SCÈNE IX
SOZETTE, LA COMTESSE.
suzette, so jetant aux pieds de la Comtesse , qui
est venue tomber sur une chaise à droite.
Ah! madame, c’est moi qui vous prive de votre • fils!
la comtesse, pleurant.
Oui, c’est toi, Suzette!... Je ne puis t’en faire un | reproche, car tu souffres autant que moi... Mais , crois-tu que j’aurais pu résister à ses larmes, aux tieuncs, si une obligation sacrée, si un serment j n’cnchalnait ma volonté?...
suzette.
Un serment!...
la comtesse.
Ce secret, que je ne dois lui révéler qu’à sa maj jorité, je veux te le faire connaître. Cet écrit renferme les dernières volontés de mon époux, et je lui ai juré de les accomplir... Tiens. .. lis... suzette, à part, se relevant, et prenant la lettre.
O mon Dieu! que vais-je apprendre!... ( Lisant . Haut.) « Ma chcrc Julie, je vais mourir, avec le » regret de n’avoir jamais pu acquitter une dette,
» dont le souvenir pesé à mon cœur. La veille de » Fontcnoi , je n’étais encore que capitaine.
» Eu mon absence, un officier osa souiller mon » nom d’une lâche injure. J’allais rester flétri,
1 » lorsque mon colonel, monsieur d’Osmond, prit u ma défense, et donna un démenti à celui qui » venait de m’insulter si grossièrement. Arrivés p sur le terrain, les deux adversaires tirèrent en- » semble; mon ennemi tomba... mais sa balle » avait traversé la tête du généreux d’Osmond, qui » survécut à cette cruelle blessure, mais resta » aveugle pour toute sa vie. Obligé de renoncer » au service, et à une carrière pour laquelle il >» avait sacrifié toute sa fortune, d'Osmond a tou- » jours refusé tout ce que ma reconnaissance eût p voulu lui offrir. Mais il a une fille!... (Pause. Suzette , émue, regarde M m * de Senneterre,qui s’est levée et du geste l’invite à achever sa lecture.) p Eh bien, il faut qu’elle devienne la nôtre... il p faut que mon fils, un jour, en la prenant pour a femme, lui rende, ainsi qu’à son noble père, la
position de fortune et le bien-être dont je les ai involontairement privés. (Sa voix s’altère graduellement.) Ce n'est pas un devoir que je ! lui impose; c’est une dette d'honneur... que je , lègue à son honneur!... » ( Troublée , d la Coin - . ■s$e.) Oh! je vous comprends !... Merci de votre |
mfiflnre, ma bienfaitrice ( avec résolution) i
en serai digne.
LA COMTESSE
O mon enfant! ce n’est pas toi que je crains! I est lui ! c’est la violence de cette passion, que j’a- j iis ignorée jusqu’à ce jour. Comprends-tu ? Son j cre l'a laissé libre, cl l’amour qu’il a pour toi j eut le faire manquera l’honneur!...
sujette, virement.
Ab! madame, vous ne méconnaissez pas!
Am : Renaud de Monlauban.
Trahir l’honneur !... non vous n’auroz jamais Pour votre fils ce reproche à me faire ;
Je vous dois tout! et pour tant de bienfaits ,
Je le rendrais indigne de son père!...
Knssuroz-vous ; quand je devrais souffrir,
Vous avez mis vos vertus dans mon âme,
Je no saurais les oublier, madame!...
(Plus bas.)
Mais je saurai plutôt mourir I LA COMTESSE.
Noble enfant!
suzette , pleurant.
Oui , il faut qu’il accepte l’héritage de son ère... il faut nous séparer à jamais... il faut u’un mariage...
la comtesse.
Te marier?
suzette, reculant avec un cri d'effroi.
Moll
LA COMTESSE
Tu frémis! Ne disais-tu pas...
suzette.
Non, non... je n’avais pas pensé d’abord... mais ous avez raison... pour vous, pour lui, il faut me narier!...
la comtesse.
Tu veux donc profiter de son absence?
suzette, tris-agitée.
Oh! oui, pendant son absence, tout de suite... ie me donnez pas le temps de réfléchir... denain... aujourd’hui... pendant qu’il n’est plus à... pendant que j’ai du courage! Ah!
Elle se jette en pleurant dan-s les bras de la comtesse.
LA COMTESSE
Ohl sur mon cœur! sur mon cœur!... Par ce : a cri fi ce, tu payes tous mes bienfaits, et c’est moi maintenant qui te devrai de la reconnaissance. un valet, arrivant du fond à gauche.
Le fermier Pichcloup et son ami monsieur Chenu demandent à parler à madame la comtesse.
Suzette essuie ses larmes.
LA comtesse, à part, avec humeur.
Monsieur Chenu!... dans un pareil moment I... (Puis comme frappée d’une idée.) Ah !... (Haut.) Qu’il vienne ! (Le Domestique sort.) Toi. Suzette, entre dans ce pavillon... mais ne l’ éloigne pas... j’aurai peut être à te parler.
Suzette lui haiic la main et entre dans le pavillon.
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