FRAGMENT
Alors les mécréants leur coupèrent
la tête, et ils mirent la tête d'Etienne au bout d'une lance, et un Tartare la porta près de la muraille en criant :
1. Thomas I", roi de Bosnie, fut assassiné secrètement, en 1460, par ses deux fils Etienne et Radivoï. Le premier fut couronné sous le nom d'Étienne-Thonias II; c'est le héros de cette ballade. Radivoï, furieux de se voir exclu du trône, révéla le crime a'Étienne et le sien, et alla ensuite chercher un asile auprès de Mahomet.
L'évêque de Modrussa, légat du pape en Bosnie, persuada à TliOhias il que le meilleur moyen de se racheter de son parricide était de faire la guerre aux Turcs. Elle fut fatale
f56 LA GUZLA
— Thomas! Thomas! voici la tête de ton flls. Comme nous arons fait à ton fils, ainsi te feronsnous!
Et le roi déchira sa robe et se coucha sur la cendre, et il refusa de manger pendant trois jours...
Et les murailles de Kloutch étaient tellement criblées de boulets, qu'elles ressemblaient à un rayon de miel; et nul n'osait lever la tête seulement pour regarder, tant ils lançaient de flèches et de boulets qui tuaient et blessaient les chrétiens. Et les Grecs*
aux chrétiens : Mahomet ravagea le royaume et assiégea Thomas dans le château de Kloutch en Croatie, où il s'était réfugié. Trouvant que la force ouverte ne le menait pas assez promptement à son but, le sultan offrit à Thomas de lui accorder la paix, sous la condition qu'il lui payerait seulement l'ancien tribut. Thomas 11, déjà réduit à l'extrémité, accepta ces conditions et se rendit au camp des infidèles. Il fut aussitôt arrêté, et, sur son refus de se faire circoncire, son barbare vainqueur le fit écorcher vif, et achever à coups de flèches.
Ce morceau est fort ancien, et je n'ai pu en obtenir que ce fragment. Le commencement semble se rapporter à une bataille perdue par Etienne, fils de Thomas II, et qui précéda la prise de la citadelle de Kloutcii.
1. Les Grec» et les catholiques romains se damnent à qui mieux mieux dans la Dalmatie et la Bosnie. Ils s'appellent réciproquement paisa-i^jen'o, c'est-à-dire foi de^chien.
et ceux qui se faisaient appeler agréables à Dieu * nous ont trahis, et ils se sont rendus à Mahomet, et ils travaillaient à saper les murailles. Mais ces chiens n'osaient encore donner l'assaut, tant ils avaient peur de nos sabres affilés. Et la nuit, lorsque le roi était dans son lit sans dormir, un fantôme a percé les planches de sa chambre, et il a dit :
— Etienne, me reconnais-tu?
Et le roi lui répondit tout tremblant :
— Oui, tu es mon père, Thomas.
Alors le fantôme étendit la main et secoua sa robe sanglante sur la tête du roi.
Et le roi dit :
— Quand cesseras-tu de me persécuter?
— Et le fantôme répondit :
— Quand tu te seras remis à Mahomet...
Et le roi est entré dans la tente de ce démon*, qui fixa sur lui son mauvais œil, et il dit :
— Fais-toi circoncire ou tu périras.
Mais le roi a répondu fièrement :
1. En illyrique, bogou-mili ; c'est le nom que se donnaient les Paterniens. Leur hérésie consistait à regarder l'homme comme l'œuvre du diable, à rejeter presque tous les livres de la Bible, enfin à se passer de prêtres.
2. Mahomet II. Les Grecs disent encore que ce princa n'était qu'un diable incarné.
— Par la grâce de Dieu, j'ai vécu chrétien, chrétien je veux mourir.
— Alors ce méchant infidèle l'a fait saisir par ses bourreaux, et ils l'ont écorché vif, et de sa peau ils ont fait une selle. Ensuite leurs archers l'ont pris pour but de leurs flèches, et il est mort malheureusement, à cause de \» oialédiction de son père.