CHAPITRE IX
LA VIE UNITIVR KT SES PHINCIPALES ORAISO.XS. CO^fCLUSION.
Pour procéder avec la plus grande clarté dans la description et la classification des états surnaturels extraordinaires, nous avons suivi l'ordre logique, c'est-à-dire la gradation ascendante de l'àme, depuis les plus bas degrés de l'échelle mystique jusqu'au sommet. Mais, ne l'oublions pas, l'ordre logique n'est pas l'ordre réel, et les cl issifications ne sont pas absolues, L ame arrivée à l'union divine n'est pas, par le fait même délivrée des purifications dont nous avons parlé dans les chapitres précédents, et, d'autre part, ces purifications ne prouvent pas que l'àme ne soit pas élevée à la vie nnitive. Souvent au contraire, pour ne pas dire presque toujours, les phénomènes que nous venons de décrire se rencontrent dans l'état unitif, comme il arrive souvent aussi que l'àme peut être très intimement unie à Dieu en demeurant dans les phases douloureuses de la purification passive. 11 n'y a donc pas, entre ces deux vies dans l'ordre réel, la ligne de démarcation que nous assignons dans l'ordre logique. Nous séparons
LA DOCTRINE SPIRITUELLE DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 443
spéculativement ce qui est uni dans la réalité et, on ne comprendrait pas les mystères de l'union divine, si on admettait comme absolue une séparation qui n'est que relative.
Nous suivons ici l'ordre logique mais il n'est nullelement dans notre pensée de faire abstraction de l'ordre réel, et si, dans le tableau que nous allons esquisser de l'union divine, nous ne signalons que les points lumineux, nous ne nions pas les ombres, inévitables tant que l'àme n'est pas éclairée par la lumière de la patrie.
Tout chrétien en état de grâce est uni à Dieu et élevé à un rang divin car la grâce est une certaine participation de la nature divine (1). Mais, il y a de profondes différences entre cette union commune à tous les fidèles et l'union réalisée sur les hauteurs sublimes de la vie unitive.
lo De même que la grâce peut grandir et augmenter toujours (2) de même les degrés d'union qu'elle opère varient à l'intini.
Souvenons-nous, pour comprendre cette doctrine, que la grâce est le principe de notre vie surnaturelle, comme l'àme est le principe de notre vie naturelle : or, un principe de vie pénètre plus ou moins le sujet qu'il anime, selon les dispositions plus ou moins grandes du sujet à se laisser envahir. L'àme, par exemple, n'anime pas toutes les parties du corps avec la même énergie, car il en est quelques-unes qui ne sont pas aptes à recevoir, dans sa plénitude, son action vivifiante. Elles sont animées sans