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Ilju^e les mortels avec d'éprales lois,
Et, du haut de son trône, interroge les rois.
Voilà le seul Dieu digne de nos adorations, et l'on porte une atteinte grave à sa Majesté quand on nous parle de ses vagissements dans la crèche, de ses premiers pas dans la maison de Nazareth ; quand on le représente obéissant à Marie et à Joseph, quand on met sous nos yeux les scènes de sa vie et de sa mort.
A ces vaines objections, saint Thomas oppose la grande thèse des convenances de l'Incarnation, et il y découvre les merveilleuses harmonies que nous allons exposer.
Rien n'est plus digne d'un être, dit-il, (1) que d'agir sous l'impulsion des lois et de la tendance de sa nature; or, Dieu est l'Être essentiellement bon et la loi de la bonté est de se donner, de se répandre en proportion même de son intensité. Une bonté médiocre se donnera peu ; une bonté infinie se donnera sans mesure: l'Incarnation a été le don suprême de Dieu, elle est donc en harmonie avec la nature divine.
Il est facile de voir que l'Incarnation est la limite extrême des communications divines et le dernier terme des dons de Dieu. En effet, Dieu nous a sans doute donné beaucoup quand il nous a créés, mais ces dons ne dépassent pas l'ordre de la nature ; les dons surnaturels sont plus précieux, mais ils sont créés; la gloire de la vision béatifique est plus ineffable encore, mais, dans Tlncarnation, c'est Dieu lui-même qui se donne personnellement j et sans restriction : elle est donc la diffusion la plus complète de cette bonté infinie qui n'a été rassasiée, pour ainsi dire, que par le don complet d'une personne divine
DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 125
unie hypostatiquement à une nature humaine. Par la création, Dieu a fait de l'homme une créature rationnelle ; par le mystère de la grâce, il l'élève à la sainteté ; dans la vision béatifique, il en fait un bienheureux; dans l'hicarnation, il en fait un Dieu : « Pouvait-il, dit saint Augustin (1), avec toute sa puissance et ses richesses infinies, taire et donner davantage ? »
hisistons sur cette grande idée, car on ne saurait trop éclairer et fortifier la foi des fidèles, souvent tentée de regarder le mystère de l'Incarnation comme une ombre au tableau des splendeurs divines.
Dieu était pleinement heureux; il puisait dans la contemplation de sa beauté et de ses perfections un bonheur éternel et sans mélange ; mais il n'a pas voulu garder, pour lui seul, ses délices inénarrables dans les profondeurs des cieux, il a convié au banquet de sa béatitude des créatures qui devaient, dans la mesure de leurs facultés, partager le bonheur divin. Il a créé l'homme; il lui a donné une intelligence pour le voir dans ses œuvres et pour y admirer un refiet de la beauté de leur auteur ; il lui a donné un cœur afin que, par son amour, il s'élevât encore plus haut, car, si l'intelligence voit Dieu, le cœur le savoure et devine des secrets que la raison n'ose pas scruter. L'homme était donc le chef-d'œuvre de Dieu : lintelligence déposait sur son front un resplendissant diadème, son cœur faisait jaillir de ses lèvres des cantiques si doux que la terre et le ciel se taisaient pour l'écouter, et cependant, ce n'était pas assez pour la bonté de Dieu. L'homme était une créature raisonnable il a voulu en faire un fils adoptif. Il a déployé alors les richesses de sa