Thomas II fut en effet écorché vif
A tâtons il regagna la porte de l'église, l'air était pur et la lune dorait les toits d'alentour. Tout était calme, et le roi aurait pu croire que la paix régnait encore dans Kloutch, quand une bombe* lancée par le mécréant vint tomber devant lui et donna le signal de l'assaut.
1. Maglanovich avait vu des bombes et des mortiers, mais il ignorait que l'invention de ces instruments de destruction était bien postérieure à Mahomet II.
LE MORLÂQUË A VENISE^
Quand Prascovie m'eut abandonné, quand j'étais triste et sans argent, un rusé Dalmate vint dans ma montagne et médit: «Viens à celte grande ville des eaux, les sequins y sont plus communs que les pierres dans ton pays.
1. La république de Venise entretenait à sa solde un corps de soldats nommés esclavons. Un ramassis de Morlaques, Dalmates, Albanais, composait cette troupe, très méprisée à Venise, ainsi que tout ce qui était militaire. Le sujet de cette ballade semble être un jeune Morlaque malheureux en amour, et qui s'est laissé enrôler dans un moment de dépit.
Ce chaut est fort ancien, à en juger par quelques exprès-
» Les soldats sont couverts d'or et de soie, et ils passent leur temps dans toute sorte de plaisirs. Quand tu auras gagné de l'argent à Venise, lu reyiendras dans ton pays avec une veste galonnée d'or et des chaînes d'argent à ton hanzar^
^ > Et alors, ô Dmitri! quelle jeune fille ne s'emf! pressera de t'appeler de sa fenêtre et de te jeter ;| son bouquet quand tu auras accordé ta guzla? ■ Monte sur mer, crois-moi, et viens à la grande ville, tu y deviendras riche assurément. »
sions maintenant hors d'usage, et dont peu de vieillards peuvent encore donner le sens. Au reste, rien n'est plus commun que d'entendre chanter à un joueur de guzla des paroles dont il lui serait impossible de donner une explicalion quelconque. Ils apprennent par cœur, fort jeunes, ce qu'ils ont entendu chanter à leur père, et le répètent :omme un perroquet redit sa leçon. Il est malheureusement )ien rare aujourd'hui de prouver des poètes illyriens qui ne opient personne et qui s'efforcent de conserver une belle angue, dont l'usa^'e diminue tous les jours. 1. Grand couteau qui sert de poignard au besoiq,
ISS LA GUZLA
Je l'ai cru, insensé que j'étais, et je suis venu dans ce grand navire de pierres ; mais l'air m'étouffe, et leur pain est un poison pour moi. Je ne puis aller où je veux, je ne puis faire ce que je veux; je suis comme un chien à l'attache.
Les femmes se r\ent de moi quand je parle la langue de mon payi, et ici les gens de nos montagnes ont oublié la leur, aussi bien que nos vieilles coutumes : je suis un arbre transplanté en été, je sèche, je meurs.
Dans ma montagne, lorsque je rencontrais un homme, il me saluait en souriant, et me disait : « Dieu soit avec toi, fils d'Alexis ! » Mais ici je ne rencontre pas une figure amie, je suis comme une fourmi jetée par la brise au milieu d'un vaste élang.