DE L'INCARNATION
Nous arrivons enfin au mystère qui est par excellence Faliment de la vie intérieure. C'est en Jésus-Christ, et par Jésus-Christ que les âmes, arrachées à elles-mêmes et aux convoitises de la nature déchue, se sont élevées à la pratique de ces vertus héroïques qui sont l'honneur de l'humanité, la gloire de l'Église, la joie, des Anges et le triomphe de la grâce de Dieu.
C'est le mystère de l'Incarnation du Verbe qui a révélé au monde une perfection idéale inconnue avant lui, c'est la méditation de la vie, des souffrances et de la mort de Jésus qui a allumé dans les âmes un ardent amour qui purifie, transforme ou domine toutes les affections qui se disputent le cœur de l'homme; c'est là que Dieu a célébré avec l'humanité ces fiançailles mystiques chantées par le Cantique des Cantiques. Dieu a répondu aux soupirs de 1 ame, qui se sentait trop éloignée de lui, car aucune des manifestations divines de la loi ancienne ne suffisait au mutuel amour de l'âme et de Dieu. Elle se souvenait qu'autrefois, avant la chute originelle, les ombrages de TEden avaient été les heureux témoins des communica-
DE SAINT THOMAS d'aQDIN, 123
ions intimes de l'homme et de Dieu. La voix qui sortait lu buisson ardent, les apparitions fiij;itives des Anpes, les .j)londeurs du teniple de Salomon, l'arche d'alliance et les [vvclalions des prophètes ne lui suffisaient plus ; il lui fallait un Dieu plus rapproché d'elle; aussi, jusqu'à l'heure !>( nie où ce cantique : « Gloire à Dieu au plus haut des
nx » viTit troubler le silence d'une nuit qui, depuis (jnatre mille ans, pesait sur le monde, l'àme humaine n'avait cessé de gémir et de dire avec l'épouse du Cantique : .}r VOUS adjure, ô filles de Jérusalem, si vous avez trouvé mon bien aimé, diles-le moi, car je me meurs d'amour (1). » Dieu a entendu ces plaintes, il a eu pitié de ces angoisses « et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire qui est la gloire du Fils unique de Dieu plein de grâce et de vérité (2). » Tel est le mystère que nous allons étudier.
La première question que résout saint Thomas (3) répond à Fobjection que Ton rencontre souvent sur les lèvres de ceux qui n'ont pas approfondi les mystères divins. On peut la formuler ainsi: rincarnation répugne à la souveraine Majesté de Dieu ; comment admettre, en effet, qu'un Être inhni, éternel, immuable, incompréhensible, Dieu, en un mot, puisse, sans déroger, naître d'une femme, devenir petit entant, vivre de la vie des hommes et mourir sur la croix ? Dieu, tel que nous le comprenons, réside dans une lumière inaccessible, il crée ou anéantit les mondes,la terre est devant lui comme si elle n'était pas :
L'Eternel est son nom^ le monde est son ouvrage ; Il euteud les soupirs de Tliumble qu'où outrage;