciel.
On voit donc que dans la contemplation élevée jusqu'au ravissement angélique, l'àme se sert encore d'espèces intelligibles. Or, cette contemplation, de l'aveu même de saint Jean de la Croix, est peu commune ; quand à la seconde, il n'y en a peut-être qu'un exemple ou deux ; on peut donc affirmer que, sauf de très rares exceptions, la contemplation infuse se sert toujours d'espèces intelligibles, c'est-à-dire d^images représentant l'objet contemplé (2).