LE NOUVEL EMPIRE CAROLINGIEN
roi de Bohême, du margrave de Brandebourg, du palatin du Rhin, du duc de Saxe, leurs archi-chanceliers des Gaules, de Germanie, d'Italie, leurs grandéchanson, archi-trésorier, archi-tranchant, grand panetier, etc. Napoléon, lui aussi, aura, outre ses maréchaux, un grand Électeur, un archi-chancelier d'Empire, un archi-chancelier d'État, un archi-trésorier, un connétable, un grand-amiral. Pour le moment il se contentera, dans ces grandes charges, de Lebrun, de Cambacérès, de Joseph, de Louis ; mais, pour avoir la pensée du maître, écoutons ce que disaient les gens de la maison : « Les souverains d'Allemagne prendront les titres de l'Empire, tels que archi-chambellan, maréchal, grand-échanson, et déféreront bientôt à notre monarque le titre d'empereur d'Occident.... Le prince Jérôme Bonaparte sera, dit-on, vice-grand-amiral * ».
La restauration de l'empire d'Occident était flagrante : l'esprit d'imitation pe retrouvait jusque dans le costume et les oripeaux du sacre. C'était la couronne, c'était le sceptre de Charlemagne que Napoléon avait fait venir d'Aix-la Chappelle pour son sacre de Notre-Dame ; et, dérision du destin, c'étaient d'anciens généraux de la République, sous les yeux du peuple révolutionnaire de Paris, qui, sur des coussins de velours, portaient gravement ces reliques carolingiennes.
La Prusca reconnut sans difficulté le nouvel Empereur. L'Autriche, déjà engagée dans la coalition,
1 . Lettre de Salha, 15 août 1807, dans MàH. et Corresp. du roi Jérôme^ U UI, p. 101.
exigea complaisance pour complaisance : elle reconnut l'Empereur des Français, mais elle lui fit reconnaître l'Empereur électif d'Allemagne comme Empereur héréditaire d'Autriche : le traité de Presburg devait montrer que cette précautioi n'était point inutile. Le nouvel Empereur des Français prenait le pas sur l'Empereur d'Autriche, mais le cédait à l'Empereur d'Allemagne. La Germanie s'émut de l'apparition du nouveau Charlemagne qui se levait à l'occident, triplement consacré par la victoire, par la main du pape et peut-être aussi par le sang des rois. Des deux successeurs de Charlemagne, quel était le légitime: l'Autrichien ou le Français? François II avait pour lui la tradition, ininterrompue depuis le grand Karl; mais Napoléon régnait sur les peuples qui avaient obéi à Charlemagne : les Gaulois, les Bataves, les Germains d'Occident, les Italiens : tandis que son rival commandait surtout à des peuples qui, au temps de Charlemagne, avaient lutté contre la conquête franque, aux descendants des Tchèques, des lUyriens, des Avares. Déjà les poètes et les archéologues avaient trouvé un moyen de concilier ces prétentions rivales. Le Napoléon et le Hapsburg avaient droit tous les deux à l'aigle romaine : l'un serait Empereur d'Occident, l'autre Empereur d'Orieut.
Cette restauration carolingienne qui frappait les imaginations tudesques s'accusu surtout dans le voyage