‹ La domination française en allemagneChapitre 23 sur 37 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le mode d'administration des pays rhénans éprouva, de 1794 à 1801, de singulières vicissitudes. Les gouvernements qui se succédèrent à Paris n'avaient pas les mêmes idées administratives. En outre, les principes durent se modifier avec la politique générale : la réunion môme des pays rhénans fut pendant quelque temps une question pour les hommes d'État dp la Convention et du Directoire. On ne songea pas d'abord h donner au p^ys une organisation régulière et définitive : les généraux des différentes armées, les représentants du peuple en mission, administrèrent longtemps d'après leurs idées particulières, suivantdes principes et soua l'empire de circonstances fort différents. Le plus souvent ils laissaient en place les fonctionnaires et les tribunaux des gouvernements déchus, se bornant à pourvoir à l'approvisionnement, à la >écurit/ des armées, h U pxûtection de^ spcié^^s populaire^ ?

30e LES FRANÇAIS SUR LE RHIN.

1" Le 14 novembre 1794, on établit à Aix-la-Chapelle une Administration centrale qui s'étendait sur les pays entre Meuse et Rhin, depuis la Hollande jusqu'à Andernach. Le pays, ainsi administré, se divisait en sept districts. A la différence de ce qui s'était passé à l'époque de Custine, c'était, en 1794, le Rhin inférieur qui avait été conquis le premier. Puis, après l'occupation du Rhin supérieur, le reste des pays rhénans fut partagé en dix districts et réuni sous une autre Administration centrale qui résida à Trêves (27 janvier 1793). Enfin les deux gouvernements furent réunis en un seul, dont le chef-lieu restait à Aix-la-Chapelle (10 mars 1795).

2° Par décret du 3 février 1796, le Directoire supprima V Administration centrale^ la remplaça par une Commissioîi administrative dont il nomma les membres par décret du 3 mai ;

3° Us n'étaient pas encore entrés en fonction que 1-^ 17 du même mois on institua, en place de cette commission, deux Directions générales^ l'une pour les pays entre Meuse et Rhin, chef-lieu Aix-la-Chapelle, l'autre pour les pays entre Moselle et Rhin, chef-lieu Coblentz. On y avait introduit le système municipal et judiciaire de la France, des justices de paix pour la première instance, des tribunaux d'appel, etc. Plus d'une modification fut encore apportée dans les deux directions par les généraux ou représentants du peuple : ainsi Merlin de Thionville établit, pour le pays entre Rhin et Moselle, une Administration centraleh.Yj:e,uznach, avçc les six districts de Kreuznach, Coblentz,

LE RHIN SOUS LA DOMINATION FRANÇAISE. 3fll

Meisenheim, Deux-Ponts, Worms, Trêves (17 octobre i796).

4° Le 4 février 1797, le Directoire chargea Hoche, général en chef de l'armée de Sambre-et-Meuse, de réorganiser les pays conquis. Hoche institua, à Bonn, une Commissio7i intermédiaire^ composée de cinq membres. Toutes les autorités françaises, quel que fut leur nom ou leur origine, étaient révoquées ; la commission devait faire une enquête sur leurs actes. Tous les juges ou fonctionnaires des anciens gouvernements déchus devaient rentrer en fonctions : ceux qui étaient morts ou émigrés seraient remplacés par des indigènes. Les réquisitions et contributions de guerre étaient interdites : mais on percevrait pour le compte de la République les anciens impôts, augmentés d'un tiers pour faire face aux dépenses de la guerre. Dans chaque municipalité, on placerait auprès des autorités indigènes un commissaire français, parlant l'allemand, qui serait chargé de faire surveiller l'exécution des lois, la répartition et la levée des impôts, et d'administrer les biens nationaux et les biens d'émigrés. Un conflit s'éleva entre Hoche et Moreau, général en chef de l'armée de Rhin et Moselle. Moreau prétendait que Hoche n'avait d'ordre à donner que dans les cantonnements de sa propre armée ; Hoche affirmait qu'on lui avait donné des pouvoirs spéciaux sur toute la rive gauche du Rhin. H finit par obtenir gain de cause.

5° Après la mort de Hodio et ladi-prAce dcM^-rean, le Directoire récompensa Augereau, le héros du 18

m LES FRANÇAIS SUR LE fltt»',.

fructidor, en réunissant sous sa main les detix ai'ftiée§^ qui prirent le nom d'armée d'Allemagne, et en lui Confiant les pouvoirs administratifs de Hoche. Augerfeau montra plus d'ardeur qile ses devanciers à protéger les patriotes, à punir les émigrés, à exiger des anciens fonctionnaires le serment à la royauté et à l'anarchie, à faife vendre et diviser les biens d'église. Le 9 décembre 1797, ses troupes furent partagées en armée du Rhin, qui resta sous ses ordres, en armée de Mayénte, sous le commandement d'Hadry^ chargé de s'emparer de cette forteresse. Enfin le Directoire qui, depuis Campo-Formio avait pris son parti sur les pays rhénans, nomma, le 4 novembre 1797, l'Alsacien Rudlcr commissaire du gouvernement pour tous les pays entt*e Rhin et Meuse ou Moselle. C'est à lui que la rive gauche du Rhin dut son organisation définitive, l'introduction, dans les anciennes terres d'Empire ou d'Église, de toutes les lois et institutions de la France révolutionnaire. Le commissaire du gouvernement résidait à Mayence et avait la haute main sur les préfets éuîmêmes. L'organisateur Rudler eut pour successeurs dans cette haute position : en 1799, Marquis, puis Lakanal; sous le Consulat, Shée^ homme bienveillaht, mais faible et paresseux, qui laissa toute l'autoflté à son secrétaire Dufeuille ; Jollivet, le futur administrateur de la Westphalie; Jean-Bon Saint-André, le probe et intrépide oohvéntiounelj auquel le pasteur yéh Alpen dédia son Histoire de la rive française du Mhin^j

l. Van Alpen, Geschichte des franktschen Rheinufers : woi es war %Md was es itzt ist. 2 vol. 8°, Cologne, 1802.

et qui mourut plus tard préfet de Mayence. Le Commissariat survécut au décret consulaire du 9 février 1801, qui proclamait l'incorporation définitive des pays rhénans à la France; c'est seulement le décret du 30 juin 1802 qui établit les départements rhénans sur un pied de complète égalité et uniformité avec les départements français.

La rive gauche du Rhin avait dû supporter, petidant les campagnes de 1794-97, toutes les charges qu'entraîne la guerre : réquisitions, logements militaires, contributions pour l'entretien des armées, cours forcé des assignats, etc. Du reste, elle n'avait guère à envier, sous ce rapport, au reste de la France ; seul, le Palatinat, théâtre de nombreux combats, avait plus souffert. Ce n'était pas sans de grands sacrifices pour tous que l'on pouvait soutenir cette lutte gigantesque contre les coalitions féodales et monarchiques. Aussi les libéraux de la rive gauche ne songèrent-iU pas h imputer à la France des maux inséparables de la guerre. Us se rapprochèrent au contraire des Français, agitôrewt les populations en faveur de la République, s'étudièrent à frapper les esprits, ou par d'énergiques manifestes, ou par de grands spectacles. Lesplantations ûcFrei/teitsboiime^ les fêtes publiques en l'honneur des victoires de la France en Hollande, en Italie et en Espagne, firent diversion aux anxiétén publiques.

Partout les républieains allemands de 1792, un mo-

ment écrasés sous une brutale réaction, relevèrent la tête. A Cologne, ils comptaient dans leurs rangs un certain nombre d'anciens religieux : circonstance peu étonnante quand on songe à la proportion des ecclésiastiques relativement au chiffre de la population colonaise. L'avocat Sommer, l'ancien franciscain Geich étaient les orateurs du parti : Viergans publiait une fois par décade son audacieux journal le Brutus. A Bonn, on citait l'avocat Eschweiler, le médecin Anschel, le professeur Gall. A Mayence, Metternich avait rassemblé les débris de l'ancien club; mais Mayence, si cruellement éprouvé en 1793, laissa passer la direction générale du parti à sa voisine Coblentz. Les chefs du club de cette ville étaient le professeur Gerhard, le juriste Grebel, le prêtre Beaury, et surtout un jeune homme de 21 ans (né en 1776), d'un talent brillant, un peu violent, d'une âme énergique et courageuse, d'une foi passionnée dans les principes républicains qui s'associait singulièrement chez lui à un grand attachement pour l'Allemagne. A vingt ans, Gœrres avait écrit « La Paix générale^ un idéal, » et envoyé au Directoire un projet de paix perpétuelle en dix-sept articles. « Il était réservé à notre génération, disait-il, après de longs siècles d'horreur, de voir apparaître tout à coup une puissante nation qui arrachât à son tyran les droits de r homme couverts d'une rouille séculaire et devenus méconnaissables, qui les proclamât et les plaçât devant les yeux de l'Europe étonnée, dans leur splendeur originelle. Cette grande lumière, qui éclaira toutes les obscurités de ses meurs

fulgurantes, épouvanta les despotes... Presque tous les rois de droit héréditaire tombèrent sur le jeune État. Un moment ce choc redoutable compromit ses frontières, mais il reprit possession de lui-même et chassa loin des limites de la nouvelle République les hordes envahissantes de cette bande de despotes. Étourdis et comme frappés d'un même coup de tonnerre, ils restèrent d'abord en proie aux transports de la rage impuissante et d'un orgueil si effroyablement désillusionné; ils firent des bravades encore quelque temps; puis ils fléchirent et, l'un après l'autre, implorèrent la paix de cet ennemi autrefois si méprisé. )) Dans son journal intitulé la Feuille rouge [das rothe Blalt), il caricatura avec une verve infatigable les princes-évêques, les rois confédérés ; il n'épargna ni les fautes de ses amis politiques, ni les abus de pouvoir des fonctionnaires français. Il se fit beaucoup d'ennemis; un article dirigé contre le landgrave de Hesse, alors en paix avec la France, amena la suppression du journal. Mais il reparut sous un autre titre : le Giiome en. habit bleu [Rûbezahl i??i blauen Geicande)^ également décadaire. Gœrres, [)hysiologue et orientaliste remarquable, était en môme temps un brillant orateur populaire.

Un grand nombre des patriotes cisrhénans de 96 regardait comme indispensable la réunion immédiate il la République française. D'autres, dans leur désir (le sauvegarder la nationalité germanique, s'arrêtaient à ce moyen terme que la Convention de Mayence avait déjîi forcûulé dans son décret du 18 mai's 1793 : une

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République cisrhénane, indépendante de l'Alleinagne, germanique de langage, française de principes et d'in» slitutions, protégée par la France. Ce système avait tous les inconvénients d'une demi-mesure. La Convention de Mayence avait dû elle-même revenir sur son vote et demander la réunion pure et simple avec la France. Pourtant, à une époque oîi la France ne paraissait pas se soucier de donner plus d'extension à son territoire, où elle s'entourait d'une ceinture de jeunes républiques, où elle paraissait chercher moins son agrandissement que l'affranchissement des peuples, pourquoi un ïloche n'aurait-il pas pu constituer une République cisrhénane, comme Bonaparte constituait une Repu* blique cisalpine?

L'idée d'une République cisrhénane était médiocrement populaire sur les bords du Rhin. Les efforts de Gœrres et de ses amis allaient rencontrer des obstacles insurmontables, non-seulement dans la politique générale, mais dans les défiances de leurs concitoyens.

Les conservateurs purs et simples du passé devaient êti-e aussi hostiles à la République cisrhénane qu'à la République française. D'autres pensaient que cette RépubUque cisrhénane était une chimère; que les Français lutteraient volontiers pour prendre les bords du Rhin, mais ne prodigueraient pas leur sang pour fonder un État indépendant ; qu'il n'y avait pas de milieu entre le retour à l'Empire ou l'annexion à la France ; que s'il fallait vivre en république, il valait mieux appartenir à un peuple puissant, victorieux de tous les autres, qu'à

un petit État qui végéterait entre la hautaine protection de la France et les menaces éternelles de l'Empire; que, dans la République cisrhénane, on serait gouverné par les républicaius indigènes qui avaient leurs rancunes et leurs passions personnelles ; qu'on trouverait plus d'ordre, plus de sécurité, plus d'impartialité sous un gouvernement placé plus haut et plus loin. Un très-grand nombre pensait que ce n'étaient point les discours patriotiques et les plantations de Frciheitsbaûme qui décideraient de leurs destinées et qu'il était fort inutile de se compromettre emersles princes déchus, l'Empire et l'Empereur, si l'on devait un jour retomber sous leur domination. L'exemple des réactions de 1793 était là pour enseigner la prudence. Beaucoup de fonctionnaires et de gens influents répondaient aux clubistes de Coblentz, ou aux généraux français, qu'ils se considéraient comme tenus par leur serment envers leurs anciens princes ou électeurs, mais qu'ils étaient disposés, une fois déhés de leurs obligations par le futur traité de paix, à servir avec la môme fidélité le gouvernement que leur donnerait le droit des gens. En un mot, ils n'avaient ni passion pour la France, ni enthousiasme pour la liberté, ni attachement obstiné à l'ancien ordre de choses : ils étaient prudents et indiflerents. Ils voulaient bien se laisser prendre, mais non se donner. Surtout ils ne voulaient s'engager qu'à bon escient et envers un gouvernement bien établi. Dans la masse du peuple, malgré une réserve sembhihie, on voyait éclater une grande sympathie pour les idées de la Kévolutiou : la

suppression des droits féodaux et des dîmes, le partage des biens d'église plaisaient fort aux paysans. Ils auraient difficilement supporté le retour de l'ancien régime : les courtes restaurations de 1793 avaient montré clairement l'impossibilité de restaurations définitives.

Une autre catégorie particulière d'opposants, c'étaient les partisans de l'indépendance locale qui auraientvoulu fonder non une République cisrhénane, mais autant de républiques qu'il y avait de cantons sur la rive gauche du Rhin. C'est ainsi que le petit bourg de Saint-Ingbert se constitua, en 1797, en État libre et indépendant.

Toutefois, les hommes de Coblentz se donnèrent beaucoup de mal pour la propagande. A cheval ou en voiture, ils se répandaient dans les localités environnantes, distribuaient aux nécessiteux du pain et de l'argent, promettaient aux catholiques protection pour leur culte et leurs cérémonies, recueillaient des signatures pour les pétitions, propageaient des brochures et des pamphlets, fondaient des journaux ; ainsi, à Ringen, les Entretiens politiques sur la rive gauche du Rhin. Les autorités françaises favorisaient leurs efforts. Hoche (27 août 1797) reçut à son quartiergénéral de Wetzlar une de leurs députations et enjoignit à la Commission intermédiaire de favoriser les communes qui planteraiojit l'arbre de liberté. Partout ils commencèrent la lutte contre les magistrats, les bourgmestres, les conseils, et même contre les Zunfte, qiîi renfermaient tant d'éléments conservateurs. A

Coblentz, à Bonn, à Cologne, les anciennes municipalités s'opposèrent si énergiquement à leurs efforts que la Commission hUermédiaire les supprima et les remplaça par des municipalités composées de fédérés. Ils avaient perfectionné leur organisation : outre le bureau central établi d'abord à Kreuznach et qui suivit ensuite à Bonn la Commission intermédiaire^ les fédérés avaient des bureaux de localités et des bureaux de districts, à la tête desquels était un président, assisté d'un secrétaire. Ils avaient une sorte d'ambassadeur auprès du Directoire, Winkelmann, l'ancien maire républicain de Worms, et un chargé d'affaire au quartier général de Hoche. Leurs adhérents avaient adopté un uniforme vert. La République cisrhénane avait déjà son organisation intérieure, sa diplomatie, son pavillon.

La lutte n'était pas moins vive dans le Palatinat et le duché de Deux-Ponts que dans les anciens électorats ecclésiastiques. A Neustadt, à Diirkheim, à Griinstadt, à Kaiserslautern , les patriotes avaient obtenu de grands avantages sur l'ancien parti. En somme, de l'aveu même des historiens conservateurs, dans cinquante communes (parmi elles les plus considérables de la rive gauche), on planta le Freiheitsbaum. « Maintenant, écrivait GœrreS; flotte dans les grandes villes de notre patrie le drapeau de la liberté; leurs municipalités sont composées de patriotes énergiques et courageux, qui ne s'enferment pas dans un nuage épais comme leurs intrigants prédécesseurs, mais administrent les affaires sous l'œil vigilant de leurs

concitoyensc Là où des agents aristocratiques empêchaient encore la chute des anciens régimes, ils sont devenus plus prudents ; ils n'osent plus, aussi jrapudemmenl qu'auparavant, se faire les insulteurs de la République et les sangsues du pays. Les sociétés populaires commencent à répandre avec succès les principes libéraux dans la masse du peuple et à y jeter la semence d'une splendide récolte. »

Le 23 septembre, Gœrres, avec une députation de patriotes, allait répandre des fleurs sur le cercueil de Hoche. Avec ce général, on peut le dire, était enterrée la République cisrhénane. Le traité de Campo-Formio (17 octobre), la nomination de Rudler (4 novembre), sa proclamation du 11 décembre, montraient clairement que l'incorporation de la rive gauche était chose arrêtée au sein du gouvernement français. La République cisrhénane perdit beaucoup de croyants ; en revanche le sentiment populaire, qui s'était montré assez tiède à son égard, se prononça avec une certaine vivacité pour la République française. A Neustadt, à Frankenthal, à Geraersheim, Bliescastel, Lambsheim, Anmveiler, à Deux-Ponts, à Spire, dans tout le Palatinat, aussi bien que dans les villes du Rhin, la fête « de l'union fraternelle avec la nation française » fut célébrée avec une grande solennité. Les patriotes persécutés de 1793 se consolèrent en voyant se réaliser ies décrets de la Convention de Mayence. Dans ces solennités républicaines de 1797 et de 1798, ce n'était plus une poignée de républicains qui discouraient ou chantaient des hymnes devant une foule parfois indif-

LE RHIN SOUS hK DOMINATION FRANÇAISE. SU

férente : ce sont les populations entières que les chants révolutionnaires mettent en mouvement, des processions de jeunes filles, des cavalcades de jeunes gens parés des couleurs tricolores. Après les discours des généraux et des soldats français, on entendait, au pied du Freiheitshaurriy des orateurs féminins, de la meilleure bourgeoisie locale, faire l'él&ge « de la bienfaitrice, de la libératrice toute-puissante du genre humain : la République! » Le pays rhénan se donnait vraiment à la France. Que l'on compare les fôtes de 1798 dans les villes du Rhin, et le deuil de 1871 dans les villes d'Alsace et de Lorraine 1

Les fédérés cisrhénans acceptèrent de bonne grâce l'échec d'une partie de leur programme, L'important, après tout, comme l'avaient bien compris les conventionnels mayençais de 1793, c'était d'être libres et do faire partie d'un peuple libre, A Cologne, à Bonn, ils illuminèrent la ville, lurent au peuple la proclamation de Rudler. A Coblentz, Gœrres résumait ainsi les idées de son parti sur cette nouvelle évolution politique : « La réunion avec la République française était la meilleure fortune pour la rive gauche du Rhin. On n'avait pu faire jusqu'ici des efforts pour la réaliser, puisque le Directoire voulait, non la réunion, mais l'indépendance dos pays occupés. Aujourd'hui, on nous accorde la réunion, et par là nous atteignons !3 but si longtemps désiré... L'arbitraire des princes ne saurait s'enchaîner par des traités de paix, pas phis que la voracité de l'hyène ou la férocité du tigre par des bulles d'or. Mais nous sommes maintenant uni»

avec la France, nous faisons partie d'un colosse qui, rien que par son poids énorme, écraserait les cabales de ce parti qui a juré une haine éternelle à l'humanité. » Comme Forster, il pensait que « la nature a donné le Rhin pour frontière à la France. Malheur à l'insensé qui voudrait déplacer ses limites!... L'union avec la France était le but en vue duquel nous avons toujours travaillé et non sans succès. Nous avons seulement changé nos couleurs (le vert contre le tricolore) ; mais nous maintiendrons inébranlablement notre fédération, sentinelle vigilante pour la liberté, terrible aux scélérats et aux aristocrates. » Toutefois, la lutte entre les deux partis continuait dans Coblentz : les patriotes ne se trouvaient pas assez soutenus par le commissaire du gouvernement^ Lakanal. Ils envoyèrent à Paris une députation composée de Gœrres,Witztumb, et du général mayençais Eckemeyer. Ils arrivèrent dans la grande capitale révolutionnaire, au lendemain du 18 brumaire : c'est le consul Bonaparte qui les reçut. « Les habitants des quatre départements pouvaient, sans restriction, compter sur la justice du gouvernement français ; il ne perdrait jamais de vue leur bonheur. » Cette confiscation de la République par un homme causa 5. Gœrres uns amère désillusion. Ce n'est pas la seule fois que le bonapartisme a été mortel à la réconciliation dep deux peuples sur le terrain des principes de i789. Ce sentiment se fit jour dans le Résultat de ma mission à P' tris, que Gœrres adressa à ses concitoyens. 11 avait reçu, écrivait-il à ses amis « une blessure qui

ne pouvait se guérir; les grandes images qui avaient grandi avec lui étaient brisées. » Il se retira de la vie politique et devint professeur à quatorze cents francs d'appointements. Plus heureux que Forster, il trouva des consolations dans la vie de famille et dans ses nombreux travaux sur la physiologie, l'organologie, l'art, la littérature du moyen âge, la philosophie, les religions de l'Orient. En 1814, l'homme qui avait demandé la réunion à la France de la rive gauche du Rhin fut un de ceux qui revendiquèrent pour l'Allemagne la Lorraine et l'Alsace. Redevenu Allemand, mais resté libéral, il fut un des persécutés de 1815. A la chute de Napoléon, il avait publié le Mercwe dit Rhin, que le gouvernement prussien interdit en 1816. En 1818, une Adresse à Hardenberg le rendit plus suspect encore, et, en 1820, sa publication de Y Allemagne et la Révolution provoqua l'ordre de l'enfermer dans une forteresse. La France et Strasbourg, qu'il avait voulu nous arracher, puis la Suisse, lui servirent alors d'asiles, il mourut le 29 janvier 1848, avant d'avoir vu le réveil si court de l'Allemagne, mais laissant à la postérité de nombreux ouvrages sur presque toutes les connaissances humaines. Tel fut la fin de cet homme remarquable, révolutionnaire encyclopédiste, sorte de Ilumboldt démocratique, qui avait aimé la France de 1792 jusqu'à vouloir devenir Fran- " çais. Les autres fédérés disparurent en môme temps que lui de la scène politique, et dans l'Allemagne rhénane comme dans la France, un seul homme pensa et agit pour tous.

Penda.J ces fluctuations de l'opinion, Rudler et ses successeurs poursuivirent leur travail d'organisation. Avant la conquête de la rive gauche du Rhin, on y comptait neuf évêchés ou archevêchés, sept abbayes, deux ordres religieux militaires (Teutonique et Saint- Jean), soixante-seize princes ou comtes, quatre villes d'Empire, une foule de chevaleries. Le S avril 1795 on avait aboli les prérogatives, exemptions et privilèges de la noblesse cisrhénane; le 26 mars 1798 on abolit M la noblesse héréditaire et les titres de princes, do ducs, comtes, marquis et autres semblables, » les jus^ tices patrimoniales, droits de police et de chasse, dîmes et corvées ; le 6 mai 1798, les substitutions. Le paysan, affranchi après tant de siècles du servage et de la sujétion féodale, devint l'égal de son seigneur. Mais les nobles et le haut clergé n'avaient pas attendu la réalisation de cette égalité pour fuir do l'autre côté du Rhin : la confiscation et le partage des biens ecclésiastiques et des biens d'émigrés permirent d'appeler des milliers de paysans à la propriété.

Sur cette table rase des pays rhénans, Rudler (23 janvier 1798) dessina les quatre départements du Rhin, subdivisés en cantons et municipalités, et administrés sur le modèle, donné par le Directoire pour la France entière. La Constitution de l'an VIII les divisa en Eirrondif jements, cantons et communes,

et remplaça les directoires locaux par des préfets, sous-préfets et maires assistés de leurs divers conseils. A cette date : 1° le département de la Roër, chef-lieu Aix-la-Chapelle, comprenait les arrondissements d'Aixla-Chapelle, Cologne, Crefeld, Clèves ; 2° le département de Rhin-et-Moselle, chef-lieu Coblentz, comprenait les arrondissements de Coblentz, Bonn, Simraern; 3° le département du Mont-Tonnerre (Dnnnershorg), chef-lieu Mayence, comprenait les arrondissements de Mayence, Spire, Kayserslautern, Deux- Ponts; 4° il y avait un préfet à Trêve? pour le département de la Sarre, et des sous-préfets dans les trois arrondissements de Prfim , Saarbriick, Birkenfeld. Les quatre préfets furent, jusqu'en 1802, étroitement subordonnés au commissaire du gouvernement résidant à Mayence.

Le 23 janvier 1798, on supprima toutes les anciennes justices féodales, ecclésiastiques, municipales ou princières, et on les remplaça par des tribunaux établis en vertu de la Constitution de l'au UI ; la rive gauche du Rhin put alors apprécier les bienfaits du jury et de la procédure publique. Le 21 mars, on rendit obligatoire le code criminel de 179S; le 30 mars on prescrivit l'usage de la langue françai>o dans les tribunaux. Le 1" septembre 1802, toute cette organisation fut remplacée par le système judiciaire de l'an VIII, juges de paix, tribunaux de première instance, cours d'appel, et, successivement, les codes révolutionnaires durent faire place aux codes napoléoniens.

Le 28 a-vril 1798,Rudler supprima toutes les écoles élémentaires, les gymnases, les quatre universités ai Cologne, Bonn, Trêves et Mayence. La première appartenait à la République de Cologne, les autres aux trois électeurs ecclésiastiques. La dernière seule avait, dans les derniers temps, grâce à Forster et à d'autres étrangers, jeté un certain éclat. « Mais, écrivait Mirabeau en 1788, elle tombera infailliblement : ce mélange de docteurs catholiques et protestants ne peut se soutenir. » Dans les universités de Cologne, Bonn et Trêves, nous avons vu les professeurs perpétuellement tracassés par des gouvernements capricieux et défiants. A toutes il leur manquait une chose indispensable : la liberté scientifique. Sœmmering, professeur d'anatomie à Mayence, dans une dissertation inaugurale, avait remarqué que les nègres étaient, de toutes les races d'hommes, ceux dont la conformation approche le plus de celle des singes. Le chapitre de Cologne, qui conservait les reliques des troi.' mages, se plaignit de cet attentat à la dignité du ruya ni gre Melchior, et Sœmmering reçut de son gouver nement uae forte réprimande.

Sur les ruines des anciennes institutions scolaires, Rudler créa des écoles primaires, des écoles centrales et des écoles spéciales de droit, de médecine, d'astronomie, d'agriculture. L'enseignement primaire et secondaire, qui jusqu'alors avait été exclusivement entre les mains du clergé, des jésuites et des moines, fut confié aux laïques. Dans les écoles primaires, on devait enseigner les langues française et allemande, le

calcul, l'histoire, la géographie, la morale républicaine et le système des poids et mesures ; dans les écoles centrales, l'histoire naturelle, les mathématiques, la physique, les langues anciennes, la législation française, etc. L'enseignement religieux était exclu du programme des écoles publiques. Quand vint Napoléon, il remplaça les écoles centrales par le lycée de Bonn, les collèges de Coblentz, Andernach, Boppard, Munstereisel, Kreuznach, etc. ; le département de la Roër fut rattaché à l'académie de Liège, les trois autres obéirent au recteur de Mayence. Les lycéens et collégiens cisrhénans, coiffés du tricorne napoléonien et revêtus de la capote grise à collet rouge, réglèrent toutes leurs allures sur le tambour.

Le 10 novembre 1793, on avait célébré le culte de \a. Raiso7i,\e 8 juin 1794 celle de l'Être sw/);*eme, sans parler des fêtes de V Agriculture, de la Jeunesse, des Époux j de la Reconnaissance etc. La célébration du décadi avait remplacé celle du dimanche. Les temps étaient durs pour le clergé. Après la Terreur, la liberté de conscience recouvra ses droits ; mais on mit en vigueur dans les quatre départements la constitution civile du clergé, qui ne laissa pas de causer quelques troubles. Le 7 janvier 1798, on avait interdit à tous les supérieurs de couvent les peines cruelles et barbares qu'ils appliquaient aux religieux récalcitrants, le plus souvent moines malgré eux ; puis on autorisa moines et nomes à sortir librement de leurs cloîtres; enfin, le IV déf^embre 1798, on supprima tous les couvents, et, le 2 juin 1802, tous les ordres

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religieux. Lés teligieux nés sur la rive gauche durent être indemnisés ; les autres reçurent l'ordre de quitter le pays avec 150 francs de viatique. Après le concordat, l'église catholique fut réorganisée. Les puissants électeurs ecclésiastiques, chanceliers des Gaules, d'Italie, de Germanie, les très-hauts princes prélats de Worms, de Spire, etc., furent remplacés par les modestes évêques de Mayeiice, d'Aix-la-Chapelle, dé Trêves, à dix mille francs d'appointements.

Plnflnj les pays rhénans furent soumis à la conscriptini et à tous les impôts français, moins lourds et mieux répartis que ceux de l'ancien régime. On payait l'impôt foncier, mais on était affranchi des corvées, des dîmes, des droits féodaux J on payait la patente, mais le travail était libre ; on payait les contributions mobilière ou personnelle, mais personne n'avait le privilège de s'exempter de la contribution et de rejeter son fardeau sur les pauvres.

Le 18 juillet 1801, Bonaparte avait adressé la proclamation suivante aux habitants des quatre départements de la rive gauche du Rhin :

Un traité solennel conclu entre la République, le chef de l'Empire et le corps germanique, et ratifié à Paris le 25 ventôse, vient d'unir définitivement votre destinée à celle de la France.

Les intérêts et les droits de la République sont devenus le» vôtres ; vos intérêts et vos droits sont devenus les siens. En ous adoptant elle voua a voué, comme à tous aea enfants,

bienveillance et sollicitude} elle vous appelle à lui promettre fidélité comme eux.

Que celle promesse impose à tous l'oubli des liens dont le traité vous a dégagés, et le respect pour ceux qui vous attachent maintenant à, la République.

Qu'elle mette un terme aux vaines appréhensions qui empêchent quelques-uns de jouir des avantages de la réunion et aux folles espérances qui portent quelques autres à les déguiser ou à IfeB dénaturer.

Ces avantages, quel esprit raisonnable pourrait les méconnaître ? Des privilèges odieux n'enchaînent plus l'industrie des ouvriers ; le gibier ne ravage plus les champs du cultivateur, ne dévore plUa les fruits de son travail ; pour tous ont cessé d'avili8r?aules corvées ; pour tous a cessé la dégradation des servitudes féodales.

La dimc est aboUe ; les contributions de tous genres sont adoucies ; les perceptions sont également réparties entre les terres du seigneur ou de l'ecclésiastique, ci-devant exempts de charges, et celles du particulier qui les supportait seul ; les douanes intérieures qui se rencontraient au pissage d'une contrée ?i une autre, ou empêchaient de remonter les rivières, sont supprimées ; le commerce est libre avec la France, le marché le plus avantageux du monde, et ne rencontrera plus les obstacles que lui opposaient les anciormes frontières.

Une justice impartiale, des administrations régulières sont substituées à l'autorité arbitraire des baillis. Tels sont les avantages que la réunion assure à la liberté et à la propriété.

Elle ne fait pas moins pour la sûreté et la tranquillité du pays. Au lieu de se trouver couvert d'intérêts opposés et toujours en conflits, il sera sous l'abri d'un intérêt commun à trente millions de citoyens. Au lieu d'être soumis à une multitude de petites dominations trop faii)l('s pour le défendre, assez fortes pour l'opprimer, il sera protégé par une puissance qui saura toujours faire respecter son territoire.

La réunioli des quatre départements & la France est pour eux un gage de prospérité, et leur promesse de fidélité h la République sera déjà l'expression de leur aflcction pour elle, autant qu'une réconiiaiSsancé de& actes qui les ont réunis.

fiOltAPAUtR.

Sauf le maintien de la République, Bonaparte tinl presque toutes ces promesses. On ne peut lui refuser le mérite d'avoir rétabli l'ordre dans plusieurs branches de la vie publique. Sur les bords du Rhin comme à l'intérieur de la France, il eut à réprimer le brigandage. Le fameux Jean Biichler, surnommé Schinderhannes, qui depuis plusieurs années désolait le pays, fut arrêté et exécuté avec un certain nombre de ses compagnons (novembre 1803). Mais les bienfaits du despotisme ne sont jamais sans mélange. Il pacifia l'église et mit fin aux querelles des assermentés et des réfractaires ; mais il fit du clergé un instrumentiim regni. Il obligea les jacobins et les aristocrates^ les patriotes et les réactionnaires à vivre en paix ; mais il supprima la vie publique. Bientôt il n'y aura plus de presse libre dans ce pays qui avait retenti des ardentes prédications de Forster et de Gcerres. Les journaux et livres venus d'Allemagne furent soumis à une censure rigoureuse. A part les feuilles de préfectures, il n'y eut plus, à partir de 18H, que "des journaux de simples nouvelles, à raison de deux ou trois par département : ils devaient ne s'occuper ni de littérature, ni de politique. Même les feuilles littéraires ne pouvaient paraître qu'avec l'autorisation ministérielle.

Toutefois, pendant quatorze années, la rive gauche du Rhin, défendue par la ligne de places fortes que Napoléon élevait avec tant de soin, sur toute la ligne du Rhin, de "Wesel à Wisserabourg, protégée surtout par le boulevard de la Confédération du Rhin, jouit comme le reste de la France d'une paix profonde. La

guerre sévissait sur le Danube, sur l'Elbe, sur la Vistule : clic ne pouvait approcher du Rhin. Sans doute, les pays rhénans étaient sillonnés sans cesse par les armées impériales qui couraient à Austerlitz ou revenaient d'Iéna ; mais, malgré les logements et les charges militaires, le paysan ne se plaignait pas. Il vendait à haut prix sa récolte aux fournisseurs d'armées ; c'était chez lui que le soldat victorieux dépensait sa solde ou son butin. L'aisance se développa rapidement chez ces affranchis d'hier '. Avant l'occupation française, les deux tiers du sol appartenaient à la noblesse et au clergé ; dans le pays de Juliers, il y avait des communes où, sur deux mille arpents, quinze cents appartenaient aux privilégiés ; dans tout l'archevêché de Cologne, on ne trouvait que trois charrues d'argent, c'est-à-dire trois paysans qui possédassent cent arpents. Mais, de 1802 à 1814, on ne cessa de vendre et de détailler le domaine national. Rien que dans le département de Rhin-et-Moselle, on en aliéna pour quatre millions et demi en trois ans. La terre était à bon marché, la récolte à haut prix : comment le paysan ne se serait-il pas enrichi ? Il eut bientôt l'orgueil et presque l'insolence de sa fortune nouvelle. « Quand il avait porté son blé à la ville, dit Perthes, il n'y avait pas de vin trop bon ou trop cher pour lui ; il jouait des écus et môme des napoléons ; assis ensemble dans les auberges, on les entendait vanter

1. Voir pourtant Correspondance de Napoléon /•', 21 avril 1802 ft 9 avril 1803, relativement à un mouvement temporaire d'cuiigralioo qui s'était produit dans le jDays.

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leur richesse. » « Après qu'en Europe la noblesse, puis la bourgeoisie ont eu leur splendeur, écrivait Gœrres, il semble que le tour des paysans soit venu et que d'eux doive refleurir une noblesse nouvelle. » Les habitants des villes n'avaient point à se plaindre. Quand l'Empereur fit son voyage du Rhin il fit de « sa bonne ville de Cologne » un port franc, et lui donna les bâtiments des cloîtres pour ses hôpitaux et ses écoles ; à la ville de Coblentz, il fit don des bureaux de l'ancien octroi du Rhin ; il trouva que Mayence n'avait pas assez de places ni de débouchés, que ses quais étaient obstrués de constructions ; il donna des ordres pour qu'on y tît de grands travaux d'embellissement ; les habitants d'Aix-^-Chapelle se plaignaient de certains fonctionnaires ; on les destitua et on les remplaça par des gens du pays. Dans le même ordre d'idées, il écrivait à son ministre Gaudin : « Je désirerais que dans les quatre départements réunis, ainsi que dans la Belgique, les places de percepteurs, de receveurs particuliers des communes et toutes les places quelconques de la régie des droits réunis soient données à des habitants du pays. Je n'admets aucune exception^ et je ne pourrais qu'être très-mécontent si ces dispositions n'étaient pas suivies. Mon intention est de faire désormais pour la Belgique et les départements du Rhin la même opération que j'ai déjà faite pour le Piémont... Il faudrait donner à ces départements leur quote-part de places (directeurs, inspecteurs et contrôleurs de l'enregistrement). Ces pays ne peuvent devenir entièrement français que par les soins du

ministre des finances, qui, ayant à sa nonaination un grand nombre de places, est à même de les faire jouir des bienfaits du gouvernement *. » Assurément, les habitants du pays rhénan ne peuvent se plaindre d'avoir été, même sous l'Empire, traités en peuple conquis.

Napoléon avait envoyé, semble-t-il, la fleur de ses préfets dans les départements du Rhin. On connaît l'austère et énergique Jean-Bon Saint-André, préfet de Mayence, qui mourut en 1814 d'une maladie contractée dans ses visites aux hôpitaux. « Travailleur infatigable, dit Beiignot, administrateur toujours prôt, sévèrement juste, sans acception de parti, il comblait les vœux du département que d'abord il avait effrayé. » Perthes fait également un bel éloge de Lezay-Marnésia, préfet de Coblentz. Élève des universités de Gœttingen et de Brunswick, très-versé dans la langue allemande, les habitants de Rhin-et-Moselle le considéraient comme un compatriote. En 1806, il fonda à Coblentz une école normale, pour relever l'instruction primaire, qui fut, en France comme sur le Rhin, le côté faible du gouvernement impérial. Affable envers le bourgeois et le paysan, il faisait son affaire de leurs affaires. Il fît étudier l'agriculture et l'horticulture à son école normale, construire un grand nombre de chemins vicinaux, luxe presque ignoré des campagnards, planter 1,400,000 arbres à fruits. Il introduisit des races nouvelles de chevaux, de botes à

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