SCENE VII
RAYMOND, BEAUMONF, FLORIDOR.
BEii MONT, au rond. Robtnson , conduis mon tilbury sur la pface de la Bourse... je daignerai aller à plod jusiiuc-lA!.. (Doicemiaiit i.imOik.) Bonjour, Floridor. (Il va se regarder dans la glace.) Dieu ! ((UC c'est beau,i'llOUime!
(I) Le Colonel d'aulroroit fait partie du Musée dramaliquc.(K»i« <• r4dit««r.)
t» MIJSÉI-; DUAM.VriQUE.
i LoRiUu::. Oui, (|uaud II csl coifTé.
i(KAi!MoNT, se iiiirani toujours. Allulis, voulez-vous bieu u éU'e pasjuli gur- (OU connue cela...
UAYMO.ND, à pari. Fcu NarcIsse , re&suscilé.
BKAtMONT. Je suis adorable... mais ce n'est pas tout... Florhior, il faut que lu MIC f;isse aujounl'iiul une de ces lèlts (|ui font lounier toutes les autres... liate-!oi. surtout, car je suis pressé... mon doniesticiue va m'al- (undrc devant la Rourse, c'est Lou genre... OD est autre part... mais votre tilbury est là , ça vous classe 1
Fi.oRiDOR. Savez-vous, monsieur le chevalier, que vous avez bien fait de (lultler votre état de premier clerc d'huissier pour prendre la Bourse. (Bcauniuiilsu pLice sur une chaise h gauche, Rayniuiid cïl assis à droite.*)
R.WMOND, riani. Connncnt l'enlendez-vous?
l'LURiuuii. Monsieur est marron... et un joli marron, je m'en vanle.. On végète, on meurt sur pied dans une étude d'Iuiissier... el mousieur est né coiffé.
BF.4UM0NT. II est sùr que tout me réussit... mais ce n'csl pas étonnant... je suis joli homme... et la fortune est femme et coquellc...
FLORiuoH, en le coiiTant. Vous étiez trop joli honmic pour faire un clerc d'Iiui^isier.
BEAiMONT. Tais-toi donc... est-ce qu'on dit ces choses-là devant le monde?
FLoRiooR. Monsieur est un confrère !..
UBAL'MONT. Un homnie d'aiïaircs...
KAVMOXD. Aon... un coiffeur.
«EAKMONT. Ah!.. fort bien... Tel quc lu me vois, Floridor, je vais me marier.
rLOBiDOB. Diantre!., avec une tête comme la vôtre, c'est dangereux...
BAYMOND , riant à part. C'esl assez bleu observé.
BEAiJMONT. Oh !.. celte que je veux épouser n'est pas une de ces femmes comme on eu voit tant à Paris... Croirais-tu, Floridor, qu'elle m'a résisté?
Fi.oBiDOB, iccoifTant. Que voulez-vous? nous sommes au temps des miracles.
BAVMOND, à ps.ct. Le fat!..
BEAiMONT. Après ça, je doisdirc, pour mon honneur, que je n'ai pas fait jouer jusqti'à ce jour toutes inesb;ilteries...j'y ai mis de la délicatesse... Comme tfll ou tard, il faut que cela finisse par un mariage... C'est honnête... et puis il y a six cent mille francs de dot.
FLouiDos. Six cent mille francs de dol !
BEAL'.MO>T. Pcut-ôlrc plus... çeul-ètrc moins... je ne sais pas.
FLOBiDon. ¥X vous ôlcs bien certain de faire ce mariage?..
BEAUMO.NT. On raffolcde moi , mon cher!., on m'adore !.. lu conçois, avec une têlecoiimie celle-là..
FLORioriK. Surtout quand etlc est coiffôe par mol... Six cent mille francs... trente mille francs de rente... on ne gagne pas ça, en faisant des contraintes par corps... It faut se dépêcher de conclure... (Le frisant.) Chaud, chaud!..
BE.ic.MOMT, tressaillant. Prends donc garde, tu me brûles!..
FLouiDOR. Ne faites pas allenliou... c'esl le fer... continuez.
BEAUMO.NT. Ah ! c'cst loulc unc histoire.
BAVMOND. à pari. Le moralislc a bien raison... un indiscret est une lettre décachetée que tout le monde peut lire.
BEAL.«o.\T. Figure-toi qtie la petite... (Bas.) Mais es-tu sûr que monsieur...
' Raymond , FlorJJor , Ucaunieiil.
n oniDOR Ne craigne/ rien... vous dis-jc... c'est un confrère.
HKvrMo>T. I>e Paris?..
UiVMo^D. Non , monsieur, de Bruxelles.
iiEAiMoxT. De Bruxelles... ah! ah!., alors monsieur doit connallre le rotule d'AllM-MK.. le niinislre des nuances des Pays-Bas?
RWMOM). Je le coiffe tous les jours, monsieur.
Kl oniDOR . bas. (Jtiand je vous disais, un confrère... il ne me fait pourtant pas rellel d'être liicn fort.
m: Il MONT. Ou le dit un peu sévère... un peu dur même.
HtVMONU. Surtout pour les inirigans.
KI.ORIU0R. Kt à Bruxelles, il yen a tant... les nôtres vont tous là!..
Air da Verre.
C'etl (loiinaiit, dans ce pays, Comino dici l'on court en fuiilc.
Car vers Bruxillcs de Paris, Sans relâche la poslc roule.
Ce moili' de transport est cher ; Ucureusemetii, en coinniandite.
On va Taire un chemin de Ter .Afln de se sauver plus vite.
RF.AtMoxT. Farceur de Floridor. va!.. Pour en revenir au vieux comte d'Alber;.'... (|ui n'aime pas les hitri^ans... n'a-t-il pas lui-même ruiné lu lauillle Sloranville par un procès injuste?..
RAYMOND. Qui VOUS a dit qu'il était injuste, monsieur?
BE.^i.MO.>T. Eh! parbleu, ceux qui l'ont perdu!..
R.iVMo.xo. Ce n'est pas là précisément une raison.
iiE.%i°Mo.NT. Si vous connaissiez l'affaire... vous diriez comme moi...
R.WMo.NU. J'ai lu ce procès dans la Gazbtts dbs thibd^aox.
BEjkL'MONT. Eh bien! alors... n'esl-il pas clair... évident... prouvé... que le comte de Moranvilte avait fait une vente simulée de sa terre, ù sa sœur, la comtesse dAlber^'...
RAY.MO.ND. Cela n'est pas prouvé du tout, car sa veuve aurait gagné son procès.
REit'Mo.xT. Puisqu'on n'a' pas pu retrouver la contre-lettre...
RAVMON». Ceci prouve évidemment qu'elle n'existait pas.
BKirMoNT. Elle existait... des témoins l'ont vue... mais le notaire de Rouen, chez lequel elle était déposée, s'étant réfugié en Beipi(iue... et «le là aux Etals-l'nls... coure/ après!.. I,econ)te d'Alberg a refusé de rendre le domaine... mais, patience... il ne sera peul-ôlre pas si heureux en apitcl... En allcudaut, puisque vous ave/ l'iionneur de le coiffer, vous pouvez lui dire qup le comte de .Moranvlllc est mort de chagrin , et que SI famille languil au fond de la Normandie, dans la plus profonde misère... ceci l'amusera... et l'attendrira peut-être... si quelque chose peut attendrir un ministre beize... un vieil avaro qui n'a plus d'entrailles que pour son or, à ce (|u'on dit.
RAYMOND, à part. Voilà comme on Juge les hommcsl
Fi.oRiDOR. Vous êtes coiffé, monsieur le chevalier.
RAYMOND. Chevalier?..
BRAiMONT, se levant'. Oui, chevalier... Je m'en natte... En litre ne fait de mal à i>ersouue, et fait beaucoup de bien à celui (|ui le porte... Dans ce siècle , le premier point c'est d'éblouir... A celle Jolie ttgure-là... et à celte tournure ravissante, il fallait un litre... je lai pris... 0"l viendra me le cnntesler... dans un lenips où les chcvulicrs sont si communs.
Fi.oKinou. (''est vrai !..
* ittyinonfl, neaumoni, Floridor.
*0 MUSÉE DRAMATlQUIi.
Air : Encore du charlaUniime.
Ce lilrt! est de tous les étais. Il cncour.igc la «cience, Orateurs, artistes, soldats.
Pour tous c'est une récompense.
Les ch<'V3liers sont en tout temps.
Le noble orgueil do la patrie...
RAYMOND, jetant un regard k BeaamODt.
Mais, il se glisse dans leurs rangs Plus d'un chevalier d'industrie. ( Bis.)
BEAUMONT. Eh I moiisicur... riudtislrie... c'est la dlvlnllé dti siècle... aujourd'hui... le talent... faiblesse... le génie... bèlisc... de l'industrie et un physique coninie celui-ci... (il pirouette.) et votre fortune est fiiile.
KLORiDOR. Quand vous aurez fait fortune, monsieur le chevalier, vous n'oublierez pa.s ma petite note... voilà déjà deux ans...
BEAiMOT. Qu'csl-ce quc c'est.'., tu me demandes de Targent... toi!., allons doncî.. défais-toi de ces manlères-Ià!..
FLORiDOR. Mais, cepeDdanl, les artistes...
BEAiMOT. Les artistes sont frères... (il retourne à la glace.) J'en reviens à mon dire, l'homme est une superbe chose... ( à Fioridor.) Ne me demande plus d'argent, ou je me ferai coiffer chez un autre.
( Il sort en fredonnant.)