CHAPITRE XIT
Le nouvel Empire Carolingien («S04V
Cependant cette République que les peuples du Rhin avaient acclamée et qui avait dompté l'Europe aristocratique et monarchique, n'existait plus. Sur un désir discrètement exprimé par Bonaparte, Sénat, Corps législatifetTribunat s'étaient «rués dans la servitude.» Seul, Cambacérès, inquiet pour l'avenir de ces grands mots d'empire des Gaules et d'empire de Charlemagne, avait fait une opposition modérée. « C'en est fait, disait-il à ses familiers, la monarchie est rétablie ; mais j'ai le pressentiment que ce que l'on édifie ne sera pas durable. Nous avons fait la guerre à l'Europe pour lui donner des républiques, filles de la Répnbliqiie française ; nous la ferons maintenant pour des monarques, fils ou frères du nôtre, et la France finira par succomber h ces follea entreprises, »
Cet Empire nouveau était ijn plagiat de toutes les ipstitutioiîs impériales du passé. On y retrouvait
l'empire romain, avec ses tribuns, son sénat, ses préfets, son imperator couronné de lauriers. Mais c'était surtout le souvenir de Charlemagne et des empereurs allemands qu'on invoquait à tout propos. Comme au moyen-âge, le nouvel empereur de l'Occident allait dominer l'Italie, l'Allemagne et la Gaule, convoiter la frontière de l'Ebre, guerroyer contre les peuples d'au-delà de l'Elbe et du Danube, ceindre la couronne de fer des rois lombards, donner à son héritier le titre de roi de Rome, se faire sacrer par le pape. La querelle des Hohenstaufen et des Alexandre III allait recommencer entre Napoléon et Pie ML Le nouveau César, en parlant des prélats français, rhénans, italiens, dirait : « Mes évèques. » 11 écrirait au pape : « Charlemagne, mon auguste prédécesseur, en concédant certains domaines aux évêques de Rome, ne les leur avait donnés qu'à titre de fiefs et sans que Rome
cessât de faire partie de son empire Votre Sainteté
est le pape de Rome, mais, moi, j'en suis l'Empereur.» Charlemagne avait distribué à ses fils les royautés vassales, donné l'Aquitaine à Louis, l'Italie à Pépin, la Germanie à Charles : Napoléon donnera la Hollande à Louis, la Wesphalie à Jérôme, Naples ou l'Espagne à Murât et à Joseph, la vice-royauté d'Italie à Eugène. A Aix-la-Chapelle, Charlemagne avait pris le diadème sur l'autel et obligé son fils à se couronner lui-même; à Paris, Napoléon arrachera le diadème des mains du pape, le placera fièrement sur son front, puis de ses propres mains couronnera Joséphine. Les empereurs allemands avaient fait des électeurs ecclésiastiques, du