Matth XV
DK SAINT THOMAS d'a^UIN. 439
Est-il un supplice comparable à celui d'une àme qui se croit réprouvée ? Elle est disposée à tout soulïrir, tout, excepté la pensée d'être séparée à jamais de son Dieu. Elle se débat dans les convulsions du désespoir ; elle ne veut pas être condamnée à maudire toujours le Dieu qu'elle a tant aimé ; le ciel est fermé sur sa tête et rien sur la terre n'est capable de la consoler.
Un bienheureux de Tordre des frères prêcheurs, célèbre par son zèle apostolique, sa science, la pureté et l'austérité de sa vie, le bienheureux Jacques de Mévania, fût soumis à cette horrible épreuve. Il succombait sous le poids de cette écrasante pensée, quand Dieu, par un miracle, daigna mettre un terme à son supplice. Saint François de Snles p îssa par les mêmes angoisses : « Il avait beau se « dire, raconte son historien (1), que Dieu ne veut pas que f nous ayons en cette vie la certitude absolue de l'état de « grâce et encore moins de la persévérance finale ; que nous « devons respecter les ténèbres qu'il a jugés à propos de « répandre sur notre état présent et nos destinées futures, « et que, sans sonder d'un œil trop curieux ce qu'il lui a « plu de nous cacher, nous devons nous appliquer uni- « quement à faire ici-bas sa sainte volonté, il avait beau, « quand son imagination lui représentait vivement que « Fenfer pour l'éternité serait probablement son partage, « répondre avec énergie qu^il voulait servir et aimer Dieu « actuellement de toute son àme et de toutes ses forces, « lors même qu'il serait sûr de manquer de persévérance « dans la suite, parce que Dieu est si aimable de sa na- « ture, qu'il mérite d'être aimé et servi quand même le
1. M. le Gnré de Saint-Sulpice. Vie de saint François de Sales ;l. l ch. ur.
hk DOCTRINE SPIRITUELLE
« ciel ne devrait pas être ia récompense de cet amour •
l 'f'" " "7" J"''^"' to"t en conjurant Dieu de lui fair^
grâce de le bien aimer en cette vie, quekjue sort qni'
lu. fut reserve dans l'autre, de chercher à éloigner de « son imagination la terrible pensée de sa réprobation ; éternelle, il y revenait toujours malgré lui; toujours
elle se présentait à lui a„ moins comme probable et il '' en était atterré. »
Il étudia alors dans saint Augustin et saint Thomas le grand mystère de la prédestination, ses angoisses commencèrent a se calmer et enfin, après six semaines, ses souffrances mouïes, firent place à une paix profonde.
On remarquera que l'étude du mystère de la préJestina-
Ztn ^^l"!!'''^'"- ^"^ '« commencement de la déh^ vranc de sa.nt François de Sales. Rien en eff-et n'est plus consolant, quoiqu'on en dise, que de faire d'abord Lt ce qu, dépend de nous pour être sauvés et de remettre ensuite le soin du salut éternel entre les mains de ce Dieu qu. es mort pour le rachat du monde. La volonté divine nest-ele pas un garant plus sûr que les efforts toujours chancelants de la volonté humaine, et quand saint Thomas enseigne que la volonté de Dieu est la raison dernière de a predestmation non habet rationemnisi dwinarn vohmtatem(l)ne nous donne-t-il pas le plus puissant motif d espérance puisqu'il fait reposer le mystère sur la volonté de Celui qu. veut que tous les hommes soient sauvés (9) et qu. a donné son sang comme gage de notre bienheureuse etern.te ? Que les âmes soumises à l'épreuve dont nous parlons, regardent l'image de Jésus crucifié, elles seront
*• Ip , q. XXIII, a. 5, ad a.