Soldats de la police. Voyez les notes suivantes
NOTir.E SUR HYACINTHE MAGLANOVICH 143
Hyacinthe avait alors près de soixante ans. C'est un grand homme, vert et robuste pour son âge, les épaules larges et le cou remarquablement gros. Sa figure prodigieusement basanée, ses yeux petits et un peu relevés à la chinoise, son nez aquilin, assez enflammé par l'usage des liqueurs fortes, sa longue moustache blanche et ses gros sourcils noirs, forment un ensemble que l'on oublie difficilement quand on l'a vu une fois. Ajoutez à cela une longue cicatrice qui s'étend sur le sourcil et sur une partie de la joue. Il est très extraordinaire qu'il n'ait pas perdu l'œil en recevant cette blessure. Sa tète était rasée, suivant l'usage presque général des Morlaques, et il portait un bonnet d'agneau noir ; ses vêtements étaient assez vieux, mais encore très propres.
En entrant dans la chambre, il me donna la lettre du voïévode et s'assit sans cérémonie. Otiand j'eus fini de lire : « Vous parlez donc l'illyrique ?» me dit-il d'un air de doute assez méprisant. Je lui répondis surle-champ dans cette langue que je l'entendais assez bien pour pouvoir apprécier ses chansons, qui m'avaient été extrêmement vantées. « Bien, bien, dit-il ; mais j'ai faim et soif : je chanterai quand je serai rassasié. > Nous dînâmes ensemble. Il me semblait qu'il avait jeûné quatre jours au moins, tant il mangeait avec avidité. Suivant l'avis du voïévode, j'eus soin de le faire boire, et mes amis, qui étaient venus nous tenir compagnie sur le bruit de son arrivée, remplissaient son verre à chaque instant. Nous espérions que, quand cette faim et cette soif si extraordinaires seraient apaisées, notre homme voudrait bien nous faire enteu-»
141 NOTICE sur, HYACINTHE MACLANOVICH
dre quelques-uns de ses chants. Mais notre attente fut bien trompée. Tout d'un coup il se leva de table, et, se laissant tomber sur un tapis près du feu (nous étions en décembre), il s'endormit en moins de cinq minutes, sans qu'il y eût moyen de le réveiller.
Je fus plus heureux une autre fois : j'eus soin de le faire boire seulement assez pour l'animer, et alors il nous chanta plusieurs des ballades que l'on trouvera dans ce recueil.
Sa voix a dû être fort belle ; mais alors elle était un peu cassée. Quand il chantait sur sa guzla, ses yeux s'animaient et sa figure prenait une expression de beauté sauvage qu'un peintre aimerait à exprimer sur la toile.
Il me quitta d'une façon étrange : il demeurait depuis cinq jours chez moi, quand un matin il sortit, et je l'attendis inutilement jusqu'au soir. J'appris qu'il avait quitté Zara pour retourner chez lui ; mais en même temps je m'aperçus qu'il me manquait une paire de pistolets anglais qui, avant son départ précipité, étaient pendus dans ma chambre. Je dois dire à sa louange qu'il aurait pu emporter également ma bourse et une montre d'or qui valaient dix fois plus que les pistolets.
En 1817, je passai deux jours dans sa maison, où il me reçut avec toutes les marques de la joie la plus vive. Sa femme et tous ses enfants et petits-enfants me sautèrent au cou ; et quand je le quittai^ son fils aîné me servit de guide dans les montagnes pendant plusieurs iours, sans qu'il me fût possible de lui faire accepter une récompense.
L'AUBEPINE DE VELIKO*
L'Aubépine de Veliko, par Hyacinthe Maglanovich, natif de Zuonigrad, le plus habile des joueurs de guzla. Prêtez l'oreille !
Le bey Jean Veliko, fils d'Alexis, a quitté sa maison et son pays. Ses ennemis sont venus de l'est ; ils ont brûlé sa maison et usurpé son pays.