Gh. XIX
r>K SAINT THOMAS d'aQUIN. 437
i^ L'âme soumise à l'épreuve de la purification intellectuelle n'a conscience ni d'aucun péché nouvellement commis ni d'aucune imperfection grave dont elle ne cherche pas à se corriger. Avant d'entrer dans la nuit qui l'environne elle avait goûté la douceur des caresses divines, elle est tombée tout-à-coup dans un abîme dont elle ne peut mesurer la profondeur et elle ne se rend pas compte des causes de sa souffrance. Mais un directeur éclairé saura discerner l'œuvre de Dieu ; il l'encouragera et lui donnera l'assurance qu'elle est dans la bonne voie.
2° Depuis longtemps déjà aucun péché, même léger, n'a été commis de propos délibéré et tout attrait pour les créatures a disparu. Deux sentiments remplissent Fàme tout entière : la conviction profonde de ses misères et un ardeni désir de la perfection.
3<^ La pensée est toujours occupée de Dieu et le cœur est épris d'un irrésistible amour. La connaissance générale et confuse de Dieu perce en effet les ténèbres de la purification intellectuelle, et l'amour divin a fait au cœur une plaie qui saigne toujours. Aussi l'àme préférerait mourir mille fois plutôt que de commettre le plus léger péché ; elle embrasse avec joie les peines, les labeurs, les tourments, elle est prête à tout souffrir pour l'amour de Dieu.
Tels sont les caractères généraux de la purification passive intellectuelle.
Nous avons dit plus haut que sa cause ordinaire est la lumière contemplative qui éclaire l'àme sur ses plus petites imperfections ; mais Dieu emploie encore d'autres moyens qui infligent à l'àme de nouvelles tortures, ces moyens sont : les tentations contre la foi, la crainte de la réprobation et des pensées de désespoir.
La foi est l'àme de la vie surnaturelle, elle est la base
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sur laquelle repose tout l'cdifioe, l'ardent foyer qui projette ses rayons sur l'intelligence et qui lui donne la force d'atteindre aux vérités révélées. Mais quand cette âme semble entrer en léthargie, quand cette base s'ébranle, quand ce foyer voile ses feux ; les souffrances deviennent telles qu'on en mourrait si Dieu ne venait au secours de son élu. Celui qui sait que Dieu est le souverain bien et la miséricorde infinie obéit avec joie à ces commandements et s'étudie à éviter ce qui peut lui déplaire, aussi le démon livre contre lui le combat suprême et il s'efforce de tarir la source d'où découlent l'espérance, la force et l'amour. Il suggère des doutes, il insinue que tant de labeurs sont inutiles car peut-être les espérances éternelles sont un mirage trompeur, il glisse astucieusement cette tentation horrible : insensé ! tu acceptes une vie crucifiée pour une récompense incertaine ! Il sait par expérience, que l'àme résistera à cet assaut, il l'attaque cependant pour la tourmenter et il fait un dernier effort pour l'arracher à la vertu et à Dieu. Dans cette crise si pénible il faut lever les yeux au ciel et y chercher la lumière céleste ; il faut, comme les Apôtres, supplier le Seigneur de soutenir et d'augmenter notre foi (i) ; il faut évoquer le souvenir des consolations et des lumières passées et se couvrir du bouclier de la foi pour repousser les traits de l'ennemi (2). Comme toujours l'humilité est le grand remède dans les tentations contre la foi. Imitons l'exemple de la Chananéenne que Notre-Seigneur semblait repousser avec tant de dureté , elle s'humilia, elle s'abaissa au point que Notre-Seigneur s'écria : 0 femme, que ta foi est grande (3) !