‹ La double épreuve; comédie en un acte et en versChapitre 21 sur 30 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

Ce billet que j'ai pris sur son sein... Mais n’importe , Cette Yseult est si fière ! il faut que je l’emporte.

{A Alphonse.) Je viens de découvrir un mystère inoui , Vous étiez pauvre hier.

Alphonse , gaîment.

Hier comme aujourd’hui.

MAD. DOLBAN.

Non , ce billet vous rend une belle fortune.

ALPHONSE

Une lettre d’Yseult !...

MAD. DOLBAN.

La chose est peu commune ,

J’étais loin de m’attendre à trouver cet écrit.

Alphonse , regardant V adresse.

C’est pour moi.

Après avoir lu.

Se peut-il? je suis tout interdit ;

Quel aveu! chère Yseult ! tant d’amour dans son âme! Rien n’est perdu pour elle , Yseult sera ma femme!

MAD. DOLBAN.

Que dites-vous donc là ? reprenez la raison ,

De son père irez-vous payer la trahison Par ce candide hymen? Avec sollicitude Traitez-la... N’allez pas montrer d’ingratitude !

Faites pour elle enfin ce qu’elle a fait pour vous,

Mais vous vous perdriez en étant son époux.

ALPHONSE

Comment donc ?

MAD. DOLBAN.

Devant vous s’entr’ouvre la carrière.

Pour but, considérez quelqu’illustre héritière ;

Moi, je veux préparer votre entrée aux emplois ,

Le vieux duc m’a promis que vous auriez la croix.

Je médite pour vous une grande alliance;

Plus tard... En moi placez un peu de confiance , Riche, aimable, bien fait , vous pouvez tout oser; C’est la nièce du duc qu’il vous faut épouser. Faites-vous un appui de sa haute noblesse ,

Un vieux titre a des droits sur l’humaine faiblesse;

Il sait mettre à nos pieds les bourgeois triomphans Le bon monsieur Jourdain a laissé des enfans.

Alphonse, souriant.

Moi ! tant d’ambition?

MAD. DOLBAN.

Pourquoi non ! soyez homme ! .

Il faut prendre son rang parmi ceux qu’on renomme , Et comme un Dieu d’airain assis sur ses autels,

Voir ramper devant soi tous les autres mortels.

Quel plaisir d’employer un grand peuple à ses fêtes! Cette hydre qui murmure et qui courbe ses têtes!

De pétrir à son gré tout ce limon vivant ,

D’être encensé de tous comme un soleil levant !

De recevoir chez soi les richesses du monde ;

Tributs qu’incessamment versent la terre et l’onde. Combien je porte envie à tous ces gens heureux Qui voient le globe entier se dépeupler pour eux...

ALPHONSE

De ces séductions épargnez-moi l’amorce ,

En de stériles vœux je ne perds point ma force ; Vous ne sauriez, madame, avec de tels accens Egarer ma raison ni captiver mes sens.

MAD. DOLBAN.

Voulez -vous, étouffant la voix qui vous dit : marche ! Vous entourer d’enfans et vivre en patriarche?

Et bourgeois confiné dans quelque coin obscur, Planter des espaliers le long de votre mur ?

Une serpe à la main émonder des arbustes. . .

Afin que le curé vous mette au rang des justes?

Le dimanche à la messe, admiré des fermiers,

Ouïr le prône, assis au banc des marguilliers ?

ALPHONSE

Si je veux parvenir, je saurai bien me faire ,

Par moi-même, une place en quelque noble sphère ; Ce n’est pas la faveur, c’est le travail qu’il faut , Quoique partant de bas, on peut s’élever haut.

On traîne dans l’intrigue une lâche existence,

J’ai besoin d’action , même de résistance,

Pour donner à mon cœur un énergique élan ,

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