Voj'ez plus haut p. 73 et suiv
2. Cfr. Suarez ia III. qu. 38, a. 4, disp. 21, sect. 3; Novalus 1. c. t. 2, qu. 13.
254 LA DOCTKLN'E SUR LA VIEUGE MARIE.
D'après saint Thoii:ias, la grandeur du mérite se mesure tout d'abord sur la charité et la grâce sanctifiante , qui sont comme les racines d'où procèdent nos actes méritoires. Comme c'est à ces actes que correspond une récompense qui consiste essentiellement dans la possession éternelle de Dieu, celui-là possédera Dieu selon le mode le plus parfait possible qui aura le plus agi par la charité parfaile.
La deuxième mesure du mérite, ce sont les bonnes œuvres, soit qu'on les considère en elles-mêmes, soit qu'on les compare à d'autres œuvres saintes \ Si nous essayons d'apprécier les œuvres de la très sainte Yierge d'après ces principes, nous trouverons que ces œuvres, considérées en elles-mêmes, ont été sans cesse inspirées par la charité la plus pure et la plus ardente. En envisageant leur grandeur et leur élévation, que peut-on concevoir de plus grand, que d'avoir donné son concours à la plus grande œuvre de Dieu, à l'incarnation du \erbe, à la rédemption du genre humain? Si, d'un autre côté, nous comparons
1. Quantitas merili ex duobus potest i)eDsari. Uno modo ex radice cbaritalis et gratiœ. Et talis quantitas meriti respondet prœmio essenliali, quod consistit in Dei fruilione; qui enim ex majori cbaritate aliquid facit, perfectius Deo fruitur. Alio modo pensari potest quantitas meriti ex quautitate operis. Quaj quidem est duplex, scil. absolata et proporlionalis. Vidua enim, quae misit duo aéra minuta in gazopbylacium, minus opus fecit quanlitate absohita quam illi, qu magna munera posueruut. Sed quantilate proportionali vidua plus fecit secuudum sententiam Domini, quia magls ejus facultatem superabat. I. qu. 95, a. 4, c.
ASSOMPTION DE LA TRÈS SALNTE VIERGE. 2o5
les mérites de la sainte Vierge à ceux des autres saints, nous venons qu'elle les a tous dépassés, tandis qu'elle était sur la terre, et par conséquent, qu'elle doit les dépasser enrore dans la récompense céleste. N'a-t-elle point acquis le mérite des anges par sa vie' tout angélique dans la chair? Car la virginité est la sœur des anges. Elle peut revendiquer aussi le mérite des prophètes. Dans son intuition prophétique, n'at-elle point annoncé que toutes les générations la proclameraient bienheureuse et qu'elles recevraient le salut du Fils de Dieu qui est aussi son propre Fils ? Peut-on lui refuser le mérite des Apùtres et des Evaugélistes, puisqu'elle a enseigné les saints Docteurs ? En effet, parmi les mystères que les apôtres ont révélés au monde par leurs prédications et leurs écrits, il en est plusieurs qu'ils n'ont pu connaître que par une communication de Marie elle-même. Tels sont en particulier le mystère de l'Annonciation, de l'Incarnation miraculeuse du Verbe par l'opération du Saint- Esprit, etc. N'a-t-elle point acquis le mérite des martyrs, celle qui a souffert, comme mère du crucifié, le supplice infligé à son fils, annoncé déjà dans cette parole du vieillard Siméon : « Un glaive transpercera votre âme? » Elle a le mérite des confesseurs, car, dans son cantique du Magnificat, elle professe une humilité profonde et rapporte toute gloire à son Seigneur. Elle a enfin le mérite des vierges, elle qui a gardé une virginilé inviolable. On voit donc qu'elle réunit dans sa personne les mérites de tous les anges et de tous les saints, et qu'elle devait les dépasser
tous et être leur Reine dans la béatitude et la gloire '. La même conclusion se dégag-e, si nous portons notre attention sur la dignité de Marie. Marie est Mère de Dieu. Or, si la mère du Roi ne possède pas la même gloire que le roi lui-même, il lui revient pourtant une gloire semblable., en raison de la hauleur de sa dignité '. Marie est donc élevée au-dessus des chœurs des Anges. Elle est assise dans le ciel à la droite de son Fils. Elle participe à l'honneur qui lui est rendu, dans l'éclat d'une gloire qui n'a au-dessus d'elle que la gloire divine. Elle trône comme la Reine, revêtue d'un manteau tout brillant d'or, c'est-à-dire toute
i. Fuit eniai exaltala super clioros Angelornm et super omnes sanutos : nec inirum si est exallata, sicut angeli, patriarchae, etc. : habiiit eiiim merituai angelornm augelice viveudo. Hieronymus : « In carne prœter carnem vivere, noaterrena vita est sed cœleslis. » Idem : « Virginitas soror est angelorum. » Habuit etiam merituai prophetœ propbetando. Luc. i. « Beatam me dicent omnes generationes : » vidil euim spiritu propbetico, et propbetavit, quod debebat beatificari ab omnibus gentibus et quod omnes gentes debebant recipere Filium Dei et suum. Habuit meritum Apostolorum et Evangelistarum docendo. Multa enim scripta sunt et prsedicata, quœ non ])otuerunt sancti uisi per revelationem ejus seire; siçut de ingressu angeli in conceptione, et aliis pluribus. Habuit meritum martyris, mortem crucis cum filio patiendo. Luc. ii : « Et tuam ipsius animam pertransibit gladius. » Habuit meritum confessorum, dévote Domino confitendo, Luc. i : « Magnificat anima mea Domiuum. » Habuit meritum virginum, incboando virginitateni et conservando. Luc. i : « Ingressus est angélus Gabriel ad Mariam Yirginem. » Et sicut habuit meritum omnium etamplius, ita congruum fuit, lit super omnes pouatur. Serm. lvui. in assumpt. B. Mar. Virg. (Ed. Vives, vol. 29.)
2. Matri régis non debetur tequalis honor Iionori qui debetur régi : debeturtamen ei quidam honor consimilis ratioue cujusdam excelleutiee. III. qu. 25, a. 5, 1"'.
rayonnante de la lumière de la divinité ; non pas qu'elle ait en partage la nature divine, mais parce qu'elle est à tout jamais en possession de la dignité de Mère de Dieu '.
1. Quamvis B. Virgo, super angelos exaltata, non est tamen exaltata usque ad aequalitatem Dei vel unionem in persona : et ideo non dicitursedere ad dexteram, sed astare a dextris, in quantum honor Filii, aliqao modo participative, non plenarie, redundat in ipsam in quantum dicitur Mater Dei, sed non Deus. III. dist. 22, qu. 3, a. 3, sol. 3, 3"". « Astilit regina a dex'ris » etc. Et potest exponi totum hoc de B. Virgine, quae regina et mater régis est, quae astat super omnes choros in vestitu deaurato i. e. deaurata divinitate : non quod sit Deus, sed quia est mater Dei. Exp. in Ps. xliv. (Ed. Vives, vol. 18.)
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