La double maîtresse; roman. Orné de bois gravés
Je ne sais trop, pour dire vrai, d'où j'ai été conduit à écrire ce singulier roman ni par où il in est venu à l'esprit. Ce qui est certain, c'est qu'il y trouva presque à mon insu de quoi m'imposer son autorité et me contraindre à faire droit à ses exigences.
Malgré tout, je n'aurais pas dtl, peut-être, lui accorder le crédit qu'il réclamait ni lui permettre de prendre corps en un livre qui, s'il contenta ma fantaisie, ne laisse pas d'embarrasser quelque peu mon jugement ; mais cette hétéroclite figure de M. de Galandot m'est, si souvent et avec tant d'insistance, apparue à la pensée que fai ressenti le besoin de me l'expliquer à moi-même. Je lui ai inventé une vie pour Fécarter de la mienne et fai pris ensuite le parti de le faire connaître aux autres pour mieux parvenir à V oublier.
Le voici donc représente aussi exactement que possible avec les événements que fai imaginés autour de lui dans le sens de son caractère. Cest un pauvre homme que M. de Galandot. J'ai eu
soin de lui composer une histoire qui lui convint. Si le lecteur ne voit point là ce que j'y ai voulu montrer, il me pardonnera mon erreur et je lui passerai son désaveu sans lui en vouloir davantage qu'il ne m'en voudra sans doute d'avoir proposé à son plaisir un personnage qui a souvent fait le mien.
D'ailleurs, je n'ai guère cherché autre chose qu'à faire défiler
sur les verres de ma lanterne quelques ombres à la française
et, si j'avais voulu mettre au frontispice le portrait
de mon héros, croye^^ que c'eût été à la manière
de ces petites figures de jadis qu'on appelait
des silhouettes et qui découpent à plat
sur le papier blanc leurs profils
à l'encre noire.