SCÈNE I
El l'amoui' des bouquins ii tel point le domine Qu’il en mettra bientôt jusques dans ma cuisine.
MARGUERITE
Tu sais bien qu’étranger à toute ambition,
Les livres ont etc sa seule passion.
CATIIERIISE.
Du moins, pour compenser les dépits qu’il me cause, Si cette passion rapportait quelque chose !
Mais quoi ! plus d'écoliers ! je conçois leurs raisons ; Monsieur manquait toujours l’heure de ses leçons.
S’il ne veut que le gain diminue et déloge.
Un professeur doit être exact comme une horloge. Madame s’en faisait écouter, et savait Le chasser de chez lui, lorsque l’heure arrivait.
Elle avait du crédit sur lui, la chère dame ;
C’était une si bonne, une si digne femme !
Depuis qu’elle n’est plus, ici tout est changé.
Et pour suivre ses goùés il a tout négligé.
Lui que l’on regardait comme le plus habile.
Le meilleur professeur qui fût dans cette ville.
Dont on payait très cher les leçons, aujourd’hui A le chagrin de voir qu’on ne veut plus de lui. Quand je dis le chagrin, j’ai tort ; car au contraire Il est tout enchanté de n’avoir rien à faire Pour rester au milieu de ses livres chéris.
Lire et relire encor ses auteurs favoris,
Passer des jours entiers dans sa bibliothèque.
S’y nourrir de latin, d’hébreu, de langue grecque.
Tout cela ne fait pas aller une maison.
Je le lui dis souveirt ; jo gronde et j’ai raison.
Lorsque nous n’aurons plus d’argent, oii donc en pi eiidi e? Nos meubles, nos effets, il faudra donc les vendre?
C’est moi qui du ménage ai le gouvernement ;
Et, quoique nous vivions économiquement.
Le peu que nous avons chaque jour diminue.
Voilà dans le logis la pauvreté venue...
A sa fille, pourtant. Monsieur devrait penser.
M.iEGUERlTE.
I! pense à moi beaucoup.
CATHERINE
Oui, pour vous embrasser.
La fille que l’on a, suffil-ü qu’on l’embrasse?
On travaille pour elle, et sa dot on l’amasse.
Mais ba.ste, il songe bleu à tout cela, ma foi!
Finis donc, ou je vais me fâcher contre toi.
De notre pauvreté peux-tu lui faire un crime ?
S’il en est cause... un peu, n’en est-il pas victime?