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CHAPITRE X

■iO Congrès de Bastadt (1909-09).

De récents historîeTis allemands * ont raconté comment les divisions s'introduisirent dans le fameux « concert » des rois contre la France et comment la première cos^lition fut dissoute. L'élan chevaleresque qui, dans la campagne de 1792, avait entraîné le roi de Prusse dans les plaines de Champagne, se ralentit bientôt; dans celle de 1793, il prétend n'être plus qu'une puissance auxiliaire de l'Autriche ; dans celle de 1794, il devient puissance mercenaire à la solde de l'Angleterre et ne lui en donne même pas pour son argent. Après Valmy, il s'était déjà laissé engager dans des négociations avec Dumouriez, même avec le jacobin Westermann. Les affaires de Pologne captivaient maintenant toute son attention. Il ne se souciait pas

1. Hœusser, Deutsche Geschichte, t. II. — SyLel. Geschicàte der RevolutMUieit, t. III et IV.

d'aller combattre en Occident pour y favoriser un agrandissement de l'Autriche, pendant qu'en Orient l'Autriche et la Russie se partageraient la Pologne à son préjudice. Son entourage en revenait à la vieille idée de Frédéric II : à savoir que l'ennemie naturelle de la Prusse, c'était l'Autriche. On fit des ouvertures à Bâle, à deux agents secondaires de la République française; puis on en \'int à des négociations régulières; finalement on signa la paix de Bâle. Les articles publics de cette paix stipulaient que les Français évacueraient les possessions prussiennes de la rive droite du Rhin, mais garderaient celles de la rive gauche ; que la République accepterait la médiation de la Prusse pour les États de l'Allemagne du nord ; que les Français cesseraient de faire la guerre dans cette partie de l'Allemagne ; que, même pour les États du sud (l'Autriche exceptée), ils ne recommenceraient pas les hostilités avant un délai de trois mois; que dans l'échange des prisonniers prussiens et français on comprendrait également ceux de la Hesse, de la Bavière, de la Saxe, de Mayence. Les articles secrets laissaient à la France les mains libres en Hollande contre les Anglais ; s'il arrivait que la France se fît céder les provinces rhénanes, la Prusse serait indemnisée pour les territoires qu'elle y possédait; si elle s'annexait Deux-Ponts, la République payerait au duc 4,500,000 thalers qui lui étaient dus par la Prusse; pour assurer aux États de l'Allemagne du nord le bénéfice des avantages que la Prusse avait stipulés pour eux, on tracerait une ligne de démarcation infranchis-

sable aux armées belligérantes ; si le Hanovre s'obsfi liait à troubler la paix de l'Allemagne neutralisée, la Prusse occuperait le pays (S avril 1793).

La Prusse semblait arriver plus sûrement par la paix que par la guerre à la réalisation du rêve de Frédéric II : l'Allemagne du nord groupée tout entière sous son patronage. C'était sous l'égide prus- •nenne que les États du nord allaient goûter les bienfaits de la paix, tandis que le sud de l'Allemagne serait en proie à la guerre. Partout où l'on accepterait la médiation prussienne, oh l'on se renfermerait dans le cercle magique de sa ligne de démarcatioîi, on serait en sûreté. L'Allemagne du sud pouvait se soustraire à l'influence autrichienne et imiter celle du nord : à tous les États secondaires de l'Empire, la paix de Bile accordait un délai de trois mois pour entrer dans cette confédération des neutres. Ces avantages n'étaient achetés d'aucun sacriflce ; si l'Empire perdait la rive gauche du Rhin, la Prusse était d'avance assurée d une indemnité; mais, qu'on le remarque bien, elle n'avait pas cédé un pouce de territoire prussien ou allemand ; elle avait réservé à l'Empire et à la Diète de Ratisbonne la solution des questions territoriales ; bien plus, le négociateur français Barthélémy avait donné à entendre que la République ne revendiquerait probablement point les bords du Rhin. La Prusse pouvait même protester qu'elle ne faisait point une paix séparée, mais qu'elle ouvrait la voie à la pacification générale. Hardenberg, l'auteur de cette paix, avait donc le droit de la déclarer « sûre, avantageuse et

281 LES FRAJJÇAIS S'/Tl LE RHIN.

honorable. » Mais c'était surtout pour la République française qu'elle était tout cela.

On s'occupa ensuite de fixer la ligne de démarcation. Elle suivait le cours de l'Ems depuis son embouchure jusqu'à Munster ; de Munster elle se dirigeait sur le Rhin, qu'elle atteignait à Duisburg ; de Duisburg à l'embouchure du Mein, elle se confondait, naturellement, avec le cours du Rhin ; elle enfermait alors les territoires de Darmstadt, de Franconie, de Haute-Saxe et laissait en dehors d'elle, exposés aux coups des Français, les cercles de Haut-Rhin, Rhin-Électoral, Souabe et Bavière, ainsi que la Bohême. Le Saint- Empire se trouvait donc partagé en deux fractions : l'Allemagne du nord, soumise à l'influence prussienne et en possession de la paix ; l'Allemagne du sud, où dominait l'influence autrichienne et oîi la guerre sévissait.

La colère fut grande dans l'Allemagne du sud et à la cour de Vienne contre la Prusse. « La Prusse, s'écriait un pamphlet de ce temps, s'intitule amie des Français, c'est-à-dire des régicides, des incendiaires, des parjures, des athées... La Prusse introduit au sein des nombreux États de l'Empire les prêcheurs d'égalité et de liberté, les satellites des illuminés et des propagandistes, les destructeurs du trône et de l'autel, les ennemis des princes et de la noblesse, les ^tversaires de la sécurité et de la propriété, les sangsues du peuple, les destructeurs des bonnes mœurs *.»

1. Noch cinmal Bemerkungen ùber den anderen preusstschen Ytrtrag v^m 17 mai 1795.

Ailleurs, on représentait la Prusse comme une nation de proie, dont on prenait plaisir à relever tous les forfaits, comme une création éphémère du génie de Frédéric II, aidé du patronage des Bourbons, et qui n'ayant plus ni Frédéric, ni les Bourbons, allait tomber en dissolution '.

D'autres s'affligeaient de la dissolution plus visible et de l'impuissance de l'Empire. L'exemple de la Pologne s'imposait, comme toujours en pareil cas, aux esprits troublés. « Cette fameuse liberté allemande, c'est l'absence de loi et de gouvernement, dégénérée en mépris des lois et décisions de l'Empire. Bien considérée, elle n'est, comme la liberté polonaise, ni plus, ni moins, que le triste droit de l'aristocratie, de la haute et basse noblesse d'Empire à traiter ses sujets en esclaves, et, dans le plus pressant danger, de ne contribuer en rien au salut de la patrie ; de la pousser au contraire aux abîmes, par la continuation de l'oppression et des abus*. »

Les princes du Saint-Empire devaient être à l'Empereur d'un faible secours contre la France. Sans doute ils sévissaient avec assez de zèle contre les nouveautén révolutionnaires, proscrivaient dans leurs

1. Patriotische aber ehrfurchtvolle Bemerkvngen ùher die von S. M. dern Konige von Preussen zu Regcnsburg gemachte ErkUerung.

S. DeuUchioHd und PoIm^ tine Rhapsodie, 1795.

États, à l'exemple du tsar Paul V, les chapeaux ronds, la poudre, les pantalons à la française, toutes choses qui sentaient lejacobinisme. Ils votaient avec enthousiasme, au Reichstag de Ratisbonne, les Rœmermonate pour les frais de la guerre ; mais ensuite ils négligeaient ou refusaient obstinément de les acquitter. Leurs contingents étaient en assez mauvais état; encore, à la moindre alerte, ils voulaient les rappeler, sous prétexte de défendre leur propre territoire. La Diète elle-même s'épouvantait dès que les Français menaçaient de tourner sur Ratisbonne : dans les deux campagnes de 1796 et 1797 elle empi quêta plusieurs fois ses archives. En réalité nous n'avions qu'un ennemi sérieux : l'Autriche.

Le landgrave de Hesse-Cassel signa, le 28 août 1795, sa paix avec la France. Il s'engagea à renoncer à ses traités de subsides avec l'Angleterre et à ne plus lui fournir de troupes. Il autorisa la République à continuer l'occupation de ses territoires de la rive gauche. Puis ce fut le Hanovre qui sépara sa politique de celle de l'Angleterre, pour ne pas s'exposer à une invasion française ou à une occupation prussienne. Puis le duc de Brunswick fît cette déclaration à l'envoyé impérial près du cercle de Westphalie : « Il déplorait la nécessité qui ne laissait plus aux États particuliers d'autre alternative que se mettre à la discrétion d'un ennemi irrésistible ou de chercher son salut dans des traites de paix séparés. » Le gouvernement palatin était suspect depuis longtemps d'intelligences avec la République; des pamphlétaires le traitaient d'espion des

Français. La capitulation des deux places fortes palatines de Dïisseldorff et de Manheim, sur le Rhin, fut considérée par eux comme une double et évidente trahison.

Les progrès de Jourdan sur la rive droite du Rhin et la conquête de ces deux places occasionnèrent une panique générale, une émigration de tous les princes du voisinage : ceux de Bade, de Darmstadt, de Mayence, de Cologne, de Spire, quittèrent leurs capitales ou les asiles qu'ils avaient trouvés après leur première fuite. Le contingent saxon abandonna le camp autrichien et l'Électeur déclara que « devant la rapide irruption des Français ses propres États étaient en danger ; que, conformément aux lois de l'Empire, il rappelait son contingent pour sa propre défense. » L'empressement à se réfugier dans la ligne de démarcation était universel ; les armées françaises semblaient ne faire une battue en Allemagne que pour pousser les petits États effarés dans les filets de la Prusse. Celle-ci en prenait de la fierté et de l'arrogance, et son envoyé auprès du cercle de Franconie fixait aux États du Mein un délai de cinq jours pour faire leur paix avec la République.

Pendant ce temps, Moreau passait le Rhin à Kehl et s'emparait des défilés de la Forêt-Noire. Alors le directeur du cercle de Souabe déclara à l'archiduc que « le cercle de Souabe étant entré en négociation>J avec les Français, son contingent ne pouvait plus prendre part aux opérations. » Le duc de Wurtemberg avait déjà signifié à l'Empereur que « il ne lui restait plus

qu'à tenter, pour le salut de son pays et de son peuple, un accord avec la France, afin de ne pas exposer son territoire, si maltraité déjà, aux ravages effrénés d'un ennemi sans ménagement, n Bade en fit autant. L'archiduc Charles, exaspéré, traita le cercle deSouabe en ennemi, ravagea son territoire, désarma son contingent, pilla l'arsenal d'Ulm. Tout cela n'empêcha point la défection des deux cercles de Souabe et de Franconie. Le margrave de Bade et le duc de Wtirtemberg signèrent avec la République une paix définitive, lui cédèrent tous leurs territoires en Franche-Comté, en Alsace et sur la rive gauche du Rhin, mais stipulèrent en leur faveur des indemnités sur la rive droite aux dépens des principautés ecclésiastiques. L'Électeur de Saxe fît également un traité de neutralité. Cependant Moreau s'avançait sur la Bavière. L'Électeur Charles-Théodore, qui avait épousé fort vieux une jf^une archiduchesse d'Autriche, ne se trouva point en sûreté dans sa capitale : la cour s'enfuit en Saxe. Le pays avait cruellement souffert du ravage des Autrichiens : les landstsende prirent alors sur eux de négocier en l'absence du prince. Les États du pays signèrent donc le traité de Pfaffenhofen (7 sept. 1796), qui imposait à la Bavière le retrait de son contingent, une contribution de 10 millions, 100,000 paires de souliers, 33,000 chevaux, 20 tableaux-. Moreau imitait Bonaparte. La prompte retraite de ce général ne permit pas qu'on en arrivât avec ce pays à un traité définitif. Alors l'Électeur de Bavière refusa de ratifier le traité et le duc de Wurtemberg accabla son

principal ministre de sa disgrâce. Néanmoins, par suite de la défectiori successive de tous les princes de l'Empire, l'Autriche se trouvait réduite à ses propres forces pour continuer la guerre.

La Prusse, qui d'abord n'était entrée en négociation avec la République qu'avec toutes sortes de répugnances, de réticences, d'arrière-pensées, s'humanisait de plus en plus. Le 5 mai 1796, elle signa un nouveau traité qui donnait à la ligne de démarcation une extension réclamée par les circonstances, abandonnait le principe de l'intégrité de l'Empire, désignait à la Prusse pour indemnité les évêchés westphaliens ; assurait à la Hesse-Darmstadt et à la Hesse-Cassel de semblables indemnités, et en outre la dignité électorale pour cette dernière ; stipulait pour la maison d'Orange, si elle était chassée de Hollande, la même dignité et une indemnité éventuelle qui porterait sur les évôchés de Bamberg et do Wiirtzburg, avec réversibilité à la Prusse ; enfin garantissait l'indépendance des villes hanséatiques. Les appétits de la Prusse étaient surexcités par cette riche proie que lui promettait la sécularisation des États ecclésiastiques : pour se faire la main elle fît valoir d'anciens droits sur Niirenberg et occupa cette ville, au grand scandale de l'Allemagne.

Ainsi la Prusse, tous les États secondaires de l'Allemagne à sa suite, avaient traité avec la République

française. Le tour de l'Autriche était venu. Bôtiapàrfe lui avait imposé la paix de Campo-Formio. Les articles publiés qui avaient trait aux affaires allemandes cédaient à la France les possessions autfichieiities des Pays-Bas et de la rive gauche ( Falkensteiù et le Frickthal) et convoquaient un congrès à Rastadt pour délibérer sur la paix d'Empire. Les articles secrets, beaudoup plus importaîits, abandonnaient le principe de l'intégrité de l'Empire • seulement l'Autriche ne voulait pas céder à la France toute la rive gauche; elle s'opposait à l'annexion des provinces prussiennes Mœrs, Clèves, Gueldres, non par intérêt pour la Prusse, mais au contraire pour lui ôter tout prétexte à indemnité sur la rive droite du tlhin. En revanche elle se réservait à elle-même l'évêché de Salzburg et la partie orientale de la Bavière. Le duc de Modène recevrait une compensation en Brisgau. Elle consentait à l'indemnisation des princes dépossédés et même du prince d'Orange : mais c'était affaire à régler entre elle et la République. Elle s'etigageait enfin à évacuer toutes les forteresses et positions de l'Allemagne antérieure : Mayence, Ehrenbreitstein^ Philippsburg, Manheim, Kœnigstein, Ulra^ Ingolstadt. Elle s'engageait à les remettre aux troupes d'Empire, sachant très-bien que c'était les livrer à la France L'Autriche perdait 1,200,000 sujets et en gagnait deux millions Mais le Saint-Empire recevait de ce traité un terrible ébranlement; il perdait la rive gauche du Rhin, son cercle de Bourgogne (Belgique), ses vieux droits en Italie; sur son territoire de la i*ive

LE CdKGriÊB DE RASTADT (1798-99). 891

(droite allaient se ptendre les indemnités pdtir les princus dépossédés de la rive gauche, même pour des princes entièt-ement étrangers à l'Allemagne : le duc de Modène, le stathouder de Hollande. La ques- ^on des indemnités allait provoquer la ruine de sa constitution. Enfin les traités de Bâle et de Cartipo- Formio envenimaient les haines et les défiances réciproques de ses deux grandes puissandes militaires, la Prusse et l'Autriche.

Le traité de Campo-Formio était d'ailleurs gros de difficultés que le congrès de Rastadt ne pourrait résoudre. On n'avait point touché, dans les article* publics, au principe de Yintégrité de l'Empire^, que l'on abandonnait dans les articles secrets. Bonaparte promettait à l'Autriche des territoires bavarois (jue le gouvernement français était bien décidé îi ne pas concéder : c'eût été la fulne de la Bavière. On pfomettait à l'Autriche de ne rien prendre et de ûe rien donner à la Prusse : on avait promis tout le contraire à la Prusse. L'Autriche abandonnait l'Empire et ses forteresses, sans avoir même la loyauté de l'avertir de cet abandon.

Le Congrès s'ouvrit à Rastadt au milieu d'un dé»lUge de brochures et de pamphlets. « L'n /jatnotB allemand)) était d'a\isque rAUeiiiagneévacudlElireiibl'eitsteiu pour ne pas donner dombrage aux Fran»-

^ais, possesseurs de Coblentz ; que la Prusse s'alliât élroitemPTit avec la France tout en s'éloignant des frontières irançaises ; le reste de l'Allemagne se constituerait en une grande union des princes qui ne prendrait plus aucune part aux guerres de la Prusse et de l'Autriche : c'était déjà le système de 1806. Dans la Passion du Congrès de la Paix on appliquait à la situation tragique du Saint -Empire les versets Je l'Évangile. « Là (à Rastadt) s'étaient assemblés les grandsprêtres, les scribes et les pharisiens pour aviser AU moyen de surprendre le Saint-Empire par ruse. » « Mon âme est triste jusqu'à la mort, » disait le vieux Reich. — Les princes ecclésiastiques songeaient peutêtre à Dalberg, coadjuteur de Mayence : « En vérité, en vérité, je vous le dis : il y en a un de nous qui nous trahira. » — « Que me donnez-vous pour que je vous le livre? » demandait la Prusse. — L'Empereur « le fit enchaîner et le livra pour qu'il fût crucifié. » — Les soldats de l'Empire, qui l'avaient si mal défendu, « frappaient leur poitrine en s'en revenant. »

D'après le Testament dit Saint- Empire ^ la Répubhque française, comme légataire universelle, héritait de la rive gauche. « A Sa Sainteté le Pape, il léguait la caisse d'opérations et la bulle d'or : la première, pour combler le vide de son trésor, la seconde, pour qu'il pût dorer ses propres bulles, et, par cet éclat extérieur, indispensable dans notre siècle de corruption, retrouver son crédit perdu. » Les titres d'Empire, grands, petits et moyens, on les mettra aux enchères, et du produit de la vente on instituera un

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service funèbre. Les revenus de l'Empire, à la maison des pauvres de Ratisbonne, qui n'en deviendra pas plus riche. Les ba?ics des prélats, bancs des comtes, etc. , aux écolesi L'armée d'Empire passera au landgrave de Hesse-Cassel pour qu'il puisse la mettre aux enchères et l'envoyer en Angleterre, en Amérique ou dans rilindoustan. Toutes les perruques, manteaux et autres objets d'apparat seront donnés au musée d'histoire naturelle de Londres, pour y être compris dans la grande collection des perruques pour toutes les nations et pour tous les temps. La députation de la paix à Rastadt se déclarera « en permanence n et travaillera à la conclusion d'une paix perpétuelle : toutefois chaque article de cette paix ne pourra être rédigé en moins de cinquante mille séances, etc.

Pendant ce temps se réunissait le fameux congrès. La République française fut représentée un moment par Bonaparte, puis par Treillard, enfin par Jean Debry, Bonnier et Roberjot. François II y avait envoyé, comme empereur d'Allemagne, Metternich, comme roi de Bohême, Cobentzel, comme souverain d'Autriche, Lehrbach. L'Empire y était officiellement représenté par une députation de la paix, composée de dix membres : Mayence, Autriche, Saxe, Bavière, Wiirtzburg, Hanovre, Hesse-Darmstadt, Bade, Augsburg et Francfort. Mais à côté de cette légation officielle, tous les princes, toutes les villes, tous les intérêts, jusqu'aux protestants opprimés du Palatinat, avaient envoyé à Ratisbonne leurs fondés de pouvoirs. C'était surtout auprès des commissaires français, bien

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plus, auprès de leurs secrétaires et de leurs valets de chambre, que s'empressaient les principicules ambitieux Qu inquiets.

La légation française n'avait qu'une tactique à suivre : faire autant que possible des négociations séparées avec les divers États, sans attendre le bon plaisir de l'Autriche ; ne pas sacrifler la Bavière à l'Autriche, et pour cela s'appuyer sur la Prusse ] ne pas séculariser à outrance, et pour cola s'appuyer sur l'Autriche ; arriver à obtenir la rive gauche du Rhin.

A quel moment s'est manifestée en France cette ambition de réunir à la France la rive gauche du Rhin? Sieyèa, dit-Qn, aurait le premier prononcé le mot ^e frontières naturelles, au commencement de 93. En automne 1795, Roberjot fit un rapport officiel sur les ft'Qntiôres naturelles. Toutefois avant Sieyès, c'est un Allemand qui a formulé cette théorie. « Le Rhin, s'écriait Forster au club' de Mayence, dans la séance du 13 novembre 1792, le Rhin, un grand fleuve navigable est la frontière naturelle d'une grande Repu-» blique qui ne désire pas faire de conquêtes, qui n'accepte que les pays qui s'unissent librement à elle, et qui a le droit de demander pour la guerre que lui ont insolemment déclarée ses ennemis une juste indemnité, Le Rhin, si l'on s'en remet à l'équité, doit rester la frontière de la France, » La Convention de Mayence avait admis ce principe ; et à l'époque du Congrès de Rastadt, l'ancien clubiste Hofmann, réfugié à Paris, offrait 6,000 livres (( à Qplui qui pourrait prouver avec quel^ que ajpparenpe de raison que Je gouvernement fran^

LE CONGRËB DE RASTADT (1798-99). 29i;

çais ne serait pas, s'il abandonnait la frontière du Rhin, injuste et impolitique au premier chet. »

En effet, si la guerre qu'on nous faisait depuis 1792 était une guerre injuste autant que fertile en conséquences déplorables, il éfait juste qu'on nous indemnisât. Pour prévenir le retour fort probable de cette redoutable agression, nous avions le droit de nous assurer une frontière facile à défendre. L'Angleterre, la Prusse, l'Autriche, la Russie, s'étaient considérablement agrandies ; le maintien de l'équilibre européen exigeait aussi que la France obtînt un agrandissement. Les peuples du Rhin, à deux reprises différentes, s'étaient donnés à nous : à peine avions-nous le droit de les repousser et d'imposer aux libéraux rhénans l'alternative d'émigrer ou de subir les vengeances de la réaction. La réunion à la France était à cette époque non une annexion, mais un affranchissement. Pourtant, si la réunion de la partie septentrionale des pays rhénans devait être une cause de rupture, la source de guerres perpétuelles, il n'était que sage, surtout pour une République, de se montrer désintéressé. Il était dangereux d'avoir encore besoin de Bonaparte.

Le gouvernement français avait longtemps hésité. Beaucoup trouvaient prudent de rendre les pays conquis ou de se oontenter de la ligne de la Meuse ; il était dangereux pour un État libre de s'annexer des races étrangères, et la France était peut-être déjà trop étendue pour une République; la belle frontière fortifiée par Vauban, les forces nationales qui nous avaient permis de dompter J'^ui'Qpe, suffisaient à notre gôcurité. Tout

au plus pourrait-on demander Kaiserslautern, Luxembourg, Mons, Tournay, Nieuport, ce qui nous donnerait une frontière tout aussi tenable que celle du Rhin. 11 fallait rendre le reste. A l'époque de la paix deBâle, les deux manières de voir partageaient les esprits ; presque à la même époque, Barthélémy déclarait, à Bâle, qu'il ne croyait pas qu'on exigerait la frontière du Rhin, tandis qu'à Paris, Sieyès affirmait à l'ambassadeur Gervinus qu'il fallait à la France ses frontières naturelles et un autre système en Allemagne*. C'est ce point de vue qui, en 1798, avait prévalu dans les conseils du gouvernement et que les envoyés français étaient chargés de faire prévaloir à Rastadt.

Les Français s'étudièrent tout d'abord à ôter au Reichstag toute illusion sur « l'intégrité de l'Empire. » L'occupation de Mayence, du retranchement du Rhin, le blocus d'Ehrenbreitstein, les décrets d'organisation de la rive gauche du Rhin, firent passer la Diète par toutes les nuances de l'étonnement et arrachèrent à l'Empereur l'aveu de ses concessions. Le li mars 1798, la députation de paix céda la rive gauche du Rhin sauf la partie septentrionale, restriction dont les Français ne voulurent pas entendre parler, et aborda la question des indemnités par sécularisation. Les princes temporels accueillirent cette idée avec enthousiasme : (c Ce n'est qu'en fortifiant les États en énergie

1. Carnot disait aussi aux diplomates prussiens (août 1797) qu'il allait mettre de l'ordre dans ce chaos de la constitution allemande. Vœu imprudent! quelle meilleure garantie pour l'indépendance d'une république pacifique que l'impuissance du Saint-Empire I

intensive, disait la Bavière, que l'on rendra à l'Empire la force qu'il a perdue par la diminution de son extension. )) Les princes d'église faisaient triste mine à ces aphorismes. Ds se sentaient entourés de convoitises : ils étaient serres de près, les archevêques et évoques par les grandes puissances, les abbés et les petits prélats parles principicules et les chevaliers d'Empire. « Tous ces ecclésiastiques, raconte Lang dans ses mémoires, avaient l'air d'excommuniés. » L'Autriche était fort inquiète de la tournure que prenaient les affaires. On allait ruiner les États ecclésiastiques et l'influence autrichienne en Allemagne, et on ne lui accordait rien de ce qu'elle souhaitait. Elle eut à Seltz (Alsace), une conférence séparée avec la France, mais elle ne put obtenir ni le sacrifice de la Bavière orientale, ni la restitution de l'Italie, ni la promesse que la Prusse ne recevrait aucune indemnité. La propagande révolutionnaire dans l'Allemagne du Sud, les interventions françaises en Suisse et à Rome achevèrent de l'irriter. Elle rompit les conférences de Seltz, négligea désormais les travaux du Congrès et s'occupa de préparer la deuxième coalition.

En avril 1798, la députation de la paix avait consenti à l'abandon de la ligne du Rhin. Mais les Français présentèrent de nouvelles exigences : ils exigeaient la démolition dEhrenbreitstein, ce qui était juste ; ils exigeaient aussi toutes les îles du Rhin, les têtes de ponts de Castel, deKehl, et plusieurs journées déterre sur la rive gauche en face d'Huningue : ce qui était injuste, car le Rhin devait offrir une égale sécurité

m »E3 fflANÇAIS SUR LE RH|N,

aux deux parhes, Ou négocia longtemps encore. La 9 décembre 1798, les Français présentèrent un ultimatum où ils ne demandaient plus que le thalweg du Uhin et promettaient de s'occuper du règlement des indemnités. Cet ultimatum fut accepté par 7 voix contre 3 ; Darmstadt et Bade exprimèrent leur reconnaissance pour la modération française.

Déjà la guerre européenne avait recommencé. Le Congrès était entouré de troupes autrichiennes. Le 28 avril, les envoyés français furent assassinés sur la route de Rastadt à Kehl. La France ne fut point heureuse d'abord ; puis, Masséna à Zurich, Brune à Bergen pauvèrent les frontières de la République. Mais celui qui devait perdre le Rhin et le3 Alpes débai quait à Fféju^.

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