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444 LA DOCTRINE SPIHITUKLLK
doute, mais l'âme ne leur communique qu'une vie inférieure. De même, la grâce vivifie tous les chrétiens, mais son action n'est pas, tant s'en faut, éj^^ale dans tous. L'intensité de la vie surnaturelle varie selon les dispositions de chacun et surtout d'après les impénétrables conseils de la sagesse divine. Or, l'union réalisée dans la vie unitive atteint la limite extrême à laquelle puisse aspirer une âme fidèle sur la terre. La grâce lui est communiquée avec une telle abondance, qu'elle en est complètement transformée ; rien ne s'oppose à l'action souveraine et toute puissante de Dieu, tous les obstacles qui arrêteraient le flot divin ont disparu, les épreuves antérieures lui ont donné la limpidité éblouissante du cristal qui semble ne faire qu'un avec le rayon de soleil qui l'illumine. Elle est unie à son Dieu comme le fer dans la fournaise est unie au feu. Ce sont les comparaisons dont se servent les docteurs mystiques, pour nous donner une idée de l'intimité de Tunion divine dans la vie unitive ; mais, ces comparaisons sont impuissantes. Si des agents matériels, et dont l'action est par conséquent limitée, produisent une union qui semble une identité, quelle ne sera pas l'union réalisée par l'agent suprême ? Elle sera telle que, sauf l'identité, on ne peut en concevoir une plus grande.
L'âme alors a ce sentiment profond, irrésistible de la présence de Dieu au plus intime de son être, elle distingue le regard de Dieu toujours fixé sur elle, la contemplant avec un indicible amour et elle se sent comme pressée entre les bras de Dieu dans une étreinte ineffable. L'intelligence inondée de clartés célestes qui ne sont pas cependant les lumières de la vision béatifique, voit Dieu comme une immensité où viennent se perdre toute vérité, toute bonté, toute beauté. Le cœur embrasé d'amour ne vit plus,
DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 4'|5
c'est Jésus-Christ qui, vit en lui (1), l'àme tout entière est transportée et comme perdue dans les abîmes de la divinité.
Cette union surnaturelle extraordinaire est, on le voit, infiniment supérieure à l'union surnaturelle par la grâce commune à tous les fidèles.
â'' La seconde différence n'est pas moins frappante.
En considérant les âmes au point de vue de la vie spirituelle on peut les diviser en trois classes : Celles, qui commencent, celles qui s'approchent du terme et enfin celles qui y sont parvenues (2).
Les premières, dit saint Thomas, sont occupées à éviter le péché et à résister aux entraînements de la nature, les secondes grandissent dans la vertu et se fortifient de jour en jour par l'augmentation de la charité, et enfin les âmes parfaites n'ont d'autre but que de rester irrévocablement fixées en Dieu.
Remarquons, avec saint Thomas, que les âmes qui avancent se préoccupent d'augmenter leur Charité, par conséquent,elles pensent encore un peu à elles, tandis que les âmes parfaites sont uniquement occupées de Dieu : « C'est, dit sainte Thérèse (3), un tel oubli de soi, qu'il H semble véritablement que cette âme n'a plus d'être, « parce que la transformation qui s'est faite en elle est si « totale, qu'elle ne se connaît plus. Elle ne pense ni à la « félicité du ciel, ni à la vie, ni à l'honneur ; mais elle « s'occupe tout entière à procurer la gloire de Dieu. » L'àme arrivée à la vie unitive se perd donc complètement de vue et elle est si absorbée en Dieu que rien de ce qui la