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DU SÉNÉGAL, DU SOUDAN ET DE LA GUINÉE FRANÇAISE

{Suite)

Par MM. Henri HUA et Aug. CHEVALIER.

i. Landolphia Heudelotii A. DC.

Noms indigènes (2) : Toll (wolof); Hô, Ou, Ouk (sérère none, d’après le R. P. Sebire) ; Oûk (sérère falor, d’après le R. P. Sébire) ; Sonkôn on Sonkonasou (diola, d’après le R. P. Sébire) ; Baracan (diola d’itou) ; Bouhemck (diola floup) ; Boufembabou (diola de Sedhiou) ; Psoubé, Psobé, Sobé (balante); Nta (mandiago) ; Foré, Fouré (soussou) ; Fognié, Folé (portugais créole de Casamance) ; Foli (portugais créole, d’après le R. P. Sébire); Fauli (diola de Mampalago) ; Folé (mandingue ou socé) ; Poré (djallonké, d’après le Dr Chaussade) ; Ngoyo, Ndéi, Ngéi (malinké, d’après le Dr Rançon et le Dr Miquel); Bahi, Bohi,

1. M. Kjellman [83, p. 275] dit que le olivacea « croît sur des pierres ou sur des pièces de bois, habituellement dans des endroits abrités ». S’il s’agit réellement de la même plante, il y aurait lieu de rechercher comment elle se comporte sur les pierres.

2. Nous mentionnons seulement les noms que nous avons vu appliquer au Sénégal, au Soudan et en Guinée française. Ce travail n’a pas la prétention de relever tout ce qui a rapport aux espèces énumérées, surtout en dehors de la région considérée. Outre qu’une telle compilation n’a jamais été notre but, elle ferait double emploi avec le mémoire de M. Hans Hallier, cité ci-dessus, ou n’en serait qu’un extrait. Sauf quelques indications d’extension géographique en dehors de la partie de la zone soudanienne soumise à l’influence française, nous n’avons donné ici que des observations absolument originales.

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Bohié (malinké du Fouta-Djalon, d’après le Dr Chaussade) ; Goïne, Goï, Gouéi (bambara); Dounda (foulbé du .Haut-Niger, d’après un rapport deM. Segeur) ; Mana, Manaii (toucouleur et bambara en quelques localités de la boucle du Niger) ; Popo (mandé-dioula du Sud) ; Conféré, Daféré, Daférélé (sénoufo) ; Fien (turca : haute Comoé) ; Nfougourhi (mboing : haute Comoé) ; Tan (tousia : haute Volta) ; Niabahon, Niabaho (niénégué : haute Volta); Borna (lobi : haute Volta); Bouéna, Bouna(bobo : haute Volta);? Foti (marghi, d’après Barth) ; Mono (bongo : d’après Schweinfurth).

Le Landolphia Heudelotii est une liane buissonnante qui présente ordinairement plusieurs troncs naissant côte à côte de la même souche. Cela tient à la ramification très précoce des plantules et surtout au développement de bourgeons adventifs tardifs à la base de la tige initiale et parfois sur les racines. En se ramifiant, la plante forme tantôt des buissons arrondis de 2 m. 50 à 5 m. de hauteur, épais de 2 à 3 m., à rameaux retombant jusqu’au ras du sol ; tantôt des lianes qui s’élèvent jusqu’à 10 ou 15 m. de hauteur, obliquement ou en décrivant des courbes irrégulières, atteignant les branches les plus élevées des arbres supports, puis retombant en festons courts et peu ramifiés. Les troncs adultes ont ordinairement la grosseur du bras ou même de la cuisse; nous en avons rencontré d’exceptionnellement gros, mesurant 30 et 40 cm. de diamètre, dans le bassin de la haute Comoé.

L’écorce du vieux bois est fendillée, grise à l’extérieur, rougeâtre en section et contient, à l’état sec, du caoutchouc coagulé qui s’étire en fils quand on la brise. Sur les rameaux jeunes, tels qu’on les voit d’habitude dans les échantillons d’herbier, elle est plus foncée et mouchetée de lenticelles punctiformes très fines ; à l’état sec, elle est d’un brun grisâtre ou rougeâtre. Elle conserve assez longtemps trace des poils qui forment sur les jeunes pousses un revêtement feutré assez dense, de couleur rougeâtre d’abord, puis rousse. Cette pubescence est plus serrée et plus persistante dans la forme de la région des Niayes, au voisinage du Cap-Vert, qui a servi de type au L. Michelini Benth. et au Z. tomentosa Dewèvre.

Par la densité de la pubescence, cette forme est un des termes

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extrêmes d’une série de variations dues aux conditions particulières de végétation trouvées dans diverses stations. L’autre terme, le minimum de pubescence, se trouve réalisé, chose singulière, dans l’échantillon d’Heudelot(n. 606) provenant des pays avoisinant la Casamance et le Rio-Nunez et qui a servi de type à la description d’A. de Candolle. Depuis, les nombreux exemplaires récoltés du Cap-Vert jusqu’à Conakry, et de la côte jusqu’à Tombouctou (pour ne citer que ce que nous avons vu par nous-mêmes), ont présenté tous les intermédiaires entre ces deux formes extrêmes. Si bien qu’aujourd’hui on ne peut que réunir toutes ces formes sous un seul vocable spécifique. On ne peut plus opposer le Landolphia tomentosa, donnant du bon caoutchouc, au Landolphia H eudelo tu , réputé donner un produit inférieur, puisque ce sont des formes locales d’une seule et même espèce, qui doit porter ce dernier nom, le plus ancien.

Sur un buisson en pleine végétation, on rencontre toujours deux sortes de rameaux. Les uns plus spécialement destinés à l’extension de la plante, les autres à la reproduction. Ces derniers, à entrenœuds courts, se terminent ordinairement, après quelques paires de feuilles, par des corymbes de fleurs tantôt subsessiles, tantôt plus ou moins pédonculés. Les autres, à entrenœuds allongés, à feuilles ordinairement plus petites, raccourcies, souvent arrondies, se terminent par des vrilles qui peuvent atteindre une longueur de plus de 50 cm. Nues sur leur moitié inférieure, elles portent sur leur moitié supérieure des écailles alternes d’autant moins distantes les unes des autres qu’on se rapproche davantage du sommet, et à l’aisselle desquelles se développent des rameaux courts, simples, se recourbant plus ou moins en crochets. Ces vrilles ou cirres sont, au point de vue morphologique, les équivalents des corymbes de fleurs des rameaux courts. Assez fréquemment on trouve, sur les rameaux longs, des intermédiaires entre les deux aspects, sous forme de panicules thyrsoïdes ou cirroïdes : dans ce cas, les ramifications et le sommet d’une vrille portent des cymes de fleurs comparables à celles qui terminent les ramifications de l’inflorescence corymboïde normale.

Après la formation d’une vrille ou d’une inflorescence cirroïde terminant une pousse, le rameau d’élongation se continue par le développement des bourgeons axillaires de la paire de

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feuilles précédant immédiatement cet organe. Ordinairement l’un de ces rameaux prend le dessus, acquiert promptement le même

Fig. 1. — Landolphia Heudelotii. Rameau dont les crochets et les vrilles sont remplacés par des inflorescences disjointes d’aspect cirroïde (1/3 gr. nat.).

diamètre que la portion de pousse précédente située au-dessous de la vrille, et la prolonge, se comportant de la même façon, se terminant par un cirre florifère ou non, et se prolongeant lui-

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même par un rameau axillaire. Ce développement sympodique de la liane est très rapide, et, en quelques semaines, on la voit s’élever à une grande hauteur au-dessus du buisson, s’attachant aux arbres voisins par les crochets de ses vrilles ou plus rarement s’enroulant en quelques tours de spire aux branches qu’elle rencontre. Dans ce cas l’enroulement se fait ordinairement en sens contraire du mouvement des aiguilles d’une montre (enroulement dextre).

A l’état jeune, les feuilles, de forme et de dimensions très variables, mais toujours arrondies à la base du limbe, au niveau de son insertion sur le pétiole (v. le tableau synoptique), sont tomenteuses et teintées d’un rouge vineux. Puis elles deviennent d’un vert clair. Au mois de février, on rencontre, sur le même buisson, des jeunes rameaux avec ces feuilles encore molles et de couleur tendre, toujours pubescentes, surtout sur la face inférieure, et des rameaux plus âgés, portant des feuilles coriaces, parfois ondulées sur les bords, d’un vert foncé, luisantes à la face supérieure, parfois presque glabres aussi à la face inférieure, sauf sur le pétiole et la nervure médiane. En avril, la plupart se couvrent de petites galles dues à la piqûre d’un insecte. Au mois de juin, une partie des feuilles jaunissent et tombent.

Les inflorescences, variables d’aspect, ainsi que nous l’avons déjà indiqué, sont essentiellement constituées de petites cymes unipares héliçoïdes, à éléments sessiles, ramifications ultimes de cymes bipares (rarement tripares), plus ou moins nettement pédonculées, groupées elles-mêmes en grappes composées, de formes diverses, auxquelles il convient d’appliquer le terme très général de panicules. L’ensemble est tantôt, par allongement de l’axe commun, en forme dethyrses portés par des pédoncules assez longs (4-10 cm.) sensiblement égaux à la région florifère, laquelle présente une suite étagée de petits bouquets de 5 à 15 fleurs, terminant des pédoncules de second ordre plus ou moins longs et distants les uns des autres; tantôt, par suite du raccourcissement de l’axe commun, en forme de corymbes comptant habituellement une vingtaine de fleurs, mais pouvant en renfermer jusqu’à 60.

La corolle a le tube blanchâtre, légèrement teinté d’un jaune cireux. Les lobes étalés, pendant l’anthèse, en étoile à branches

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légèrement arquées et arrondies au sommet, sont entièrement d’un blanc pur et ne présentent pas la belle tache jaune qui existe à l’entrée du tube chez le Mada ( Landolphia senegalensis ) .

La durée d’une inflorescence est assez longue, l’épanouissement, lent à se produire, se faisant fleur à fleur; mais chacune de celles-ci est éphémère : une corolle épanouie le soir est fanée le lendemain vers 10 heures du matin. Elle a abaissé le long du tube ses lobes, qui, par incurvation de leurs bords, prennent un aspect canaliculé et elle revêt une teinte roussâtre uniforme. Dans cet état, elle persiste plusieurs semaines sur l’inflorescence. Suivant l’expression technique, elle est marcescente.

Le parfum des fleurs de toll est excessivement pénétrant, surtout le soir et pendant la nuit. Schweinfurth le compare à celui du Lilas, quelques voyageurs au Jasmin, il nous a paru se rapporter davantage au parfum desTubéreuses.Le soir, la corolle devient nectarifère et est visitée par de nombreux insectes.

Quelques fleurs s’ouvrent dès la fin de novembre, mais la pleine floraison s’effectue en janvier et février dans la zone que nous avons parcourue et qui est comprise entre 90 et 130 de latitude nord. De rares fleurs se rencontrent encore à la fin d’avril, alors que quelques fruits commencent déjà à mûrir ; elles avor tent toujours. D’ailleurs, même en bonne saison, la plupart des fleurs avortent, de telle sorte que chaque inflorescence ne fournit qu’un petit nombre de fruits, le plus souvent un ou deux.

Le fruit du toll, arrivé à maturité, est sensiblement sphérique : tantôt le diamètre longitudinal excède légèrement le diamètre transversal, tantôt c’est l’inverse. Il est d’abord fortement atténué vers le pédoncule ; mais ce rétrécissement tend à disparaître à complète maturité. Le sommet du fruit est toujours parfaitement arrondi, sans mamelon saillant ou dépression. La dimension à maturité est très variable. Ordinairement la taille est celle d’une grosse prune (3 cm. de diamètre) ; mais on peut en rencontrer sur le même rameau qui ont seulement la taille d’une forte cerise et sont cependant bien constitués, puisqu’ils renferment une ou deux graines normales. D’autres, au contraire, ont la taille d’une belle orange (7 cm. de diamètre) et peuvent atteindre un poids de 150 ou 200 gr. Le fruit mûr est d’un beau jaune abricot, parfois avec une teinte légèrement orangée.

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Il est semé d’une quantité de très petits points blanchâtres (lenticelles) ayant à peine 1/4 de mm. de diamètre. Le péricarpe, épais de 1 à 2 mm., est sec, coriace, et n’adhère à la masse pulpeuse que par de légers filaments.

Les graines sont en nombre variable: 1 à 22, suivant la grosseur du fruit. Dans la boucle du Niger nous en avons compté

Fig. 2. — Landolphia Heudelotii. — A, fruits non complètement mûrs; A fruit arrivé à maturité. — B, L. owariensis, le plus gros fruit est arrivé à complète maturité, les deux autres sont un peu moins avancés, mais la différence de taille provient surtout d’une différence dans le nombre des graines (2/3 gr. nat.).

le plus souvent 3 ou 5, rarement 4. Chaque graine est environnée d’une masse fibro-pulpeuse blanchâtre , charnue, aqueuse, à suc très acide ; aussi le fruit est-il très prisé par les indigènes comme rafraîchissant (1).

L’ensemble de chaque graine avec la pulpe qui l’environne constitue une masse polyédrique ayant 2 à 3 cm. sur la plus grande dimension et 1 cm. 5 d’épaisseur. Les graines nues ont 15 mm. de long et 5 à 8 mm. de large. Déformé irrégulière, elles

1. M. H. Lecomte nous a fait constater que cette pulpe était une dépendance de la paroi ovarienne et non du tégument de l’ovule ( Note ajoutée pendant l’impression).

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ont habituellement deux facespresque planes et une face convexe. Elles sont de couleur bistrée.

Dans la région de Sikasso, quelques fruits commençaient à mûrir au 25 avril, mais la pleine maturation dans toute la Sénégambie et le Soudan se produit en juin. En août, il ne reste ordinairement plus de fruits sur les lianes. Les tornades en font tomber une partie, les autres sont cueillis par les singes et surtout par les nègres qui, en beaucoup de régions, fabriquent une boisson fermentée agréable, avec la pulpe (goïgui e. n bambara, popogui en mandé-dioula).

Le Landolphia Heudelotii croît habituellement sur les plateaux arides de grès ferrugineux quaternaires qui recouvrent la plus grande étendue du Soudan. On le rencontre aussi en abondance sur les collines de roches anciennes (gneis, quartzites, roches granitiques) et sur les grès blancs ou rosés (trias?) qui, dans cette partie de l’Afrique, forment le principal relief du sol.

Sur le littoral du Sénégal, la liane à caoutchouc croît en plein sable, sur les cordons de dunes qui s’étendent à 2 ou 3 km. au delà des terrains salés. On la rencontre très rarement dans les massifs d’arbres qui environnent les marigots ou qui constituent les forêts du Sud. A ces stations humides, elle préfère les plateaux arides et surtout leurs pentes ensoleillées.

L’un de nous a tracé récemment la limite nord de l’aire du Landolphia Heudelotii dans l’Afrique occidentale (1) et a figuré la bande où il est assez abondant pour faire l’objet d’une exploitation rationnelle. Au bord de la mer il vient jusqu’à Mboro (Saniokhor occidental) par 150 12' de latitude nord. C’est son point d’extension nord extrême. Tout le long des Niayes, qui forment un ruban large de 3 à 8 km. en suivant le littoral jusqu’au sud du Cap -Vert, il se présente sous forme de buissons rabougris, trop chétifs pour pouvoir être exploités ; il s’avance parfois jusqu’à une vingtaine de kilomètres dans l’intérieur, comme dans la forêt de Kâ aux environs de Tivaouane.

Ce n’est qu’à partir de l’estuaire de la Somone par 140 30' latitude nord que le toll commence à pénétrer dans l’intérieur,

1. In Baillaud : Carte économique des pays français du Niger. La Géographie, II (1900).

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mais il est encore très clairsemé dans le Ndieghem et le Sine- Saloum. Il devient réellement commun à partir de l’embouchure de la Gambie et se rencontre en grande quantité sur les territoires de la Casamance, de la Guinée portugaise (bassin du Rio- Grande, du Rio-Cachéo), de la Guinée française (bassins du Rio-Nunez, du Konkouré). Dans l’intérieur, il est généralement abondant dans tout le massif du Fouta-Djalon ; sur sa bordure occidentale, il se rencontre dans le Sulima, le Oularé, le Houré, le Balaya, leFiria, leOulada, l’Amana, leBouré, leManding, leSankaran, le Kouranko, le W assoulou, leBaté, leToron, leSabadougou, le Kabadougou, le Yorobadougou, le Kénédougou. Il est extrêmement abondant dans tout le massif montagneux situé au sud-est de Sikasso, d’où descendent tous les tributaires du Bani vers le nord, et où naissent, vers le sud, laBandama, la Comoë, la Volta occidentale. Il couvre le Follona et les pays habités par les peuplades primitives réfugiées dans les montagnes : les Turcas, les Tousans, les Tiéfo-Dorories, les Mboings. Au nord, nous l’avons rencontré dans le Tagouara, le Minianka, le Bénédougou. Enfin plus à l’est, il nous fut signalé, lors de notre voyage, dans le Kipirsi, le Lobi et le Gourounsi. C’est la région extrême où on l’ait indiqué, jusqu’à ce jour, dans le Soudan français, mais il n’est pas douteux qu’il existe encore plus loin, dans l’hinterland du Dahomey et même à l’est du Niger en allant vers le lac Tchad. Il semble en effet très probable que la plante signalée par Barth dans le pays Marghi, sous le nom de Foti, doit être rapportée à cet espèce.

Schweinfurth a trouvé, au Bahr-el-Ghazal, une liane à caoutchouc, qui, sans nul doute, est le même Lcindolphia Heudelotiï dont nous venons de faire connaître en détail l’habitat occidental. La description de la fleur, rapportée par K. SCHUMANN d’après les observations sur le vif de l’illustre collecteur, et la figure donnée d’après ses échantillons (i) s’accordent avec les documents recueillis dans l’Afrique occidentale française. Nous devons toutefois, à l’usage des personnes qui consultent les auteurs allemands (2), d’ailleurs très documentés, qui ont dans ces derniers temps publié des clefs destinées à aider à recon-

1. K. Schumann : Ueber die Kautschukpflanzen, in Engler : Bot. Jahrb., XV, p. 406, t. II, fi g. B.

2. Notamment K. Schumann : in Pflanzenwelt Ost Afnkas, B, p. 454, et H. Hallier : Ueber Kautschuklianen, etc., p. 69.

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naître les diverses espèces de Landolpliïci , faire remarquer qu’un des caractères donnés par eux comme distinctif du L. HeucLelotii , à savoir une teinte bleue du fruit, causée par une sorte de pruine (« Frucht blau bereif », « fructus cæsio-pruinosi » ) n’a jamais été observée dans le pays d’origine des échantillons types de cette espèce.

D’après les tableaux synoptiques auxquels nous faisons allusion, on risquerait de croire que le Landolphia Hezidelotii diffère essentiellement des autres espèces par la couleur du fruit. D’après les nombreuses observations recueillies par nous, il est, à maturité complète, au moins dans la région occidentale, d’une couleur franchement jaune, rappelant celle d’un abricot, ce qui est, à de certaines différences de teinte près, la couleur de tous les fruits de Landolphia connus. Le fruit jeune même est clair, et ne possède jamais de revêtement cireux, formant pruine, à la façon de celui qu’on connaît sur certains fruits de France.

On a encore mentionné le L . Heudedotü à Accra (Côte d’Or), à Petit-Popo (Togo), à Yaùnde (Cameroun), à Stanley-Pool (Congo) (1). Même s’il n’y a pas confusion avec d’autres formes spécifiques voisines, il semble assuré que, dans ces localités méridionales, il n’a plus qu’une importance secondaire, tant comme producteur de caoutchouc, que comme plante caractéristique de la région. Au Soudan et au Fouta-Djalon, au contraire, il a un rôle de premier ordre à ce double point de vue, surtout entre le 10e et 12e degré de latitude nord. C’est le seul producteur de la région, et c’est une des plantes caractéristiques des plateaux ferrugineux. Plus au sud, le rôle prépondérant semble appartenir à d’autres espèces, tels que les Landolphia owariensis et Klainii.

Ce sont ces deux dernières, en particulier, qui semblent fournir une grande partie du caoutchouc du Cameroun et du Gabon, concurremment avec le Kickxia elastica Preuss.

Il y aurait bien des erreurs à rectifier sur l’exploitation de la

1. Hans Hallier, l. c., p. 77. — Cet auteur même déclare, p. 78, que, par la plupart des caractères, les exemplaires du Togo (n. 325, Buttner; Baumann, n. 517) rappellent beaucoup le L. owariensis . Il en serait de même de l’exemplaire du Cameroun (Zenker, n. 662). La question est peut-être à revoir en s’aidant des caractères que nous donnons ci-dessous comme particuliers au L. owariensis , et le distinguant sûrement du L. Hendelotii.

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liane à caoutchouc et bien des choses nouvelles à dire sur le rôle économique qu’elle a joué et sur les transformations sociales qu’elle a opérées en moins de quinze années. La traite du caoutchouc, en effet, aura bientôt remplacé complètement la traite des Noirs dans l’intérieur de l’Afrique.

De l’embouchure du Sénégal à l’embouchure du Niger, il s’exporte chaque année environ deux millions de kilogrammes de caoutchouc, d’une valeur de 12 à 15 millions de francs.

Malheureusement la saignée à outrance des lianes, l’extension des cultures, les déboisements causés par les feux de brousse, font craindre l’anéantissement prochain de cette source de richesse si on n’en réglemente l’exploitation.

L’un de nous, chargé par le gouvernement d’examiner les moyens de remédier à cet état de choses, a proposé d’encourager les villages indigènes à multiplier la liane en leur accordant des primes ou des exemptions d’impôt. Au bout d’une vingtaine d’années, les habitants auraient constitué des taillis exploitables, qui seraient leur propriété exclusive, propriété en quelque sorte communale.

Une telle culture ne serait point suffisamment rémunératrice pour l’exploitation européenne, parce que le rendement du Landolphia HeucLelo tii est trop faible et surtout parce que sa croissance est trop lente.

Nous pensons qu’une liane âgée de 20 à 50 ans ne peut encore donner que 50 grammes de caoutchouc en moyenne par année.

(A sttivre.)

Le Gerant : Louis Morot.

Paris. — J. Mersch, imp.,46'*, Av. deChàtillon.

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