‹ La dot de Cécile; comédie-vaudeville en deux actes. Par MM. Gabriel et AngelChapitre 1 sur 26 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

FLORIDOR , RAYMOND

«AVMOND. Êtes-vous le niaitre de celte boutique? FLORiDOH. Pardon , monsieur... mais nous appelons ceci ud salon. RAYMONn. Voudriez-vous me feire préparer les divers objets qui sont sur celte note.

FLoaiDOR. Monsieur ne vlçnl pas se faire coiffer?

BAVMONU. Non, je viens faire des cmplelles... veuillez m'expédier surle-champ.

FLoniooR , à pari. Oh !.. ohl.. une commande de deux ou trois cents francs... (Haui.) Si monsieur veut s'asseoir un instant... je vais faire faire une polile caisse des huiles, pommades et cosmétiques que monsieur désire. (A pari.) C'est quelque coIlTeur de province qui vient se fournira Paris.

RAYMOND. Veuillez me servir en conscience... je désire avoir ce que vous avez de plus fin... (Souriant.) Et de plus cher.

FLORIDOR. Monsieur, je vous passerai tout à ce prix-là... (Il appelle.) Edmond!..

TN GARÇON, paraissant. Monsieur?..

FLORIDOR. Tenez!., servez monsieur... (Bas.) C'est pour la province.

LE GARÇON, sortant. Il suffit,

FLORIDOR. SI monsieur veut s'asseoir, voici deux Journaux : la Gazette

DES TRIBUNAUX Ct IC PEIGNOIR.

RAYMOND. Avez-vous un journal politique?

FLORIDOR. Jamais!.. Je recevais deux Journaux de couleurs différenles... l'un rouge... et l'autre blanc... vous comprenez... mes pratiques étaient toujours à la veille de se prendre aux cheveux... Ici, ça pouvait avoir dos suites... c'est pourquoi je n'ai gardé que ces deux Journaux... le Pkignoib qui est de mon état, et la Gazette des tribcnaux qui amuse tout le monde... le scandale est de toutes les opinions.

RAYMo.ND. C'est justc!.. Votrc salon est d'un goût parfait... des peintures... de la sculpture...

FLORIDOR. Aujourd'hui , il faut cela... car le talent est de jeter aux yeux des chalands la poudre qu'on ne leur jette plus sur la tête... chaque siècle a ses usages, ses préjugés... l'art de la coiffure est en progrès... mais, je vous dis cela... à vous, qui le savez peul-ètre mieux que moi.

RAYMOND. Quelle est celte lêle?

FLORIDOR. Une étude de Dautan... Il l'a faite exprès pour moi , afin d'Immortaliser une coiffure que j'ai moulée pour les fêles du mariage... muii chef-d'œuvre.

RAYMOND. Vous counaisscz Danlan?..

FLORIDOR. C'est mon ami inlime... tous les artistes sont frères... (Avec grâce.) c'est pourquoi je suis bien le vôtre...

RAYMOND. Trop seiisiblc...

FLOïKDOR. Le nom de Floridor doit être venu Jusqu'à vous... surtout si. comme je n'en doute pas, vous êles dans la parlie.

RAYMOND. Ahl vous avcz deviné que J'étais un de vos confrères...

FLORIDOR. L'artiste a le coup d'oeil sûr.'.. Vous avez pu voir mes titres, sur mon enseigne... Je suis colQeur ordinaire de la cour de Prusse... de la relue de Wurtemberg... de l'impératrice de toutes les Russies...

H\vM()M>. «.oinmcnl failcs-vous donc pour les coIfTer. quand pIIc» vont au liai, lo uièntc Jour... dans leur capitale i'cs|)ocUve...

FLoRiiMiR. Lorsqu'on esl pot>é connue moi, monsieur, ci' n'est poiat un ohslaclo...

Air : Vau4. de U Fam lie da Potleur d'<«a. A Berlin, je guis en bonncur.

J'ai des pjrli^aiis en Kussic, Aujourd'hui, n«rgued'un coiflcur Qui manque de diplunulie!..

Si mon talent est dans mes doigts , Je puis en donner la recette:

r.liaqiie jour je fais des envoi' r.hez les princes et eiiéz les roii .-. Et je coiffe par estafette!

■ATMOND, i part. Il cst Original.

' FLORiDOR. Ah! j'ai t)eaucoup IravalIIô... auMi pour prix de mon zèle et de mon applirallon, j'ai aujourdlitii ciilre les mains loulps les lèlcs illustres de Paris... depuis M. de Balzac jusqu'A la Sjl()!iide de I Opéra.

RATMOND. Vous conuaisscz celle dan.^cuse célèbre?

FLORIDOR. Tous Ics arUstcs sont frères!

RAYMOND. Frères et sœurs... à ce qu'il me parait...

FLORiDOB. Si la Sylphide danse si bien, elle le doit à la manière dont je la coilTe.

RAYMo>D. Je ne comprends pas trop quels rapports il peut y avoir entre les Jambes d'une danseuse...

FLORIDOR. Et sa tête?.. Eh! monsieur, les extrêmes se touchent... Que notre Sylphide se confie à des malnssaos tact. sans {ïoût. cl vous verrez des choses èiwuvanlables, nionsicur... des choses à faire dresser les clicveuxl.. l'ne danseuse arrive en scène avec ses Jambes...

RAYMOND, 'riant. Probablement.

FLOaiDOR. kHeiiàCT. . (Imitant les diverses attitudes.) Elle se pose... ça va !.. elle s'avance tout doucement .. ça va encore... elle agile ses bras.'., ça va toujours... rii.ijs quelle s'élance .'et ça ne va plus... qu'elle ri.squc un en- Irorhat. vdii.i ses nattes qui so défont... deux entrechats... elle a l'air d'av()ir iïo scriKMis -iur la tèle... des monceaux de scrpens... (ju'elle aille jusqu'à la pirouette, et il arrivera... Je n'ose pas prévoir, monsieur, tout ce qui arrivera.

RAYMcxD. Vous mcfaitcs frémir.

i.iMiiM>,>i.' I t) mand talent doit s'entourer de grands lalcns, et c'est ce ic danseuse a paifaitement senti... (ki Cécile entre daas la I pardon. ..voici (|uelqu'un qui, sans <louto, a besoin des se-

four.s lie Uicm yénie.

RAYMOND. Ne VOUS déraugcz pas pour mol. (ii continue «a lecture.)

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