PROLOGUE
M de Portebize avait beau remonter le cours de son sou- • venir, il n'y trouvait rien qui concernât particulièrement son grand-oncle, M. de Galandot.
Il faut dire que les figures les plus familières à la mémoire du jeune homme n'étaient point celles de ses proches. Ses parents avaient plutôt confié son enfance aux mains des serviteurs et sa jeunesse à celles des maîtres à apprendre que pris soin eux-mêmes de Tune et de l'autre. Aussi, des visages qui s'étaient penchés par-dessus son épaule, au jeu ou à l'étude, qu'il fouettât une toupie ou feuilletât un livre, lui
en revenait-il davantage de servantes et de valets, de cuistres d'école ou de régents de collège que de personnes de sa famille. De plus, non seulement frères et sœurs lui firent défaut^ mais aussi cousins et cousines et, par conséquent, les tantes et les oncles, car M. de Galandot, à proprement parler, ne comptait pas; j'entends par là qu'il ne représenta aucunement et jamais ce personnage si unique et si important à l'enfance et qui tient à ses yeux une place à part, l'Oncle.
Cet état, que M. de Galandot eût pu remplir envers son petit-neveu, resta donc sans titulaire dans la mémoire de François de Portebize. Il ne connut pas ce visiteur familier qui ne vient qu'à certains jours et se présente le plus souvent sous un aspect bonasse et débonnaire, qui d'abord s'intéresse aux jeux et plus tard aux fredaines, ne vous gronde guère et vous morigène tout au plus, vous tapote la joue et vous pince l'oreille et vous laisse le souvenir de sa vieillesse lié bizarrement à celui de votre jeune âge.
François, cependant, se souvenait assez bien d'avoir entendu nommer parfois M. de Galandot, mais il n'en savait rien de plus. M. et M"^ de Portebize parlaient peu devant leur fils qui d'ailleurs se trouvait assez rarement en leur compagnie. On ne s'occupa de lui qu'indirectement et par le choix qu'on faisait des gens destinés à sa garde et des personnes chargées de son éducation. Le collège survint. Il ne parut guère plus souvent au parloir qu'il ne venait au salon. Aussi ne regrettat-il point la maison paternelle. Elle était vaste et déserte avec un carrosse toujours attelé dans la cour, car M. et M™^ de Portebize partaient courir la ville à toute heure de nuit et de jour. Les congés qu'il passait là ne le divertissaient guère ; il s'ennuyait et, le soir, il avait peur dans sa chambre; aussi retournait-il sans regret au dortoir, au pupitre et à la férule.
De ces séjours en famille il ne se rappelait pas avoir vu jamais, parmi les cadres où figuraient sa mère en déesse, la draperie à l'épaule et le sein nu, et son père, un cornet de dés à la main, aucun portrait qui représentât M. de Galandot et où il eût pu prendre quelque idée de sa taille ou de sa mine.
Il s'en étonnait sans savoir ce qui avait empêché que